Portraits conUmporains, édition de i869, t. I, p
centre le salon de Charles Nodier, à l'Arsenal. J'y retrouve presque tous les membres du premier groupe ; à côté d'eux, Sainte-Beuve, Fontaney, Alcide de BeauchesneS Ernest Fouinet, Antony Deschamps, Alfred de Musset, Victor Pavie, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas, M"»® Tastu ; et, avec les poètes, les peintres et les sculpteurs, Louis Boulanger, Achille et Eugène Devéria, David d'Angers 2.
En i836, le Cénacle ne se réunit plus à l'Arsenal, mais à la place Royale; seulement les amis de 1824 et de 1829 n'y ont pas suivi Victor Hugo. Aussi bien qu'a-t-il besoin d'amis? Ce qu'il lui faut maintenant, ce sont des disciples, puisqu'il est LE MAITRE; ce sont des adorateurs, puisqu'il est bien près d'être un dieu et que^ demain, il se décernera à lui-même le nom d'OLYMPIO. Et voilà pourquoi les membres du nouveau Cénacle, au lieu de s'appeler Alfred de Vigny, Charles Nodier, Alfred de Musset, Alexandre Soumet, Jules de Rességuier, Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, s'appellent Petrus Borel le Lycanthrope ^ Bouchardy \ Esquiros, Lassailly %
4 Voyez, ù la fin du second volume, l'appendice V.
2. Sur le Cénacle de 1829, voyez Victor Hugo avant 1830, eh. xv.
3 Voy le très curieux opuscule publié en 1865, chez le bon éditeur René Pincebourde, par M. Jules Glaretie : Pelrus Boret le Lycanthrope, sa vie, ses éctnls, sa cormspondance, poésies et
documents inédits. , , .. . -, ,
4 Joseph Bouchardy-cœur-de-salpetre, graveur et dramaturge, auteur de Gaspardo le Pêcheur (1837), du Sonneur de Saint-Paul (1838) de Lazare le Pâtre (1840), de Jean le Cocher (1852), etc., etc (Voy Théophile Gautier, Hi5/otrerfu Uoman^i^me, chap. m.)
5 Charles Lassailly (1812-1843) avait publié, en 1833, les Roueries de Trialph, notice contemporain^ avant son suicide. Musset l'avait chansonné sur l'air du menuet d'Exaudet :
Lassailly
A failli
Vendre un livre ; n n'eût tenu qu'* Renduel Que cet homme immortel £ûl ga^né de qaoi vivre 1
Aug-ustus Mar-Koat *, Philothée O'Neddy «. Ce n'était pas tout à fait la môme chose. A leur tôte, et pour mener le chœur, il y a bien un vrai poète, Théophile Gautier, mais il ne suffisait pas à lui seul à suppléer les absents. Aux poètes, d'ailleurs, le MAITRE préférait les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, tous ceux qui pouvaient lui amener, le soir d'une première représentation, une bande de Chevelus. Il avait eu bien soin de ne pas rompre avec Louis Boulanger, avec les Devéria et avec David d'Angers, auxquels s'étaient venus joindre, en i836, les deux Johannot, Camille Rogier, Aug-uste de Châtillon^, Jean Gigoux, Préault, Gélestin Nanteuil, « le jeune homme moyen-âge, » Jehan Duseigneur, l'auteur d'un buste du poète et d'un groupe d'Esmeralda donnant A boire à Quasimodo, l'architecte Jules Vabre, « le compagnon miraculeux, » à quiPetrus Borel, dans ses Hhapsodies, avait adressé cette stance :
De bonne foi, Jules Vabre, Compagnon miraculeux.
Aux regards méliculeux Des bourgeois à menton glabre, Devons-nous sembler follet Dans ce monde où tout se range!
Devons-nous sembler étrange Nous faisant ce qui nous plaît *?
i. De son vrai nom Auguste Maguei^ le futur collaborateur
d'Alexandre Dumas.
2. De son vrai nom Théophile Dondey, auteur de Feu et Flamme.
3. Auguste de Châtilloh, peintre et poète, a publié un recueil de vers : A la GramCPinie, avec une préface de Théophile Gautier. Son portrait de Victor Hugo tenant entre ses genoux son fils en blouse d'écolier parut au salon du Louvre ea 1836. Il avait composé également, pour décorer la chambre à coucher de l'auteur de Notre-Dame de Paris, un plafond allégorique, représentant le Sommeil du poète. {Notice par Charles Asselineau.)
4. Les Rhapsodies j par Petrus Borel le Lycanthrope, 1832. Avec
Dans Petrus Borel lui-môme, ce que le maître appréciait surtout, ce n'était ni ses vers, ni sa prose, ni ses Rhapsodies , ni son Champavert s c'était son double titre de peintre et d'architecte. Le Lycanthrope représentait quelque chose comme cent cinquante fidèles ; les ateliers lui obéissaient, et Victor Hugo traitait avec lui « comme avec un homme qui disposait de trois cents mains ^ ».
Le salon de la place Royale ne recevait pas seulement les artistes, « la g-énéreuse jeunesse des ateliers » ; il s'ouvrait aussi à la jeunesse des écoles, voire môme aux simples collégiens :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
Lorsque l'un des drames du poète était à la veille d'ôtre joué, les rhétoriciens et les philosophes du collège Gharlemagne, ses proches voisins, déléguaient quelquesuns d'entre eux auprès de lui pour lui offrir leur concours. L'accueil le plus gracieux leur était réservé ^ : il aimait tous les applaudissements, même les applaudissements enfantins^.
un frontispice de Joseph Bouchardy, représentant un jeune homme coiffé du bonnet phrygien, en chemise et bras nus, un Jarge couteau à la main.
1. Champavert^ Contes immoraux, pa.v Petrus Borel le Lycnnthrope, 1833, avec une vignette sur bois de Gigoux. Elle représente Andréas Vesalius montrant à sa femme les cadavres de tous ses amants enfermés dans une armoire.