Depuis l'exil, p 17I
s'ouvrit, et Victor Hug-o demanda : Oui est là ? — Dombrowski, répondit le vaincu de Paris. Le poète, voyant des hommes embusqués derrière la grille, referma vivement la fenêtre^ non sans leur avoir crié : Tas de scélérats! A ce moment le Français jeta dans les vitres deux ou trois pierres, pendant que ses compagnons poussaient des cris, des huées : A bas Victor Hugo ! A bas le Communard ! Ils se lassèrent vite et quittèrent bientôt la place. On se couche tôt à Bruxelles. La scène avait en tout duré un quart d'heure. Une heure après, quelquesuns des manifestants repassèrent devant la maison, firent entendre de nouveau quelques cris et s'éloignèrent presque immédiatement. Cette seconde scène avait duré à peine quelques minutes. La police, d'ailleurs, avait paru et stationna sur la place jusqu'à l'aube.
Victor Huo'o avait avec lui sa bru, Mme Charles Hugo, et ses deux petits enfants, âgés l'un de deux ans et demi, l'autre de vingt mois . Sa petite-fille Jeanne était malade. Le poète était donc en droit de prendre très au sérieux et même un peu au tragique cette manifestation nocturne. Il semble pourtant qu'il ait un peu abusé de son procédé habituel de grossissement dans le récit qu'il en a fait. Ce récit parut, le 3o mai, dans V Indépendance belge, sous la forme d'une très longue lettre signée: François-Victor //tfr/o^Envoicile résumé: — Il était minuit un quart. Victor Hugo allait s'endormir, lorsqu'il entend un premier, puis un second coup de sonnette. Il se lève, passe une robe de chambre, va à la fenêtre, l'ouvre et demande: Qui est là? Une voix répond: Dombrowski. Victor Hu<?o, sans refermer la fenêtre, se retourne pour descendre et ouvrir sa porte. En ce moment une grosse
t. François- Victor Hugo n'avait pas assisté à la scène de la place des Barricades.
pierre vient frapper la muraille. Le poète comprend alors, se penche à la fenêtre restée ouverte, aperçoit des hommes dans l'ombre et dit à cette foule : Vous èfes des misérables! Puis il referme la fenêtre, pendant que ces cris éclatent sur la place: .1 mort Victor Hugo! A bas Jean Valjean! A bas lord Clanc/iarlie[ ! A bas le brigand ! Des cris on passe aux actes. La maison est l'objet d'un siège en règle. Une gTêle de projectiles tombe furieusement sur la fenêtre et sur la façade. Quelquesuns des ém eu tiers essaient d'arracher la grille de fer du soupirail qui est au-dessous de la porte d'entrée et d'enfoncer la porte elle-même. D'autres s'efforcent d'arracher les volets du salon au rez-de-chaussée, mais sans pouvoir y réussir, ces volets étant revêtus de fer à l'extérieur, et barres à l'intérieur. Un essai d'escalade est alors tenté. Les traces de cette escalade sont visibles sur la muraille et ont été constatées par la police. L'assaut avait recommencé trois fois, et le troisième effort avait été le plus forcené. Heureusement, les assaillants n'avaient pas d'échelles. Le jour parut enfin. La bande vit que le coup était manqué, elle s'en alla. Il était deux heures un quart du matin. Le siège avait duré près de deux heures -.
L'mquête judiciaire prouva que ce récit n'était rien moins qu'exact. Au banquet des Misérables, le 16 septembre 18G2, Victor IIuïto avait dit : « J'ai du bonheur, en vérité, avec les bourgmestres de Bruxelles; il semble que je sois destiné à toujours les aimer ;. » Le
1. Lord Clanchar lie, qu'oo ne s'attendait guère à voir dans cette affaire, n'y aurait-il pas été, par hasard, introduit par François Virtur Eineo, ou plutôt par Victor Hugo lui-même, pour faire une petite réclame à l'Homme gui rilf
. Depuis l'exil, pp. 17s et suivantes.