Jbid
maintenant la réalité. « Pour ôter à ses compagnons, (lit la Gazette des Tribunaux, toute possibilité de le trahir, Claude Gueux les refoule dans un coin de l'atelier, en attendant sa victime, jetant à leurs pieds, avec un air de hauteur, Tinstrument fatal, et les défiant de fuir, menaçant, au moindre geste, de faire voler une tête; tantôt sombre et morne, tantôt riant de leur air efiFrayé*. »
Claude est devant le jury. Sur une table, devant le bureau du président, sont étalées les pièces à conviction, parmi lesquelles « une hache rouillée par des taches de sang et portant encore à son taillant des dents humaines et des cheveux ». Victor Hugo ne s'attarde pas à ces misères, il est tout entier à Claude Gueux, il signale « sa bonne attitude devant la cour », l'héroïsme chevaleresque de ce galant homme qui vient lui-même en aide à l'accusation, dirige les débats, commande aux témoins de parler, fût-ce contre lui, et qui, si Ton omet des faits à sa charge, les rétablit. Encore une belle scène aussi fausse que tout le reste. « Claude Gueux, dit la Gazette des Tribunaux^ menaça de tuer les juges. » Voilà pour sa bonne attitude devant la cour. Quant à ses anciens compagnons, voici en quels termes il les invitait à déposer sans crainte, à dire tout ce qu'ils avaient vu : « Ceux qui m'accusent aujourd'hui parce qu'ils ne tremblent plus devant moi n'ont sur moi d'autre avantage que leur lâcheté; ils ont applaudi à mon crime et n'avaient pas osé le commettre 2. »
Albin, du moins, sera, sans doute, excepté de l'anathème que Claude Gueux lance ainsi aux témoins entendus par la cour. Et comment ne le serait-il pas?