‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 14 sur 187 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

La révolution de Février porta aux théâtres un coup dont ils furent longtemps à se remettre. Le spectacle n'était plus au théâtre, il était dans la rue. Les vrais comédiens n'étaient pas à la Porte-Saint-Martin, ils étaient à FHôtel-de-Yille. Ceci tuait cela. Théophile Gautier écrivait bien, avec une sérénité olympienne, dans la Presse du ier mai 1848 : ft Chaque soir, Ruy Blas et Robert Macaire attirent une foule qui, tant que durent le drame sublime et la mordante comédie, ne pense aucunement aux difficultés de la situation politique. » Mais cette foule, qui s'écrasait dans le feuilleton du bon Théo, ne brillait dans la salle que par son absence. Après cinq ou six représentations, dont les recettes furent des plus minces, Ray Blas disparut de l'affiche. Il fut joué en tout une dizaine de fois au cours de l'année 1848. Lucrèce Borcjia le fut sept fois. C'est aller certainement au delà de la vérité que de porter à 3.ooo fr. les droits d'auteur touchés par le poète pour ces dix-sept représentations, données dans les conditions les plus défavorables, à un moment où les théâtres périssaient d'inanition et où Victor Hug-o lui-même, plaidant leur cause dans un des bureaux de l'Assemblée constituante, s'exprimait en ces termes : « Ce que je veux, ce n'est pas du bruit, comme vous dites, c'est du pain! du pain pour les artistes, du pain pour les ouvriers, du pain pour les vingt mille familles que les théâtres alimentent ! »

Plus encore que 1848, i84q fut une année maigre pour ^ ictor Hugo. Deux représentations de Lucrèce Borgia, deux de Ruy Blas, et c'est tout. Mettons ici j.000 fr. pour faire bonne mesure.

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