Voir Victor Hurjo après 1830, t. II, pp. m et suiv
2. Pie IX était mort le 7 février 1S7N, après un pontificat de trente-deux ans. Le conclave s'ouvrit à Rome le 18 février, et, dès le ao, Léon X11I était élu.
tin, et prit le nom de Léon XIII. Deux mois après, Victor Hug-o faisait paraître le Pape, sorte de drame lyrique ou de poème dialogué. La scène s'ouvre au Vatican, la nuit.
Le pape, dans son lit.
Ah! je m'endors! — Enfin!
Le Pape dort, et il rêve. — Il rêve que, s'arraehant au Vatican, foulant aux pieds ses deux couronnes, vêtu de bure, pareil au dernier des pauvres, il va par le monde, errant comme Jésus et semant comme lui la bonne parole. Il se répand avec tous en conversations ;
Car que faire en un rêve à moins que l'on ne cause?
Il cause donc avec les rois, — avec le patriarche de Gonstantinople, — avec les évêques, — avec les pauvres, — avec les foules, — avec une nourrice, — avec l'Ombre, — avec le jug-e, — avec les peuples. Et avec tous, il se montre doux, humain, charitable, grand, désintéressé, sublime. Il se réveille alors et s'écrie :
Quel rêve affreux ]c viens de faire!
L'invention est chétive,et elle n'a même pas le mérite d'être neuve. Ce truc du Rêve a déjà servi bien des fois, depuis le soir où Du Mersan fit jouer, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, Yietorine ou la nuit porte conseil l.
Au fond, le poème de Victor IIu^o ctait un pam-
i. Victorine ou la nuit porte conseil, drame-vaudeville en cinq par Du Mersan, Dupeuty et Gabriel, représenté |»unr la [>remii re fois le 21 avril i83i. Cette pièce eut un très grand suco on la jouait encore au mois d'août i83i, sur te théâtre de la Porte- Saint-Martin, en même temps q>ie Ma) ion de Lormc.
phlet. mais un pamphlet larmoyant. Après avoir tiré sur les Tuileries, le poète tirait sur le Vatican, mais sa poudre était mouillée. On avait eu, en 181g, le Pape, de Joseph de Maistre, — un chef-d'œuvre. On avait, cette fois, le Pape... par l'archevêque... de Grenade.
La publication du livre deVictor Hu2:o(2Q avril 1878) coïncida presque avec le centenaire de Voltaire (3o ma1 1878). Longtemps Victor Huço n'avait eu que du mépris pour Voltaire, pour l'homme, pour le philosophe et le poi'te. Dans les Rayons et les Ombres, qui sont de 1840, il avait flétri ce sophiste, ce faux sage, ce serpent, ce singe de génie
Chez l'homme en mission par le diable envoyé '.
C'était le temps où il disait à sou ami Granier de Cassac nac : « Mon cher, je ne serai content que lorsque vous aurez dit, dans un article, que Voltaire est bête'2. » — Oui, mais nous sommes en 1878. Les révolutionnaires célèbrent à sfrand fracas la mémoire du coryphée de l'impiété, de l'insulteur de Jeanne d'Arc : il faut bien que Victor Hu^o suive les révolutionnaires, puisqu'il est leur chef. Il ne paraît pas d'ailleurs qu'il lui en ait beaucoup coûté de faire amende honorable, en plein théâtre de la Gaité, à Fauteur du Dictionnaire philosophiqae. Autrefois il avait dit :
Voltaire, le serpent, le doute, l'ironie s;
il en est quitte pour dire aujourd'hui : « Voltaire a eu la tendresse djine femme et la colère d'un liéros. 11 a