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LA MORT DE M»« VICTOR HUGO. — L'HOMME QUI RIT

g*o, ses fils et quelques amis, parmi lesquels Henri Rochefort, la reconduisirent jusqu'à la frontière. Le 29 au matin, le cercueil, qu'accompagnaient MM. Auguste Vacquerie et Paul Meurice, arrivait à Paris, à la gare do Nord, où étaient réunis M. Paul Foueher, M. Alfred Asseline, Mme Meurice et un croupe d'amis, qui firent corà la morte jusqu'à l'humble cimetière normand, où sa fille Léopoldine l'attendait depuis vingt-cinq ans. — Heureuse du moins dans la mort. M-8 Victor Hugo repose en paix à l'ombre de la croix, près de sa fille, — loin du Panthéon !

Quelques jours après les funérailles, Victor Hugo écrivait à M*" Mennessier Nodier, qui avait été la meilleure amie de sa femme :

Dimanche, i3 septembre.

Chère Marie, je n'ai pu vous répondre tout de suite. I a sanglot ne s'envoie pas dans une lettre. Elle vous aimait bien. L'an dernier, à pareille époque, à Chaudfontaine, nous vous lisions ensemble. Elle pleurait alors sur votre père comme aujourd'hui vous pleurez sur elle.

A vous, mon vieux cœur.

A Victor Pavie, qui lui avait écrit dès qu'il avait connu la triste nouvelle, il répondait, au même moment:

J'ai le cœur navré ; je sens que vous m'aimez toujours un peu. J'entends voire voix comme la voix de mon passé et de ma jeunesse; doux et sombre appel; je suis vieux; j'irai bientôt où est cette grande âme qui vient de partir. Aurons ex imo.

sur celte lettre que se clôt la correspondance 1. Cartons de Victor Pavic : Correspondance de Victor Huço.

Victor Hugo et de Victor Pavie : elle avait duré quarante ans. Tous les deux, le poète illustre et l'humble lettré de province, vivront encore de longues années1, mais ils ne s'écriront plus; ils ne se verront plus, même quand l'exil aura cessé. Victor Hugo n'entendra plus cette voix amie, qui était (( comme la voix de son passé et de sa jeunesse ». Son passé, ses jeunes amours, ses vieilles amitiés, tout cela est scellé à jamais sous la pierre de Villequier.

La vie littéraire a de terribles exigences. Quelques mois à peine après la mort de Mme Hugo, paraissait l'Homme qui rit (mai 1869).

Ces quatre volumes sont à la fois un roman et un pamphlet.

Le roman aurait pu tenir en deux cents pages.

Gwynplaine, le héros du livre, est un bateleur ambulant. Il a le visage d'un monstre. Dans son enfance, les Comprachicos (les Achète-petits) lui ont désarticulé les gencives, aplati le nez, fendu la bouche jusqu'aux oreilles; il est fatalement condamné à un rire perpétuel ; il est Y Homme qui rit. Eu sa double qualité de monstre et de saltimbanque, il a toutes les délicatesses de l'esprit et toutes les noblesses du cœur. Il aime Dea, une jeune comédienne, qui vit avec lui dans la cahute roulante d'Ursus, leur maître commun, et qui, étant comédienne, a naturellement toutes les vertus; elle est la distinction, la grâce, l'innocence, la pureté même. Com-

1. Victor Pavie est mort le 17 août 1886, un an après Victor Husro.

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