‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 72 sur 151 · Préface d'Angelo · texte numérisé non relu

Préface d'Angelo

2. a Ah ! mesdames les grandes dames, je ne sais pas ce qui va arriver, mais ce qui est sûr, c'est que j'en ai une là sous mos pieds, une de vous autres ! et que je ne la lâcherai pas ! et qu'elle peut être tranquille! Et qu'il aurait mieux valu pour elle la foudre sur sa tète que mon visage devant le sien! Dites .donc, Madame, je vous trouve hardie d'oser lever les yeux sur moi... » La Tisbe à Catarina Bragadini. — Angelo, journée II, scène v.

à la foule ; voilà Vidée sévère qui se dégage de son drame !

A côté de renseignement social, chacun des drames de Victor Hugo contient, — c'est lui du moins qui l'affirme, — un enseignement historique. Déjà dans ses Notes sur Marie Tudor il avait dit :

Afin que les lecteurs puissent se rendre compte, une fois pour toutes, du plus ou moins de certitude historique contenue dans les ouvrages de l'auteur, ainsi que de la quantité et de la qualité des recherches faites par lui pour chacun de ses drames, il croit devoir imprimer ici, comme spécimen, la liste des livres et documents qu'il a consultés avant d'écrire Marie Tador. Il pourrait publier un catalogue semblable pour chacune de ses autres pièces*.

Au sujet de ce catalogue, je me bornerai à reproduire l'observation suivante, émanée d'un éminent critique anglais, M. Franck T. Marzials: « La liste ainsi annoncée, non sans quelque pompe, n'est pas précisément faite pour inspirer confiance. Elle contient plus d'une erreur de nom évidente et s'ouvre avec une Histoire de Henri VII par un certain Franc. Baronum, qui ne peut pas être autre que notre vieille connaissance Francis Bacon *. »

Avant d'écrire Anqelo, Victor Hugo a été au fond de tous les documents; il les a fouillés aussi avant que le plus scrupuleux des historiens. « L'auteur, ajoute-t-il, appuyé, à défaut de talent, sur des études sérieuses, pourrait démontrer par des preuves non moins concluantes, la réalité de tous les aspects historiques de ce drame, et ce qu'il dit pour Angelo il pourrait le dire pour toutes ses pièces. Selon lui, les œuvres de

\. Marie Tudor y note I.

2. Life of Victor Hugo, par F.-T. Marzials, p 92. Londres, 1888.

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théâtre doivent toujours être, par les mœurs, sinon par les événements, des œuvres d'histoire *. » Malheureusement, il se laisse aller à fournir ses preuves et à produire ses documents : « L'auteur, écrit-il, ne croit pas inutile de terminer cette longue note par quelques extraits étranges et authentiques de ces célèbres Statuts de Vinquisition d'Etat, restés secrets jusqu'au jour où la République française, en dissolvant par son seul contact la République vénitienne, a soufflé sur les poudreuses archives du Conseil des Dix, et en a éparpillé les mille feuillets au grand jour. C'est ainsi qu'est venu mourir en pleine lumière ce code monstrueux, qui, depuis trois cent cinquante ans, rampait dans les ténèbres. Éclos dans l'ombre à côté du fatal doge Foscari en 1454, il a expiré sous les huées de nos caporaux en 1797. Nous recommandons aux esprits réfléchis ces extraits pleins d'explications et d'enseignements. C'est dans ces sombres Statuts que l'auteur a puisé son drame î c'est là que Venise puisait sa puissance 2. » Suivent de longs extraits de ces Statuts, en italien avec traduction française en regard. Or, ces célèbres Statuts n'ont jamais existé. Ils n'ont point été révélés et mis en pleine lumière, comme le dit Victor Hugo, en 1797, lors de la chute de la république de Venise. C'est seulement en 18 19, qu'ils ont été publiés, pour la première fois, par M. Daru, qui annonce ainsi sa découverte au tome VI de son Histoire :

Ces statuts ont été ignorés jusqu à ce Jour. Je les ri trouvés à la Bibliothèque du roi, dans un volume in-4o qui port3 le titre : Opinione in quai modo debba governarsi la republica di Venezia. Ce titre n'annonçait qu'un ouvrage très connu, et

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