‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 13 sur 187 · Pendant l'e.cil, introduction, p. xxxiv · texte numérisé non relu

Pendant l'e.cil, introduction, p. xxxiv

d'abord qui s'écarte singulièrement de la vérité. Les droits touchés par les auteurs dramatiques étaient loin d'être alors ce qu'ils sont aujourd'hui. A la Comédie- Française, par exemple, la part d'auteur, pour une pièce en quatre ou cinq actes, était du huitième de la recette, non de la recette brute, mais de celle-ci diminuée du tiers pour les frais. Sur une recette de 1.200 francs, les droits d'auteur étaient de 100 francs seulement ; et encore arrivait-il souvent que l'auteur de la pièce principale avait à partager avec l'auteur du lever de rideau qui accompagnait son drame ou sa comédie. Ces conditions étant données, est-il exact que Victor Hugo ait gagné au théâtre (( soixante mille francs par an » dans les années qui ont précédé le coup d'Etat, soit, pour nous en tenir aux cinq années écoulées du commencement de 1847 a la fin de i85i, une somme ronde de trois cent mille francs ? Il ne sera pas sans intérêt de le rechercher, d'abord pour savoir si Victor Hugo a dit vrai, ensuite, — ce qui est plus important, — pour juger du degré de popularité dont jouissait alors son théâtre.

Hernani a eu quatre représentations en 1847, quatre en 1848, quatre en 1849; Pas une seule en i85oeti85i. En 1847, les droits d'auteur du poète furent de 342 fr. 42. En 1848 et 1849, ils s'élevèrent à 35g fr.oi pour les deux années. Total des droits touchés en cinq années sur Hernani, 701 fr. 43. On voit, par ces chitfres, que les drames de Victor Hugo ne faisaient pas précisément salle comble. Telle de ces représentations d' Hernani ne produisit que 179 fr. 4o de recette ; la part de l'auteur fut de quatorze francs soixante-dix-neuf centimes l.

1. Je dois ce renseignement et ceux qui vont suivre à une obligeante communication de M. Georges Monval, l'érudit Archiviste de la Comédie-Française.

BRUXELLES. — HISTOIRE D'UN CRIME il

Mari on de Lorme a eu vingt-sept représentations de 1847 à 1802, treize en 1847, sept en 1848, quatre en 1849, trois en 1 801. La représentation du Ier août 1847 produisit 255 fr. 85, soit pour l'auteur ig fr. 86 dedroits. Dans leur ensemble, ces vingt-sept représentations rapportèrent à. Victor Hug-o 1.896 fr. 06 '.

Angelo, qui ne fut pas joué de 1847 à 1849, eut quatorze représentations en i85o et cinq en 1 S 5 1 . Grâce à MUe Rachel, qui remplissait le rôle de la Tisbe, les recettes furent plus fructueuses que celles de Mari on de Lorme et d'Hernani. Les quatorze représentations de i85o donnèrent à l'auteur 3.6 18 fr. 45. Les cinq représentations de i85i lui donnèrent 1.262 fr. 07 -.

Victor Hug-o a donc touché, en cinq ans. à la Comédie- Française, pour Hernani, Marion de Lorme et Angelo, 7.478 fr. seulement. Lucrèce Borgia et Ru y Blas, à la Porte-Saint-Martin, lui rapportèrent davantage. Les registres de ce dernier théâtre avant péri dans les incendies de mai 187 1, il ne m'est pas possible de procéder comme pour la Comédie-Française et de calculer par livres, sous et deniers. Dans la nécessité où je suis de donner ici des chiffres approximatifs, j'aurai soin de les majorer.

En 1847, Lucrèce Borgia fut jouée vingt-huit fois et Ru y Blas dix fois, presque toujours avec une autre pièce. Il est de toute évidence que ces trente-huit représentations ont dû rapporter beaucoup moins à l'auteur que les cinguante-Ituit représentations d'Hernani, de Marion Delorme et à' Angelo dont je viens de parler. Admettons cependant qu'elles lui ont donné autant, et inscrivons de ce chef une somme égale, soit 7-5oo francs.

Page 1