CHAPITRE XI
Le 5 septembre 1870. Un souvenir du discours d'Anvers. — L'édition parisienne des Châtiments. — Au pavillon de Rohan. Distiques et quatrains du siège. — Où l'on apprend que le poète n'est pas franc-comtois. — Les élections du 8 février 1871 . A l'Assemblée de Bordeaux. Le buste de la bibliotbèque de Besançon. On mot de l'amiral La Ronciere Le Noury. Députes des départements et député de Paris. La démission de Victor Hugo. — Mort de Charles Huço. Les funérailles du 18 mars.
Au printemps de 1870, Napoléon III demanda à la nation de confirmer l'empire par un vote. Un décret en date du 23 avril convoquait les électeurs pour le dimanche 8 mai. Le texte du plébiscite sur lequel ils étaient appelés à se prononcer était ainsi conçu : $ Le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la Constitution, depuis 1860, par l'empereur, avec le concours des grands Corps de l'Etat, et il ratifie le sénatus-eonsulte du 20 avril 1870. » Les billets de vote ne devaient porter qu'un seul mot : oui ou non.
Victor Hugo vota à bulletin ouvert, sans attendre le 8 mai. Le 27 avril, il lança de Gueraesey une protestation « j ni rejoignait, après dix-huit ans, celle qu'il avait rédigée à Jersey, le 01 octobre i852, contre le rétablissement de l'empire.
Le 8 mai, sur io.o3f).384 électeurs inscrits, 9 o/j/|.8o3 prirent part au scrutin, qui donna les résultats suivants:
2£6 VICTOR HUGO APRES 1 So2
Oui : 7.358.886; non : 1.071.939; bulletins nuls: 113.978.
Le plébiscite avait justifié les espérances de Napoléon III. Celles du parti révolutionnaire semblaient ajournées à une échéance lointaine. Quelles chances restaient à l'insurrection, du moment que le gouvernement avait pour lui, à n'en pouvoir douter, l'immense majorité du pays ? De la guerre seule, si elle était malheureuse, pouvait sortir le renversement de l'empire. Elle éclata le i5 juillet 1870.
Le 17 août, Victor Hugo quitta Guernesey, gagna Southampton et,%de là, Bruxelles. Nos premières défaites, Wissembourg, Wcerth, Forbach, venaient d'entrebâiller pour lui la porte de la France. Sedan allait la lui ouvrir toute grande. Le 4 septembre, l'empire était renversé. Dans la journée du 5. Victor Hugo prit un billet pour Paris. Son fils Charles, M.Jules Claretie et M.Antonin Proust l'accompagnaient. A Tergnier, il entra au buffet, dîna sommairement et glissa dans sa poche le reste de son pain. — « Je l'ai toujours, ce morceau de pain, disait-il plus tard à M. Claretie, Mme Drouet l'a gardé *. »
Il était dixheures du soir lorsque le train pénétra dans la gare du Nord. Une foule considérable attendait le poète et l'accueillit par des vivats frénétiques 2.
— Messieurs, messieurs, dit doucement un chirurgien en chef, nous avons là des blessés !
Il montrait des wagons-ambulances d'où le sang coulait sur les rails à travers les planches 3.
De la çare, Victor Huço se rendit au numéro 5 de
t. Récit de M. Jules Claretie.