‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 135 sur 187 · l'endant l'exii, p. ';'i · texte numérisé non relu

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bourgmestre de Bruxelles en 1871 était M. Anspach, l'un des chefs du parti libéral. Au risque de ne pas être honoré, comme ses prédécesseurs, de l'amitié du poète, il déclara devant la Chambre des représentants, dans la séance du 3i mai, que le récit signé : François- Victor Hugo était un roman. Dans son volume : Depuis l'exil, Victor H 112:0 a reproduit in extenso les discours prononcés, dans cette séance du 3i mai , sauf celui de M. Anspach, qu'il a eu soin de passer complètement sous silence, et que, pour cette raison, je dois rapporter ici.

M. Anspach. — Quand je vois le fils de M. Victor Hugo amplifier et dramatiser les faits, je ne puis me taire. On dirait qu'on a pu pendant deux heures faire le sièg-e d'une maison sans que personne s'en inquiète. C'est du roman.

J'ai le témoignage de M. Hugo père lui-même.

Quand on a voulu interroger M. Hugo, à 3 heures du matin, il a répondu : laissez-moi tranquille. . .

M. Victor Hugo, dit le rapport, a désiré qu'on allât chez lut vers dix heures et demie ou onze heures. Cela ne dénote pas chez l'honorahle poète une bien grande émotion .

L'agent s'est présenté vers dix heures et demie du matin, et voici la déclaration de M. Hug-o : — « Vers minuit et demi un coup de sonnette s'est fait entendre chez moi. Je me suis levé. J'ai demandé ce que l'on me voulait. Une personne s'est détachée du groupe en disant qu'elle était Dombrowski. Sachant celui-ci mort, j'ai fermé la fenêtre en criant : Tas de scélérats [ ! Aussitôt ils se sont mis à jeter des pierres. On a cherché à enfoncer la porte d'entrée. De plus, on a voulu arracher les volets des fenêtres. On a crié : .4 la potence ! à

1. Il ressort de la déclaration de Victor Huçro. qui est ici en contradiction formelle avec la lettre de Franrois-N "ietur : i°quele poète, bien loin de se mettre en mesure de descendre pour recevoir l'hôte qui se présentait sous le nom de Dombrow—ki. prit sur-le-champ la résolution de ne point ouvrir; â* que Victor Hugo s'était empresse de fermer sa fenêtre et qu'il n'a point été lancé de pierres pendant que la fenêtre était ouverte.

la lanterne! Les perturbateurs sont partis, et ils sont revenus deux heures après, o

Maintenant il y a dans cette déclaration un fait controuvé. Ni la porte ni les volets n'ont la moindre trace d'égratig-nure.

Le tapissier qui demeure n° \!\ a été interrogé par M. Hugo lui-même ; il n'a rien entendu, ce qui prouve que les scènes n'ont pas eu la durée que leur assigne .M. Hugo fils. D'après nos renseignements, la première scène a duré un quart d'heure, et la seconde quelques minutes l .

Dans un article sur Y Incident belge2, 'SI. Francisque Sarcey, le 2 juin 1871, disait des pierres jetées parjes Bruxellois dans les fenêtres de Victor Huco : « Ces pierres, soyez sûrs que le grand homme va les ramasser et s'en faire un piédestal à sa vanité 3. »

1. Parmi les jeunes çrens qui avaient pris part à la manifestation de la place des Barricades, se trouvait M. Kervyn de Letlenhove, fils du ministre de l'Intérieur. Une instruction l'ut ouverte contre lui et un autre des manifestants; mais elle se termina par une ordonnance de dépôt au greffe 7 décembre 187

2. L'Incident belge, c'est sous ce titre que Victor Huço, dans son volume Depuis l'exil, parle de l'épisode du 27 mai 1871.

3. Le Gaulois, numéro du 2 juin 1871. — Dans ce même article, M. Francisque Sarcey appréciait en ces termes la lettre écrite par Victor Hu^o à f Indépendance belge le 2G mai : o Quelle mi-

! l'eut-on être aussi parfaitement sot quand on a du génie? Génie et sottise, cela va donc ensemble ? Helas ! oui, quelquefois... On se croit Dieu, mais Pascal l'a dit : « Oui veut faire l'ange, fait la bête. » Victor Huiro se croit sublime, il n'est que grotesque. » — Quant à M. Edmond About, il publiait, à la même date, dans le Soir, un article intitule : Où ira-t-tl ? et dont voici quelques extraits : « Vicomte par la trràec de Cbarles X, pair de Fiance par la faiblesse du bon Louis- Philippe, napoléonien j;ir amour du clinquant et par je ne sais quel appétit de l'énorme, poète par une libéralité du ciel mal tombée, millionnaire par \ uds et sa p>ropre avarice, demi-dieu par vocation, non sans <|u< !que rivalité contre l«s druits antérieurs de Ditu le père. InWictorHi . quoi qu'il puisse penser de lui-même et quelque admiration qu'il inspire aux niais, n'est qu'un homme de phrase, in marchand de paroles bariolées, une cymbale < .. On le dit > « ■ r s ;H i 1 e à tort : il a toujours été fidèle à lui-même, et a lui seul, irrai d-j iè ne de lautolàtrie prêt à braver tous les martyres anedins dans l'intérêt de son propre culte, et à les monnayer iment. S'il a tn-

M. Sarcey avait devina juste. Le poète est revenu vingt fois sur l'Incident belge. Il lui a consacré plusieurs des pièces de l' Année terrible. Dans VArt d'être grandpère^ six ans après l'événement, il fumine encore contre « cet assassinat catholique et romain ». Les étudiants bruxellois ne sont rien moins, à ses veux, que des bandits comme M. Bonaparte... ou comme Schinderhannes!

Lovola sait changer Jocrisse en Schinderhanne, Car un tigre est toujours possible dans un àne l.

Dans un écrit spécial, Paris et Rome, paru en 1376, il raconte de nouveau, à sa façon, la manifestation du 27 mai 1871, et il trouve le moyen d'amplifier encore le « roman » de François-Victor : « Plus de cinq cents pierres, écrit-il. furent lancées dans la chambre ; une grêle de cailloux s'abattit sur le lit, point de mire de cette lapidation. La grande fenêtre fut défoncée; les barreaux du soupirail du couloir d'entrée furent tordus; quant à la chambre, murs, plafond, parquet, meubles, cristaux, porcelaines, rideaux arrachés par les pierres, qu'on ?e représente un lieu mitraillé 2. »

censé tour à tour la branche aînée, la branche cadette, Napoléon le Grand, même, en 1848, Napoléon le Petit, c'est parce que l'encens it prime, il s'est mis en colère à propos, il a déballe le pamphlet eu temps utile, et tenu boutique de fiel aussitôt que le fie! demandé sur la place... Ou ira t-il ? C'est aux Etats-Unis que M. Hugo doil éraigrer, s'il persistera fonder son intéressante colonie M Hugo n'a pas encore exploité l'Amérique. Le grand poète, qui n'oublie jamais les petits intérêts desa gloire, abordera un jour ou l'autre à ces rives follement hospitalières où B A R.WUM lui tend les bras. » — Tout cela du reste n'empêchera pas M. Edmond Abo:it de s'asseoir, le 27 février 18S1. en compagnie de M. Francisque S -v. au banquet du 81e anniversaire de la naissance de Victor > M Alout v prononcera même un discours où il célébrera « le plus grand des hom it^s de notre siècle, le plus admiré, le plus applaudi, le plus aimé •> ; et qu'il terminera par ce cri du cœur : Aimons-nous en i i tor Hugo ! »(Yoy. Depuis L'exil, tome IV, p. 32 )

a. Paris et Rome, p. 23.

A BRUXELLES.— L'ANNEE TERRIBLE 21 i

Oui a fait cela '? Des riches, des hommes élevés par les prêtres, instruits par les jésuites, dirigés par Home, « des disciples duQuîrinal '». En regard de ces hommes,

- - vrais misérables, ceux-là, — Victor Hugo place les insurgés de juin 1848. — pourquoi pas les fédérés de mai 187 1 ? — Il exalte leur héroïque probité, leur équité, leur modération. Ces insurgés sans doute ont bien quelques « violences » à se reprocher: mais, au demeurant,

:it 1 -s meilleurs fils du monde. Ils sont « bons », ils sont «doux2». Les manisfestants de Bruxelles, au contraire , sont de « lâches et féroces bandits », des « chauffeurs » et des« brigands »,des ■■ copistes de Mandrin » et des « plagiaires de Schinderhannes 3 ». Ils ont commis un bien autre crime que dedéplojer le drapeau de la g-uerre civile, de faire couler le sang à flots, d'assassiner l'archevêque de Pariset h- général da Bréa: il ont monté « une scie » à M. Victor Hugo !

Après la lettre du 26 mai, dans laquelle Victor Hugo bravait le gouvernement et les lois du pays dont il était l'hôte, des démarches avaient été faites près de lui pour i- a se retirer volontairement. Ces déman hes étant restées infructueuses, un arrêté d'expulsion fut pris par le gouvernement, à la date du 3o mai. Le | quitta Bruxelles le iPr juin, et alla s'établir à Yianden, dans le grand-duché de Luxembou g, 1 il devait rester plusieurs mois i.

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