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Noces et festins, dans les Chant* du Crépuscule

2. Le théâtre du Vaudeville, à Bruxelles, situé rue de l'Évêque.

ses invitées les cachemires des Indes qui ornaient les fenêtres 4,

Pendant ce temps-là, Victor Hu^o vivait en reclus dans l'humble maison de la Grand'Place, où il occupait, au premier étage, une seule chambre, ayant pour tous meubles un divan qui servait de lit, une table de travail et un vieux miroir au-dessus de la cheminée.

Il y a quarante ans, la vie était à très bon marché à Bruxelles. Aux abords des galeries Saint-Hubert, il existait alors un grand nombre de petits restaurants et de pensions bourgeoises, où, pour un franc, l'on servait aux réfugiés un potage, trois plats de viande, trois plats de légumes, un dessert, pain et bière à discrétion. C'était presque l'hospitalité écossaise. Citons au moins quelquesunes de ces pensions de l'âge d'or : le Chasseur de Chasteleer. le Lion Behje, les cabines de la rue des Harengs, la Mort subite, rue des Bouchers, enfin, rue des Eperonniers, le Grand-Café.

C'est à la table d'hôte de la rue des Eperonniers que Victor Hugo prit d'abord ses repas, en compagnie d'autres proscrits, dont les plus connus étaient Emile de Girardin, Edgar Quinet, Emile Desehanel et l'éditeur Jules Hetzel.

La vogue du Grand-Café dura peu; ses clients l'abandonnèrent l'un après l'autre, et Victor Hu^o transporta son couvert cà l'enseigne de YAiyle. Comment ce nom, symbole de l'empire, n avait-il pas suffi à éloigner le poète? Va jour que l'un des convives en marquait son étonnement : « Bah! répliqua Charras, tandis que Victor Hugo esquissait un sourire approbateur, — l'aigle est l'emblème de tous les grands hommes, et, à ce titre, il appartient à M. Hugo autant qu'à Napoléon. »

i. P. ÏVauwermans, p. ir>Q.

Le seul luxe que Fauteur de Ray Blas se permettait parfois était celui d'un second verre de bière, ce qui portait l'addition au chiffre babylonien d'un franc vingtquatre centimes.

— « Si je buvais un second verre de faro., qu'en diriezvous? » demandait-il un jour à ses compagnons de table.

— « Monsieur Huco , reprit l'un des réfugiés, je dirais que vous vous êtes déjà fait à la boisson de l'exil, ce qui est quelque chose.

— « Allons, « Lucullus dîne chez Lucullus, » garçon, un second verre de bière... * »

Tel était le genre de vie du poète, et il ne ressemblait guère, on le voit, à celui d'Alexandre Dumas. Mais comme on était habitué à associer leurs deux noms; comme ils étaient tous les deux hommes de lettres, romanciers, auteurs dramatiques ; comme on les croyait tous les deux également millionnaires, on ne pouvait croire qu'ils n'eussent pas mômes goûts et mêmes habitudes. On concluait donc du luxe public et bruyant de l'auteur de la Toar de Xesle au luxe... caché de l'auteur de Lucrèce Borgia. Ne savait-on pas d'ailleurs que ce dernier avait été pair de France, et qu'il était vicomte, — un grand seigneur, par conséquent, et un grand seigneur riche? — Or, à quoi servirait d'être riche et grand seigneur; si l'on ne faisait pas la fête ? Alexandre Dumas la faisait avec fracas, toutes portes ouvertes. Victor Hugo la faisait discrètement, les fenêtres closes. C'était là la seule différence. Ainsi pensait le petit peuple de Bruxelles. Et n'étaient pas éloignés de penser de même, parmi les réfugiés, tous ceux, — et le nombre en était grand, — qui n'avaient pas même de quoi payer leur écot à la

i. P. Wauwermans, p. fa .

Mort subite et au Chasseur de Chasteleer. Beaucoup tenaient pour vraie cette lég-ende, rapportée par M. Wauwermans dans son livre sur les Proscrits du coup d'État : la légende de o Victor Hu«-o ayant un appartement somptueux au quartier LéopolJ, et réservant son modeste logis de la Grand'Plaee pour recevoir les proscrits qui venaient faire appel à sa bourse ou à son influence l ».

Dans l'Introduction à son volume Pendant l'exil, Victor Huïto a cru nécessaire de nous dire quel était, en 1802, le chiffre de sa fortune :

En décembre 1 85 1 , quand celui qui écrit ces lignes arriva chez l'étranger, la vie eut d'abord quelque dureté. 1 C'est en exil surtout quesefait sentir le res angusta domi.

Celte esquisse sommaire de & ce que c'est que l'exil 1 ne serait pas complète si ce coté matériel de l'existence du proscrit n'était pas indiqué, en passant, et, du reste, avec la sobriété convenable.

De tout ce que cet exilé avait possédé il lui restait sept mille cinq cents francs de revenu annuel . Son théâtre, qui lui rapportait soixante mille francs par an, était supprimé. La hâtive vente à l'encan de son mobilier avait produit un peu moins de treize mille francs. Il avait neuf personnes à nourrir.

Il avait à pourvoir aux déplacements, aux voyages, aux emménagements nouveaux, aux mouvements d'un groupe dont il était le centre, à tout l'inattendu d'une existence désormais arrachée de terre et maniable à tous les vents ; un proscrit, un déraciné. Il fallait conserver la dignité de la vie et faire en sorte qu'autour de lui personne ne souffrit '2.

Des chiffres donnés par le poète, il en est un tout

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