‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 155 sur 187 · V. II · texte numérisé non relu

V. II

Dans Victor Hugo après i Soo et dans le premier chapitre du présent volume, j'ai parlé de Y Histoire d un Crime. J'éprouve d'autant moins le besoin d'y revenir que,, de tous les ouvrages en prose de Victor Hugo, c'est certainement le plus médiocre. Napoléon le Petit est un vigoureux pamphlet, admirable par endroits. Y. Histoire d'un Crime est un roman prolixe, ennuyeux, plus insupportable encore que l'Homme qui rit. Dans ce roman, il n'y a qu'un héros et qu'une situation. Le héros, c'est l'auteur. La situation, invariablement la même, est celle-ci : M. \ ictor Hugo dresse des barricades prépare à y monter, mais il n'y monte pas. Il rédige d'innombrables appels aux armes, mais il ne prend pas irmes. 11 est au moment de se mettre à la tète des insurgés de la rive gauche, mais la rive gauche ne L

11 prend sur la place de la Bastille l'omnibus de la Madeleine et, par la vitre baissée, il insulte, au risque de se l'aire massacrer, un régiment de grosse cavalerie, m lis il se trouve que ce n'est pas lui qui a baissé la vitre de l'omnibus et insulté les cuirassiers, c'est un autre, qu'il tire par lep m d ■ sa redingot ■ en lui répétant ".Mais taisez-vous donc ! taisez-vous donc ! vous allée nous faire massacrer! 11 prend un fiacre, et trouvant sur son chemin un général, entouré de son état-major, précédé d'une escouade d'agents de policée! suivi de trois ments, il harangue les soldats, traite le général et officiers de « bandits); et de « galériens s et va se

faire fusiller enfin ; mais, ni le général, ni son étatmajor, ni les policiers, personne ne la entendu. Les lauriers de Baudin cependant l'empêchent de dormir ; il se fera tuer, comme lui, il ramasse son fusil, mais par une malechance incroyable, ce fusil aussitôt se change en crayon, — un crayon parfait, du reste, pour prendre des notes l.

Contées avec un sérieux énorme, avec un luxe et une précision de détails qui montraient bien que l'héritier de Baudin avait pris, en effet, beaucoup de notes, ces (.< histoires » firent sourire. Et pourtant. Victor Hu^o avait fait preuve de courage au coup d'Etat, il avait couru des dangers. Mais, que voulez-vous ! Il est des livres dont l'effet est diamétralement contraire à celui que l'auteur se proposait de produire. L'Histoire d'un Crime était de ceux-là. Le poète avait beaucoup trop forcé la note, — la note de l'indignation, en parlant de Louis Bonaparte, la note de l'enthousiasme en parlant de lui-même- Les lecteurs les plus indulgents se bornèrent à écrire à la dernière page de ces deux gros volumes : Qui veut trop prouver ne prouve rien.

Après les cinq volumes de 1877, Victor Hugo n'en publia qu'un seul en 1878, et encore n'avait il que cent soixante pages.

Dans le conclave de février 1878, qui suivit la mort de Pie IX- le cardinal Pecci fut élu pape.au troisième seru-

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