Ibidem, p. xxxv
il avait fait un sacrifice qui n'allait pas à moins de soixante mille francs par an. Maintenant, an contraire, il s'agit de couper court à des bruits fâcheux, de faire taire les petites gens qui l'accusaient d'être venu en aide un peu trop parcimonieusement peut-être à ceux de ses compagnons d'exil que pressait le besoin. Cette parcimonie, qui oserait lui en faire un grief, quand on saura qu'il était condamné, tout le premier, au res angusta do mi, que son budget était le plus modeste du monde, et qu'il avait « neuf personnes à nourrir » '? Dieu me garde d'y contredire! J'accorde au poète que s'il n'a pas secouru plus largement ses compagnons, c'est parce qu'il lui était impossible de le faire; et je me borne à constater, à la suite de M. Wauwermans, l'historien des réfugiés du coup d'Etat en Belgique, « le peu de popularité de Victor Hugo » parmi les proscrits 1.
Après tout, Victor Hugo avait autre chose à faire, à Bruxelles, que d'être le banquier de l'émigration. Il lui fallait tout d'abord écrire le récit du coup d'Etat, raconter, pendant que l'impression en était toute vive et toute brûlante, les scènes dont il avait été le témoin, les épisodes auxquels il avait été mêlé. Dès le lendemain de son arrivée, on l'a vu, il se mettait à l'œuvre. En cinq mois, le livre était l'ait et il n'avait pas moins de deux volumes. L'auteur en différa la publication pendant vingt-cinq ans. Les deux volumes n'ont paru qu'en 1877. Ce longretard ne laisse pas d'être assez étrange. Dans sa préface, en date du 1e1' octobre 1877, Victor Hugo l'explique