Léon Aubineau, Epaves, p
4. « ... Voici maintenant les élèves du collège Henri IV qui désirent Marion de Lonne et llernani pour les fûtes du carnaval. Qu'en pensez-vous, Madame? Ils sont venus trois fois chez moi, puis m ontécrit. C'est une belle jeunesse, bien impatiente de vous applaudir. Je vous baise les mains, ma sublime Tliisbé. » Lettre de Victor Hugo à M"' Dorval, 30 janvier 1837. — Catalogue de Lettres autographes^ etc., de M. J. L***, de Nancy. Chez Laverdet,
VICTOB HUGO APRÈS 1830
Le Cùnaclede la place Rojale avait, on le voit, son côté pui'ril; le culte qu'on y professait pour le Maître n'allait pas sans quelque ridicule. Et pourtant comment ne pas regretter ce temps où la jeunesse avait une autre préoccupation que celle de s'enrichir; où elle se passionnait pour un roman, pour un drame ou pour un recueil devers; où son enthousiasme allait à un homme qui n'était rien, si ce n'est un poète? C'est un noble sentiment que celui de l'admiralion : malheur aux époque» qui ne le connaissent pas) Ici, je le veux bien, l'admirs' tion s'é(^arait un peu, non tout à fait cependant, car Victor Hugo, à cette date, avait au front une double couronne, ces deux choses rayonnantes, la jeunesse et le
Pour moi, je sens bien que si j'avais vécu en ce tempslà, si j'avais appartenu à ce moment à « la généreuse jeunesse des écoles • », je n'aurais pas été du Cénacle, pour toutes sortes de bonnes raisons, mais je me serais mêlé souvent à ces admirateurs inconnus qui, dans les soirs d'été, faisaient le pùlcrinag« de la place Royale et se groupaient, . sous les arbres, devant le numéro 6. Après le dtner, la fenf^tre s'ouvrait à deux battants, et le poète, portant haut sa belle tite, que David allait couronner de lauriers, paraissait sur le balcon. A ses côtés, quelques membres du Cénacle, cheveux ras k la Titus ou cheveux longs à la RaphaJil, les plus hardis avec une baibe pleine, entière, à tous crins; ceux-ci avec un gilel blanc à la Robespierre , ceux-là avec un gilet cerise
Il Con-
émerg-eant d'un pourpoint de velours noir. Chez le Maître, au contraire, nulle recherche de toilette, nulle excentricité de costume. Ni barbe, ni moustache, ni favoris, une face soigneusement rasée, d'une pâleur particulière, un menton g-labre comme celui des bourgeois tant honnis. Sa tenue était la plus simple et la plus correcte du monde : une redingote noire, un pantalon gris, un petit col de chemise rabattu *. Il promenait un instant ses yeux sur la place, disait quelques mots, de sa voijC pleine et sonore, aux amis qui l'entouraient, puis rentrait dans le salon, suivi du regard par les curieux, provinciaux, parisiens et étrangers, qui s'attardaient encore longtemps à contempler le balcon vide et la fenêtre étincelante derrière laquelle se profilaient les ombres du poète et de ses hôtes 2.
Ce qui se passait à l'intérieur du salon , loin des profanes, la fenêtre fermée, quelques-uns des initiés vont nous l'apprendre. Arsène Houssaye raconte ainsi, dans ses Confessions^ les circonstances de son admission au Cénacle. Théophile Gautier s'était chargé de le présenter. Après s'être « humilié dans la poussière du soleil », l'auteur à' Albert us dit au maître : « grand Victor Hugo, je vous présente un poète de nos amis qui est du