Gazette des Tribunaux^ 19 mars
vaux; et, du moment où elles rencontraient un obstacle, elles ont dû enfanter un crime. Delaroche périt victime d'une jalousie aussi effrénée que la passion où elle puisait sa source impure*. »
En face de sa victime expirante, Albin s'était écrié : « Je ne me repens pas. » Après de longs jours de réflexion, il disait encore : « Je ne me repens pas. » Aux g-endarmes qui le conduisaient à Troyes, la veille de sa comparution devant le jury, il tenait les propos les plus sanguinaires, jurant qu'il ferait trembler tous les spectateurs, que son avocat y passerait le premier : D'an coup de sabot je lui ferai sauter la cervelle et les yeux. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il rit aux éclats. « Par exemple, dit-il en tendant la main aux menottes, je ne me serais pas attendu à rire aujourd'hui 2. » Excellent jeune homme, et comme Victor Hugo a eu raison de célébrer sa timidité, son bon cœur et son innocence !
Revenons à Claude Gueux et à la journée du 4 i^ovembre i83i. On se rappelle cette scène, dans la salle où sont réunis les quatre-vingt-deux prisonniers : Claude annonçant que le soir il se fera justice, soumettant ses raisons à ses camarades, se déclarant prêt à écouter leurs objections; les prisonniers ratifiant la sentence qu'il a portée, embrassant, les larmes aux yeux, cet homme « qui va donner sa vie pour une cause juste », et qui leur distribue ses pauvres hardes. La scène est belle et fait honneur à l'imagination du poète. Voici