LA MORT DE M™ VICTOR HUGO. — L'HOMME QUI RIT
à M. Vacquerie d'amener Miirger, chaque soir, rue de la Tour-d'Auverçne, où elle demeurait à cette époque. Le soir venu, elle arrangeait une partie de cartes, d'où le romancier, étonné de sa chance, sortait invariablement vainqueur. Ces gains répétés, joints aux deux secours qui arrivèrent quelques jours après, permirent à Minier d'attendre les recettes de la Vie de BoJtême L.
Les douleurs qui avaient brisé la vie de Mrae Hugo avaient tourné sa pensée vers Dieu. Plus son fardeau devenait lourd à porter, plus elle élevait ses regards vers le ciel, vers la patrie véritable, où l'attendait sa fille, où elle retrouverait son père, sa mère, son frère, ceux-là qui l'avaient aimée. On a lu ses lettres à Victor Pavie, si chrétiennes et si résignées. Dans sa correspondance avec Mrae Mennessier-Nodier, elle aime à s'entretenir de ses chers morts, de sa fille Léopoldine surtout, sans cesse présente à sa p?nsée. En adressant à Mme Mennessier une photographie du tombeau de Villequier, elle lui écrit : « Donne quelquefois à ce cher tombeau, bientôt le mien, une pensée d'en haut -. »
Au mois de février 18GO, après la mort de son frère aîné, M. Victor Foucher 3, elle écrit à son oncle, M. Anselme père:
Bruxelles, mercredi 7.
... Je sais aussi qu'il a tenu à être enterré près de notre
1 . La Vie de Bohéine, comédie en cinq actes et en prose par Henry Mûrçrer et Théodore Barrière, fut jo.'.ée pour la première fois, au Théâtre des Variétés, le 23 novembre 18 V).
2. Lettre datée de Paris, 9 octobre i8G5. — Je possède un grand nombre de lettres de M" Victor Hu^o, qui n'ont pu trouver place dans mon travail. Toutes lui font le plus grand honneur.
3. M. Victor-Adrien Foucher, ne à Paris le 11 juin 1802, mort en février 18GG, dans l'exercice même de ses fonctions de conseiller à la 1 lourde cassation. Il a laissé plusieurs ouvrages estimés de jurisprudence.
père et de notre mère; ils sont dès à prisent réunis de corps et d'àme, et nous attendent, car rien ne m3urt et nous subissons simplement une transformation pour arriver à une réunion finale dans une pureté plus grands. Les agitations terrestres sont bien peu quand on les envisage devant l'éternité calme que nous espérons. Resserrons donc nos liens pour ce qui nous reste à vivre. Quant à vous, chers parents aimés, je ne puis vous donner davantage. Vous avez de tout temps, et sans affaiblissement, eu une large part de mon cœur.. . A vous de l'âme que vous savez.
Adèle Victor Hugo *.
Depuis la catastrophe de Villequier, que d'autres catastrophes à son foyer! Sa fille Adèle, mariée à un officier anglais -, emmenée par lui en Amérique, à la Nouvelle-Ecosse, où il mourait presque en arrivant, et revenue enEurope, frappée dans sa raison et à jamais perdue pour sa mère, comme Léopoldine. — Son fils François- Victor, voyant mourir sous ses yeux sa fiancée, MlleErnily de Putron 3, et s'éloi°:nant à son tour de Guernesev, dont il ne peut plus supporter le séjour !
Des chagrins d'un autre ordre, et non moins cuisants, n'avaient pas été ménagés à Mme Hug-o. Si je me permets de les indiquer ici, c'est à la suite des amis de Vic,tor Hug-o et de ses parents eux-mêmes, qui ne se sont pas fait faute de leur donner la publicité la plus retentissante. N'est-ce pas un cousin germain du poète et l'un de ses plus fervents admirateurs, M. Alfred Asseline, qui nous a donné, dans son Victor Hugo intime, le récit qu'on va lire :
i. Alfred Asseline, \ ictor Hugo intime, p. 293.