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Le Livre du Centenaire du Journal des Débats, p

VICTOR HUGO APHÈS 1830

altei^aient aussi le maître. Tout le monde voulut voir Vicloi- Hugro derrière M. Granier de Cassagnac; nui ne douta que le poète ne fût, sinon l'auteur, du moins l'inspirateur de l'article des Débats. Le jour même où parut l'article, Alexandre Dumas écrivit à Victor Hu^ la lettre suivante :

Mon cher Victor,

J'étais prévenu depuis longtemps qu'il devait y avoir, dans le Journal des Débols, un article contre moi, et l'on ajoui.iii que cet article, sinon rédigé par voua, devait être fait sous voire patronage : je n'en croyais pas un mot.

Aujourd'hui, on m'apporte l'article pour me le faire lire, et je dois vous avouer que je ne comprends pas que, lié comme vous l'êtes avec M. Berlin, un article où il est question de moi cl de vous passe sans vous être communiqué ; j'aï donc la conviction que vous connaissiez l'article.

Que vous dirai-jc maintenant, mon ami, sinon que je n'aurais jamais souffert, surtout à la veille d'une représentation d'une de mes pièces, qu'un article passât dans un journal où j'aurais eu l'influence que vous avez aux Débats, contre, je ne

Toujours à vous et quand n

Victor Hngiï répondit:

2 novembre.

Il y a encore plus de faits contre moi, mon cher Dumas, que vous n'en devinez ou que vous n'en supposez. L'auteur de l'article est un de mes amis ; c'est moi qui ai contribué à le faire entrer aux Débals. L'article m'a été communiqué par M. BerLu aîné, aux Roches, il y a environ six semaines. Voilà les faits à ma charge. Les faits à ma déchai^^, je ne vous les écrirai pas ; je veux que vous fassiez pour moi ce que je faisais pour vous il n'y a pas deux jours, c'est-à-dire que vous les supposiez ou que vous les deviniez.

N'oubliez pas cependant que voua seriez le plus injuste et

MAUIE TUDOR 443

le plus ingrat des hommes si vous croyiez un seul instant que je n'ai pas été pour vous, en cette circonstance, un bon et sincère ami.

Je ne vous en écris pas davantage parce que, dans cette occasion, ce n'est pas moi qui vous dois une justification, mais vous qui me devez un remerciement.

Mais je vous dirai tout quand vous viendrez; dix minutes de causerie éclairciront mieux les choses que dix lettres.

Ne croyez pas de moi ce que je ne croirais pas de vous.

P,-S, — Je vous réserve deux stalles pour la première représentation de Marie Tudor. En voulez-vous davantage* ?

Trente ans plus tard, Victor Hug-o a senti le besoin 3e s'expliquer sur cet incident. Voici son plaidoyer tel que nous le donne Victor Hugo raconté :

M. Bertin lui montra un jour, aux Roches, des épreuves qu'il rapportait du Journal des Débats, C'était un feuilleton de M. Granier de Cassagnac, très hostile à M. Alexandre Dumas et très vifpour M. Victor Hugo. Comme oi\ Savait que M. Granier était entré aux Débats sur la recommandation de M. Victor Hugo, on aurait pu croire que M. Victor Hugo avait inspiré l'article, et M. Bertin avait voulu lui en parler avant de le publier. M. Victor Hugo remercia M. Bertin, lui dit que M. Alexandre Dumas était son ami, son frère d'armes, que tout récemment encore, à Lucrèce Borgia, il l'avait trouvé plein de cordialité et d'effusion, et qu'il serait désolé d'avoir même l'apparence d'un tort envers lui. M. Bertin promit que le feuilleton ne passerait pas. La semaine suivante, M. Bertin ouvrant le Journal des Débats, que le facteur venait d'apporter aux Roches, fit un ah ! le feuilleton y était I il fit atteler et courut à Paris. M. Béquet 2, chargé de faire le journal en son absence, manquant de copie, avait demandé s'il n'y avait rien de composé ; on lui avait dit qu'il

1. Ces deux lettres parurent dans l* Europe littéraire du 14 novembre 1833.

2. Et non Becguet, comme l'écrit le Témoin de la vie de Victor Hugo. .

en sur le marbre un feuilleton de M. Granier deCassa-

■sque M. Berlin, la dernière fois qa'ilclait venu, avail pas le donner jusqu'à nouvel ordre ; il a'avaitpns vu iense absolue ;n'ayanl pas aulrechose, il en avait parpassage qui lui avait semblé fort bienfait, et il l'avait

it, lui dit M. Berlin fort mécontent, que vous n'avez lu al qu'ony dit de M. Alexandre Dumas ; si vous aviei qu'onydil de M. Victor Hugo, vous l'auriez jel« au

le était silène G, C^. 11 y eut des gens qui crurent qiw des initiales de fantaisie et que l'article était de M. Vici; il y en eut bien plus qui le dirent. Les modérés reitqa'il était deM.GranierdeCassagnacetqu'il n'avait icté par M. Victor Hugo. M. Berlin raconta dans les a vérité et le désir vivement exprimé par M. Victor e l'article ne parût pas. Mais la calomnie était trop r la licherau moment où M. Victor Hugo allait faire ter un nouveau drame, et lemensonge fut maintenu et par tous les ennemis du succès de Lacréce Borgia*.

dans ce récit l'affirmation très nette d'un fait lIb à vérifier. D'après Victor Ilug-o, M. BeHin raconté dans les DisATs la vérité, c'est-à-dire

tels que le poète les rapporte. Or, si l'on ouvre dis de i833, on constate que M, Berlin n'a rien

du tout. On trouve, en revanche, dans le nui iij novembre, une lettre de M. Granier de Gas-

adressée au rédacteur et de laquelle il résulte faits se sont passés tout autrement que ne le dit

s savez. Monsieur, écrit M. Granier de Cassagnac, que m'est pour rien dans la publication de cet article, et

ticle était signe de la seule initiale G. ot non des deui G. G. 11 parut, non en feuilleton, mais duna le corps du en troisième page.

Eor Hugo Toconté, t. U, p. 412.

que le hasard lui en ayant fait connaître l'existence, il a insisté auprès de vous longtemps et avec force, pour que cette publication n'eût pas lieu. Mais de même que je l'avais écrit parce qu'il était selon ma conscience de l'écrire, vous l'avez inséré parce que vous avez vu qu'il ne contenait que des jugements purement littéraires ; et tous ceux qui écrivent au Journal des Débats savent à quel point vous respectez les opinions individuelles de vos collaborateurs, en tout ce qui, étant de littérature et d'art, n'influe en rien sur les idées politiques du journal *. »

L'article du i^r novembre n'avait donc point été publié par hasard, par suite d'une étourderie de ce pauvre Etienne Béquet, à Tinsu de M. Bertin. C'est M. Berlin, au contraire, qui avait voulu qu'il fût inséré. Aucun doute ne peut subsister sur ce point après la lettre de M. Granier de Gassagnac. Or, comment admettre que M. Bertin, dans une question où les intérêts de Victor Hug"o étaient si directement en jeu, aurait agi à rencontre des désirs du poète et n'aurait tenu aucun compte de ses instances? Il avait le sens trop juste et trop fin pour ne pas prévoir l'effet qu'allait produire une telle publication, pour n'en pas sentir le dang-er à la veille de la première représentation de Marie Tudor. S'il a passé outre, c'est parce que Victor Hug-o, quoi qu'il en ait pu dire, désirait que l'article parût, et parce que M. Bertin, — on l'avait bien vu pour M. Nisard, — ne savait rien refuser à l'auteur du libretto d'Fsmeralda.

Le 17 novembre, le jour même où les Débats ipur bliaient la lettre de M. Granier de Gassagnac, Sainte- Beuve écrivait à Victor Pavie :

La pièce de Hugo a réussi avec un orage dû à Juliette, à Dumas, à Bocage, à toutes les intrigues du drame et des coulisses. Juliette a si mal Joué que nous avons décidé Hugo à

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