Depuis l'exil, pp. 72 et suiv
Ces diverses auditions n'étaient pas. on le pense bien, pour nuire à la vente du volume. Si les journaux, à ce moment., se vendaient comme du pain, les livres ne se vendaient guère, ou plutôt ne se vendaient pas du tout. Seuls, les Châtiments firent exception. Ils eurent cette bonne fortune d'être vraiment le livre du siège. Ils n'étaient pas seulement à l'étalage des libraires, on les voyait partout, dans la rue même et jusque sur le bitume du trottoir. On lit dans le Journal des Concourt, sous la date du 3o octobre 1870 :
Le boulevard entier est une foire. On vend de tout sur le bitume du trottoir : des tricots de laine, du chocolat, des tranches de coco, des pastilles du sultan, des piles de Châtiments de Victor Hugo 1...
Dans sa lettre Aux Allemands, publiée le 9 septembre, Victor Hugo avait dit : « Faites, allez, attaquez la muraille de Paris. Sous vos bombes et vos mitrailles, elle se défendra. Quant à moi, vieillard, j'y serai, sans armes2. » Son rôle, en effet, n'était pas de se battre II ne pouvait que faire des vers, et il n'y manqua pas. Il composa une série de pièces qui parurent seulement en 1872, et c'est à cette date que nous aurons à nous en occuper.
Cependant, le siège continuait, et Victor Hugo s'était arrangé, ce qui était son droit, pour le passer le moins mal possible. Il habitait, nous l'avons dit, chez M. Paul Meurice, avenue Frochot, mais il allait chaque jour prendre ses repas au pavillon de Rohan, rue de Rivoli, où était loç-ée sa famille. C'est là que l'alla voir, un jour de décembre, M. Edmond de Goncourt, en compa-