Paris, par Victor Hugo, passim
prié, où ils ont vaincu, à la face du ciel, en plein soleil, en pleine gdoire, — c'était une cave où "Touillaient des animaux immondes, un souterrain où des rois-bandits fabriquaient de la fausse monnaie, une caverne où faisaient ripaille des brigands couronnés, ivres de sang-, de luxure et de vin î C'est M. Hug-o qui dit cela, pour faire oublier qu'il a été royaliste, qu'il a aimé autrefois et chanté la vieille France, et qu'un jour, on sait pour quels motifs, il a chang-é de camp et déserté devant l'ennemi î
Du reste, il estlog-ique. S'il traîne dans la boue les rois qui ont fait la Fiance, il exalte 9.3, il glorifie la Commune. Il écrit :
D'un coté, la Convention, de l'autre, la Commune. Duel titanique.
La Convention incarne un fait définitif, le Peuple, et la Commune incarne un fait provisoire, la Populace. Mais ici la populace, personnage immense, a droit. Elle est la Misère, et elle a quinze siècles d'Aire. Euménide vénérable. Fur'e auguste. C?tte tète de Méduse a des vipères, mais des cheveux blancs.
La Commune adroit; la Convention a raison; c'est là ce qui est superbe. D'un coté, la Populace, mais sublimée; de l'autre, le Peuple, mais transfiguré. Et ces deux; animosités ont un amour, le irenre humain, et ces deux chocs ont une résultante, la Fraternité. Telle est la magnificence de notre révolution. ..
... Ici l'avenir se bifurque et montre ses deux tètes : il y a plus de civilisation dans la Convention et plus de révolution dans la Commune. Les violences que fait la Commune à la Convention ressembl nt aux douleurs utiles de l'enfantement.
Un nouveau genre humain, c'est quelque chn.se. Ne marchandons pas trop qui nous donne ce résultat.
Devant l'histoire, la Convention est une forme de la nécessité, la Commune est l'autre : noires et sublimes formes vivantes debout sur L'horizon et, dans ce vertigineux crépuscule, où il y a tant de clarté derrière tant de ténèbres, l'u-il hésite
193 VICTOR HCGO APRES 1852
entre las silhouettes énormes des deux colosses. L'un est Léviathan, l'autre est Béhémolh.
Ses prévisions de l'avenir valent ses visions du passé. Il annonce la paix universelle, la fraternité de tous les peuples, la fin de toutes les guerres. « Pourquoi, s'écriet il, voulez vous nous faire croire aux revenants ? Vous imaginez-vous que nous ne savons pas que la guerre est morte ?... La guerre habite un sépulcre. Les larves ne sortent pas des sépulcres à midi... — Est-ce vous qui attaquerez, Allemands? Est-ce nous? A qui en veut-on ? Allemands, ail Menn, vous êtes Tous-les- Hommes. Nous sommes vos concitoyens dans la cité Philosophie, et vous êtes nos compatriotes dans la patrie Liberté. Fiance veut dire affranchissement. Germanie veut dire Fraternité. Se représente-ton le premier mot de la formule démocratique faisant la guerre au dernier ? — Nous ne croyons pas à la guerre.. . Bas les armes ! Alliance. Amalgame. L mité ! »
Et. revenant à son utopie des Etats-Unis d'Europe, à son rêve de République universelle, le poète termine pur ces lignes :
0 France, adieu ! Tu es trop grande pour n'être qu'une partie. On se sépare de sa mère qui devient déesse. Encore un peu de tunas, et tu t'évanouiras dans la transfiguration. Tu es si grande que voilà que tu ne vas plus être. Tu ne seras plus France, tu seras Humanité; tu ne seras plus nation, tu seras ubiquité. Tu es destinée à te dissoudre tout entière en rayonnement, et rien n'est visible à cette heure comme Veffacement visible de ta frontière. Résigne-toi à ton immensité. Adieu, Peuple ! Salut, Homme 1 Subis ton élargissement fatal et sublime, ô ma patrie, et de même qu'Athènes est devenue la Grèce, de même que Rome est devenue la chrétienté, toi> France, deviens le monde.
Tout cela, certes, est très bsaiT; mais ea lisant cette pa^e, le soir, aux Tuileries, après une promenade à l'Exposition, où il avait caressé du regard le canon Krupp, ce que Bismarck a dû rire !