‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 159 sur 187 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LA PITIÉ SUPRÊME. — RELIGIONS ET RELIGION. — L'ANE. LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT

La Pitié suprême. — Contre l'extradition d'Hartmann. — Reliffions et Religion. Mme de Sévigné et Victor Hugo. Bourdaloue et Ravignan. — Un homme distingué, M. Tiiiers — L'Ane. Du parti que l'on peut tirer des livres que personne ne lit. Victor Hugo et Pierre Corneille. Dédié par le poêle à ses confrères de l'Académie. Diafoirus et Brid'oison. — La fêle du 27 février 1881. — Les Quatre vents de l'Esprit. L'Œuvre de Victor Hugo et l'Œuvre de Dieu. Un nommé Ségur. Alfred de Musset. Deux perles et un grain de mil. Le déboulonnement de la statue de Henri IV.

De toute la forêt il ne reste qu'un chêne.

En vain la foudre l'avait frappé plusieurs fois; en vain ses contemporains tombaient l'un après l'autre autour de lui; Victor Hugo restait debout, pareil, sous ses cheveux blancs, à ces grands vieillards dont son œuvre est pleine : Ruv Gomez. Nangis, Saint-Vallier, Job, Onfroy, Fabrice, Eviradnus. On se plaisait à redire, dans le salon de l'avenue d'Evlau, que le poéV présiderait luimême à la célébration de son centenaire et qu'il lui serait donné de chanter un carmen sœculare au couchant de ce siècle dont il avait salué l'aurore. Paul de Saint-Victor écrivait: (( La vieillesse ne s'accuse chez lui que par les éclats et les aspérités de la force, si l'on peut appeler vieillesse cette auguste maturité qui reverdit toujours, sans se flétrir par aucun côté. Les années ne font qu'é-

larg-ir le cercle de son activité souveraine ; son rè£ne ne connaît ni décadence ni déclin. 1! bat son plein à l'heure o.'i tant de grands esprits se retirent... L'exception intellectuelle semble appeler l'exception physique : on lui souhaite et on lui prédit une longévité d'élection l. »

Comment Victor Hugo n'aurait-il pas cru lui-même à celte « longévité d'élection » qu'on lui prédisait de toutes parts? Puisque le temps n'avait pas de prise sur son génie, pourquoi en aurait-il eu sur sa santé *? Il se savait si bien au-dessus de ses atteintes, qu'il se refusait à prendre les précautions vulgaires, bonnes pour les autres hommes, inutiles pour lui. M. Alfred Barbou écrivait alors avec une admiration attendrie: c Victor Hugo n'a jamais voulu porter de pardessus ni sortir avec un parapluie 2! » Voilà, en effet, qui ne sentait guère la vieillesse ! Pour mieux prouver encore qu'elle ne pouvait rien sur lui, il choisit le soixante-dix-S3ptièm3 anniversaire de sa naissance pour publier, au mois de février 1879, un nouveau poème, la Pitié suprême.

Dans les Châtiments, dans la Légende des siècles, dans r Année terrible, dans le Pape, Victor Hugo avait l'anathème aux tyrans et aux despotes, aux rois, aux papes, aux empereurs. Il avait rempli avec un éclat incomparable le rôle de justicier. Et ce faisant, il avait trouvé le moyen de s'assurer à la fois l'honneur et le profit. L'honneur d'abord : quoi de plus noble que de se constituer ainsi le cheval ici' du droit, l 'ennemi des opj .ses us. l'avocat des petitset <\r<. faibles ? Le profil ensuite. puisqu'en prenant parti pour les peuples contre les rois, pour la révolution contre la monarchie, il se rangeait

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