‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 68 sur 151 · Cartonsdc Victor Povie: correspondance de M" VJotorlluBo · texte numérisé non relu

Cartonsdc Victor Povie: correspondance de M" VJotorlluBo

3. La poète avait d'ubord tntilulr son drame : Angeia ou Padoue fil 1 Si 9. (Procès il' Angi'\'iet d'Uoinaui.)

regrets d'avoir triomphé sans lutte. Ils se demandaient si c'était un bien. Une lettre écrite par Tun d'eux au sortir de la représentation, une de ces bonnes lettres d'autrefois, qui portent au dos le timbre de la poste, va nous rendre dans leur vivacité première les émotions de cette soirée :

Mercredi matin.

Il est indispensable de vous annoncer, mon cher Victor, le triomphe complet et incontesté de la pièce de notre illustre ami M. Hug^o. Jamais représentation ne fut pour moi plus brillante et plus solennelle. Pas un coup de sifflet n'a été donné. Les acteurs ont été admirables. Mme Dorval a surpassé tout ce que la passion peut produire ou concevoir. C'était à s'en arracher les cheveux. Quand vous aurez le texte entre les mains, vous verrez ce que cette femme que vous admirez comme elle le mérite a pu faire dans le rôle qu'elle a. M^*® Mars a été sublime aussi. Sa situation dans la pièce est une de celles que M. Hugo montre ordinairement avec tant de bonheur, à Taide de son imagination, — une courtisane, pure cependant. M. Beauvallet a été très beau dans le rôle du tyran de Padoue.

Je ne puis revenir de toutes ces merveilles. C'est presque une autre représentation à!Hernani.

M. Hugo avait eu la bonté de me délivrer un billet de loges. J'ai eu la iol\^ que j'ai remplie des amis que vous savez. Godard* est enchanté.

Ne manquez pas, moucher ami, de dire en abrégé le succès dans votre feuilleton. Il me semble qu'à compter de ce jour M. Hugo gagne une popularité qu'il n'avait pas. Est-ce un bien? 5e l'ignore. Mais sa pièce a été comprise de style et d'ordonnance, d'un bout à l'autre par tous. Ceci ne saurait être d'un mauvais augure *.

4. Godard-Faultrier (Victor), né à Angers, le 41 septembre 1810, directeur-fondateur du Musée des Antiquités d Angers, archéologue et historien distingué; ses principaux ouvrages sont : V Anjou et ses monuments , — d'Angers au Bosphore, — le Champ des Martyrs, etc., etc.

2. Lettre d'Adrien Maillard à Victor Pavie, du 29 avril 1835.—

M"* Mars et M"* Dorval avaiant été admirables toutes les deux, si bien que le public les avait applaudies avec un égal enthousiasme et les avait associées dans le môme triomphe, donnant tort, ce soir-là, en plein Théâtre-Français, au vers de Corneille :

Le trône est trop étroit pour être partagé.

Leur succès avait été d'autant plus vif que chacune d'elles jouait un rôle où il lui fallait déployer les qualités mêmes qui semblaient appartenir en propre à sa rivale. M"* Dorval, la femme du peuple, la comédienne exubérante, échevelée, toute d'instinct et de passion, tenait le rôle de la. grande dame, de Gatarina Brag-adini, la femme du podesta. M"^ Mars, la grande dame de Molière et de Marivaux, la comédienne correcte, élég-ante, classique, toute de grâce et de nuances, tenait le rôle de la Tisbe, de la courtisane, de la fille du peuple élevée dans la rue. Cette gageure imprévue, M}^^ Mars et M™* Dorval l'avaient gagnée. Et cela seul suffisait sans doute pour attirer la foule pendant de longs soirs à la Comédie-Française. On put croire d'abord qu'il en serait ainsi. Les recettes de la seconde, de la troisième et

Adrien Maillard, né à Angers le 3 décembre 1814, auteur d'agréables récits de voyage et de remarquables recueils de vers : Paysages et Souvenirs (1868); Sans titre (1885); Le long du chemin (1889). En 1835, Adrien Maillard habitait, avec les Pavio et un certain nombre d'étudiants angevins, au passage du Gommerce-Saint-André-des-Arts, dans un très modeste hôtel où Sainte-Beuve, pour échapper au service de la garde nationale, était venu se blottir sous le nom de M. Delorme. Quand, par hasard, rentrant du dehors, M. Delorme venait déposer sa eJef au tableau à l'heure des repas, il accrochait au clou un billot ainsi conçu : « Je n'y suis pour personne, excepté pour M.'Pantathidès (un Athénien qui lui donnait des leçons de grec moderne) et le petit imprimeur (l'apprenti qui lui apportait des épreuves de la Eevue des Deux- M ondes) . » — Voy. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires, p. 85,

de la quatrième représentation furent très belles : 3.35o fr. 75 à la seconde, 4-075 fr. 20 à la troisième, 4-209 fr. 45 à la quatrième. Elles se maintinrent à ce niveau pendant quelques jours, mais pour redescendre, dès la seizième représentation, à 2.755 fr. 10, et tomber, dès la dix-huitième, à i684 fr. 60 *. A la ving-t-neuvième, le 4 juillet, on ne fit que i .288 fr. 45, avec une perte de plus de 200 francs pour le théâtre, dont les frais journaliers s'élevaient alors à i .470 francs ^. On donna encore sept représentations et la pièce quitta Taf fiche.

Le public s'était refusé à voir dans Angelo toutes les belles choses que Tauteur y avait mises, et qu'il détaillait ainsi dans sa préface :

Mettre en présence, dans une action toute résultante du cœur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société ; c'est-à-dire, en deux types vivants, toutes les femmes, toute la femme. Montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours. Défendre l'une contre ledespotîsme, l'autre contre le mépris. Rendre la faute à qui est la faute, c'est-à-dire à l'homme, qui est fort, et au fait social, qui est absurde... En regard de ces deux femmes ainsi faites, poser deux hommes, le mari et l'amant, le souverain et le proscrit, et résumer en eux par mille développements secondaires toutes les relations régulières et irrcgulières que l'homme peut avoir avec la femme, d'une part, et la société de l'autre. Et puis, au bas de ce groupe qui jouit, qui possède et qui souffre, tantôt sombre, tantôt rayonnant, ne pas oublier l'envieux, ce témoin fatal qui est toujours là..., éternel ennemi

2. Discours de Victor Hugo, dans son procès contre la Comédie-Française. {Gazette des Tribunaux, 6 décembre 1837.)

de tout ce qui est en haut; chans^eant de forme selon le temps et le lieu, mais au fond toujours le nicmc ; espion à Venise, eunuque à Coustantinople, pamphlétaire à Paris... Enfin, audessus de ces trois hommes, entre ces deux femmes, poser comme un lien, comme un symbole, comme un intercesseur, comme un conseiller, le Dieu mort sur la croix. Clouer toutj cette soullVancc humaine sur le crucifix.

Puis de tout ceci ainsi posé, faire un drame; pas tout à fait royal, de peur que la possibilité de l'application ne disparût dans la grandeur des proportions; pas tout à fait bourgeois, de peur que la petitesse des personnages ne nuisît à l'ampleur de l'idée; mais princier et domestique : princier, parce qu'il faut que le drame soit grand ; domestique, parce qu'il faut que le dranne soit vrai. Mêler dans cette œuvre, pour satisfaire ce. besoin de l'esprit qui veut toujours sentir le passé dans le présent, et le présent dans le passé, à l'élément éternel l'élément humain, à l'élément social un élément historique. Peindre, chemin faisant, à Toccasion de cette idée, non seulement l'homme et la femme , non seulement ces deux femmes et ces trois hommes, mais tout un siècle, tout un climat, toute une civilisation, tout un peuple *...

J'en suis bien fâché, mais le poète ressemble ici un peu trop à ce personnage de Florian, qui crie, en poussant les verres de sa lanterne magique :

« Est-il rien de pareil?

Messieurs, vous voyez le soleil,

Ses rayons et toute sa gloire.

Voici présentement la lune, et puis l'histoire

D'Adam, d'Eve et des animaux.

Voyez, Messieurs, comme ils sont beaux I

Voyez la naissance du monde; Voyez... » — Les spectateurs, dans une nuit profonde Ecarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir;

L'appartement, le mur, tout était noir.

De même les spectateurs HAngelo Malipieri, au lieu des merveilles si pompeusement annoncées, ne voyaient que des murs noirs, — des npiurs dans Ics-

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