LA MORT DE M™ VICTOR HUGO. — L'HOMME QUI RIT £C
la compagne du Génie. Elle avait été la plus glorieuse des épouses et la plus heureuse des mères. Puis, soudain, les portes de l'Eden s'étaient refermées derrière elle. Épouse, elle avait pleuré son bonheur évanoui dans l'ombre; mère, elle avait pleuré sa fille disparue dans les flots. Ses faiblesses, ses fautes peut-être, — qui de nous, hélas! s'en peut dire exempt? — avaient été cruellement, généreusement expiées. Son âme était haute et ferme, facilement ouverte au pardon, toujours prête au renoncement et au sacrifice 1. Dans une circonstance que force m'a bien été de rappeler au cours de ce travail, lors de l'affaire de Mme B..., en i845,elle avait faitplus que de pardonner. Elle courut chez le mari demander la grâce de la femme, échoua, recommença, finit par réussir et alla elle-même faire sortir de prison celle qui l'avait offensée.
Ses yeux éclatants, ses épais cheveux noirs, son teint lumineux faisaient croire d'abord à une femme fière et dominatrice. C'était au contraire une nature très douce, tendre et très modeste. Il semblait que, dans cette maison où tout le monde était spirituel, elle mît de la coquetterie à être la seule qui n'eût point d'esprit. Dans son salon de la place Royale, elle prenait peu de part aux conversations -; bien loin de chercher à y briller,
i . Sous ce litre : France et Belgique* les exécuteurs testamentaires de Victor Hugo viennent de publier (juin 1^92; un volume contenant les lettres de voyage écrites par le poète pendant les années i834, i835, i830, 18&7 et i&H). Ces lettres, adressées à Mme Hu<ro, renferment les protestations de tendresse les plus ardentes. Quand Victor Hugo les écrivait, — il n'était pas seul, — et sa femme le savait bien; — il avait pour compagne de route Mlle Juliette, de la Porte Saint-Martin, celle qui rouet.
On lit dans les Propos du table de Victor Hugo, recueillis par M. Richard Lesclide : » M"* Drouel se plaît à raconter les dans lesquels elle a accompagné Victor Hugo. Ils sont nombreux, car elle ne l'a guère quitté. ■ — Op. cit., p. i33.