‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 101 sur 187 · William Shakespeare, pp. 542 etsuiv · texte numérisé non relu

William Shakespeare, pp. 542 etsuiv

Dans les Travailleurs de la mer, il raconte à sa façoD les « prouesses de Bénigne Bossuet, évoque de Meaux».Il parle avec dédain de ((cet aiçrle * ». Cet « aisle » du moins avait la vue perçante, puisque, deux siècles d'avance, parlant des poètes, il traçait de l'auteur des Chansons des rues et des bois ce portrait, trop indulgent sans doute, mais fidèle pourtant et d'une singulière ressemblance : « Ils remplissent l'univers des folies de leur jeunesse égarée... Aveugles admirateurs de leurs ouvrages, ils ne peuvent souffrir ceux des autres; ils tâchent parmi les grands (aujourd'hui lisez : parmi la populace), dont ils flattent les erreurs et les faiblesses, de gagner les suffrages pour leurs vers. S'ils remportent ou qu'ils s'imaginent remporter l'applaudissement du public, enflés de ce succès, ou vain, ou imaginaire, ils apprennent à mettre leur félicité dans des voix confuses, dans un bruit qui se fait dans l'air, et prennent rang parmi ceux à qui le prophète adresse ce reproche : Vous qui vous réjouisse: dans le néant. Que si quelque critique vient à leurs oreilles, avec un dédain apparent et une douleur véritable, ils se font justice à euxmêmes : de peur de les affliger, il faut bien qu'une troupe d'amis flatteurs prononcent pour eux, et (es assurent du public. Attentifs à son jugement, où 1(3 goût, c'est-à-dire ordinairement la fantaisie et l'humeur a plus de part que la raison, ils ne songent pas à < < vère jugement où la vérité condamnera l'inutilité de leur vie, la vanité de leurs travaux, la bassesse.de leur flatterie et à la fois le venin de leurs mordantes satires ou de leurs épiirrammes piquantes, plus que tout cela, les douceurs et les agréments qu'ils auront versés sur le poison de

i. Les Travailleurs de la mer, t. I, p. i4o

leurs écrits, ennemis de la piété et de la pudeur. Si leur siècle ne leur paraît pas assez favorable à leurs folies, ils attendront la justice de la postérité, c'est-à-dire qu'ils trouveront beau et heureux d'être loués parmi les hommes pour des ouvrages que leur conscience aura condamnés avec Dieu même et qui auront allumé autour d'eux un feu vendeur. 0 tromperie! ô aveuglement! ô vain triomphe de l'orgueil * ! »

Les romans se vendent toujours mieux que les volumes de vers. Celui de Victor Hugo renfermait d'ailleurs, à côté d'énormes défauts, de merveilleuses qualités. Le succès en fut donc assez vif. Les Travailleurs de la mer étaient en train de recueillir les miettes du riche festin des Misérables, lorsque soudain Gilliatt, sieur Clubin et la Pieuvre se trouvèrent en présence d'un concurrent contre lequel ils n'étaient pas de force à lutter. Ce con- ' current n'était rien moins que M. de Bismarck. Peu après l'apparition du livre, en effet, éclatait le coup de foudre de Sadowa -. La vente des Travailleurs de la mer en souffrit, et cela n'était pas pour plaire à Victor Hugo. II en prit néanmoins son parti sans trop de peine, se disant qu'après tout Napoléon III y perdrait plus que lui.

L'empire, cependant, faisait encore bonne contenance. Napoléon III se préparait à ouvrir, le Ier mai 18G7, la seconde Exposition universelle de Paris et à recevoir dans sa capitale tous les souverains de l'Europe, les vainqueurs

1. Victor Hugo contre Bossuet : il y aurait, sous ce litre, un joli chapitre à écrire. Voir encore l'Année terrible, pp. 182 et 388, l'Art d'é Ire grand-père, p. 248, la Pi lié suprême, p 9, Religions et Religion, p. 14, ïAi>e, p. 24. tes Quatre vents de t'Es/ rit, t. II, p. 247, la Légende des Siècles, 3e série, pp. 23<j, 243, 2G2.

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