‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 69 sur 151 · Préface ^AngelOf 7 mai · texte numérisé non relu

Préface ^AngelOf 7 mai

quels on entend des pas, — des corridors secrets, des couloirs à espions, des portes masquées, des clefs mystérieuses. A travers ces corridors et ces couloirs, sortant de ces murs, ouvrant ces portes avec ces clefs, passaient et repassaient des personnag*es, dont plusieurs avaient déjà servi au poète. La Tisbe, Théroïne du drame, est une autre Marion de Lorme, courtisane comme elle et comme elle vertueuse, dominant de cent coudées la femme mariée, la femme du podesta, la grande dame! — Dans Lucrèce Borgia, il y avait Gubetta, le valet espagnol ; dans Marie Tudor, il y avait le Juif hollandais ; dans Angelo, il y a Homodei, le sbire vénitien; — Gubetta, le Juif, Homodei, personnage identique au fond, le môme sous trois noms différents, énigmatique, masqué, que nul ne connaît et qui connaît tout le monde, qui tient et fait mouvoir dans l'ombre tous les fils de l'action,, invisible et présent comme Dieu lui-môme, deus ex machina. Et comme il avait copié quelques-uns de ses personnages, le poète avait reproduit quelques-uns de ses jeux de scène. Dans Lucrèce Borgia, don Alphonse, pour punir l'outrage fait à son nom, a résolu la mort de Gennaro. Peu lui importe d'ailleurs la manière dont Gennaro mourra : ou il videra une fiole de poison, ou il sera tué à coups d'épée par les gardes qui sont derrière la porte. Pour venger son honneur, Angelo a résolu la mort de Catarina Bragadini ; il la laisse d'ailleurs libre de choisir entre le poison, qui est là sur la table, dans une fiole d'argent, et l'cpce des sbires qui attendent dans la chambre voisine. — Lucrèce Borgia veut sauver Gennaro ; il faut pour cela qu'elle lui verse elle-môme le poison et qu'elle le décide ensuite à prendre le centre-poison dont elle ne se sépare jama's, Gcn-

naro, qui a horreur d'elle, se refuse à la croire; il résiste longtemps à ses supplications, et, lorsqu'il cède à la fin, il lui dit : « S'il y a un crime en ceci, qu'il retombe sur votre tète. » La Tisbe veut sauver Catârina. Cela ne se peut que si elle lui présente elle-même la fiole, dans laquelle elle a remplacé le poison par un narcotique. Catârina, qui l'a en horreur parce qu'elle est la maîtresse de son mari, se refuse elle aussi à la croire. Elle finit par cwler comme Gennaro, maïs elle dit à la Tisbe, en prenant de ses mains le flacon d'argent, — dans Lucrèce Borgia, c'était un flacon d'or : « Si votre pensée secrète était une pensée de trahison, le besoin de me perdre, ce serait uneaction abominable. Madame. »

Au troisième acte de Lucrèce Borgta, les pénitents blancs et noirs, croix et bannière en tête, dans la salle tendue de noir, devant les cercueils vides, chantent l'office des morts pour Gennaro et ses amis encore vivants, mais qui vontmourir. Au troisième acte à'Angelo, le podesfa dit au doyen de Saint-Antoine de Padoue : « Monsieur le doyen, faites tendre de noir surle-champ la nef, le chœur et le mattre-autel de votre église. Dans deux heures, — dans deux heures, — vous y ferez un service solennel pour le repos de quelqu'un d'illustre qui mourra en ce moment-là même. Vous assisterez à ce service avec tout le chapitre... Vous ne mettrez sur la tenture noire d'autre "-nemcnt que les armes de Malipiori et les armes de Bragadii—... — Ah t vous allez descendre sur-le-champ avec tout votre clergé, croix et bannière en tête, dans le caveau de ce palais ducal, où sont les tombes des Romana. Une dalle y a été levée, une fosse y a été creusée. Vous bénirez cette fosse. No perdez pas de temps. »

Et le poète ne s'en était pas tenu là. Il avait continué

à se copier lui-môme. A la dernière scène de Lucrèce Borgia, Gennaro est seul avec M«»e Lucrèce; il veut venger sur elle ses amis empoisonnés.

Gennaro, prenant un couteau sur la table.

C'est-à-dire que vous allez mourir, Madame... î

DONA LUGREZIA.

Terre et cieuxî

Gennaro.

Faites votre prière et faites-la courte, Madame... Je n'ai pas le temps d'attendre.

Don a Lucrezia.

Bahî cela ne se peut. Ah! bien oui, Gennaro me tuer! Est-ce que cela est possible!... Dis-tu, en effet, ce que tu penses, mon Gennaro? Est-ce ainsi que tu paies mon amour pour toi? .

DoNA Lucrezia.

Au nom du ciell

Gennaro.

Non!

(// la frappe.)

Don A Lucrezia.

Ah!.... tu m'as tuée! — Gennaro, je suis ta mère^!

A la dernière scène à'Angelo, la Tisbe est seule avec Rodolfo, qu'elle aime passionnément, comme M"^® Lucrèce aime Gennaro, mais qui veut venger sur elle Catarina, dont il est Tamant et qu'il croit morte, traîtreusement empoisonnée.

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