La Gaielte de France, £S novembre
a. Le National du 16 novembre 1836. La Quotidienne du i^ no. vembre. Voir (igalenient le Consiilulionnel du 16 novembre, le ■.mps du 17 (iirticle de Charles Merruau), la Presse du 21 (ar- ■i" ■'" ^■■■■■■f'^-c. Soiilié), ^
pas autrement que la feuille catholique et royaliste Tétrang-e libretto du poète.
Le Bon Sens, rédig-é par Louis Blanc, s'exprimait en ces termes: « La censure, si scrupuleuse au sujet des auteurs dramatiques, a permis à M. Victor Hug'o de mettre sur la scène un prêtre amoureux ; et quel amour, et quel prêtre , grand Dieu ! un prêtre qui, lorsque Quasimodo lui demande pardon, ose répondre : Non î je suis prêtre t comme si la qualité de prêtre excluait le pardon! un prêtre hideux d'impureté ! »
La revue protestante, le Semeur, terminait ainsi son article v
Ce qui nous touche plus encore, c'est la blessure qui est faite à la relig'ion. Montrez à des Français, fort ig-norants pour la plupart sur les vérités du christianisme, n'ayant jamais ouvert les Saintes Ecritures, et toujours enclins à accuser la doctrine des torts de ceux qui l'enseignent ; montrez-leur Claude Frollo, et pénétrez ensuite, s'il vous est possible, dans la conscience des spectateurs. Voyez comme ils s'enracinent dans leur indifférence, comme ils s'enfoncent dans leur incrédulité, et quel dédain ils éprouvent pour les esprits faibles et crédules qui vont écouter encore les instructions d'un prêtre !
Le Semeur, la Gazette de France, le Bon Sens, avaient raison : la pièce de Victor Hug-o était « un scandale». Gomment M"® Bertin et son père n'avaient-ils pas compris, dès le premier jour, qu'un tel libretto était impossible, que ce canevas tuerait la broderie, que ceci tuerait cela ? Sans doute Notre-Dame de Paris était une merveille d'art et de style; mais l'art ôté, le style disparu, que restait-il ? une action puérile, des truands qui faisaient rire, un amoureux, Phœbus de Ghâteaupers, qui faisait pitié, un autre amoureux, Quasimodo, qui faisait peur, un troisième amoureux, Claude Frollo, qui faisait horreur. Rapprochés du spectateur, étalés sur
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la scène, dépouillés de la sombre et trag-ique éloquence dont le puissant écrivain les avait su revêtir dans son livre, les transports lubriques de Tarchidiacre étaient hideux. Un musicien de génie, un Meyerbeer ou un Berlioz * , les eût fait passer peut-être ; c'était folie d'attendre un tel prodige de la musique honnête et sag-e de M"« Berlin.
Et puis, est-ce que Victor Hugo n'était pas allé de luimême, avec un aveuglement inconcevable, au-devant d'un échec certain? En 1882, les spectateurs du TKéâtre- Français avaient refusé de le suivre dans le bouge de Saltabadil ; ils ne lui avaient pas permis de faire asseoir François I®"" sur les bancs de ce cabaret borgne, aux côtés de Maguelonne. Et voilà qu'en i836 il ne trouve rien de mieux à offrir aux spectateurs de l'Opéra que ce même bouge, ce même cabaret borgne, avec cette seule différence que Saltabadil s'appelait Glopin Trouillefou, et que le poète, cette fois, traînait dans la boue et le sang, non plus le pourpoint du roi, mais la robe du prêtre ! Décidément, l'invention n'était pas le fort de Victor Hugo. Il n'avait pas dépendu de lui que le bouge du Roi s'amuse ne reparût, dès i835, dans Angelo. Je lis dans Victor Hugo raconté : « Le drame {Angelo), dans son état primitif, avait cinq actes. La mort d'Homodéi, au lieu d'être en récit, était en action. Rodolfo allait punir l'espion dans un bouge de bandits où se mêlaient le vin
1. Berlioz avait surveillé les répétitions de la Esmeralda. On lui attribua Tair des Cloches, voire même la partition tout entière. Il n'en était rien. Dans une lettre à son ami Ferrand, il écrit : « Je nb suis pour rien, absolument rien que des conseils et des indications de forme musicale, dans la composition de M"» Bertin; cependant on persiste dans le public à me croire l'auteur de l'air de Quasimodo. Les jugements de la foule sont d'une témérité effrayante. » Hector Berlioz , sa vie et ses œuvi^es, par Ad. JuUien, p. 100.
et le sang*. Après la lecture au comité, MM. Taylor et Jouslin de Lasalle vinrent trouver Fauteur, l'acte des bandits les inquiétait; le Roi s'amuse avait dû en partie sa chute au boug-e de Saltabadil; le bouge d'Homodéi ferait tomber Angelo,,. Ils obtinrent de l'auteur la suppression de Tacte*. »
Ce n'est pas seulement l'acte du boug*e qu'il eût fallu supprimer dans Esmeralda, pour empêcher la pièce de tomber, c'était encore l'acte du parvis Notre-Dame. Le Moniteur, qui n'était nullement hostile à Victor Hug-o, caractérisait ainsi son libretto : « Un poème presque toujours commun, sans intérêt, sans charme; souvent, par ses détails et par le spectacle qu'il présente, peu digne de la magnifique scène sur laquelle on le jette 2. »
Parmi ceux qui sifflèrent la pièce, qu'un certain nombre, bousingots ou carlistes, l'aient fait en haine des Débats et de M. Bertin, cela n'est pas douteux ; mais les sifflets allaient surtout à l'auteur des paroles. — M^ï6 Louise Bertin avait consacré cinq années à écrire la partition diEsmeralda, elle y avait mis le meilleur de son âme et de son talent. Arrive le jour de la première représentation : les espoirs si longtemps caressés , les rêves d'avenir et de gloire, tout s'écrouleenun instant. La faute en est à Victor Hugo. C'est son libretto que l'on siffle et dont la chute entraîne celle de la partition. Ce galant homme n'en est point troublé. Il se retourne vers la malheureuse femme qui pleure ses espoirs brisés, son rêve évanoui; il s'incline devant elle, et pendant que, autour de lui, les sifflets font rage, il lui dit avec tranquillité :
Ebt ma sœur, c'est à vous que ces sifflets s'adressent!
\. Victor Hugo raconté^ t. II, p. 423.