P. Wauwermans, p. i
ainsi : « C'est le hasard qui, par un enchevêtrement de travaux, de soucis et de deuils, a retardé jusqu'à cette étrange année 1877 la publication de cette histoire. » Le hasard, je le crois bien, n'est pour rien dans l'affaire. Si Victor Hugo avait écrit, avec une hâte fiévreuse, le Crime du Deux-Décembre, s'il avait forg-é cette arme contre Louis Bonaparte, c'était pour s'en servir contre lui, pour l'en frapper au cœur; ce n'était pas pour la laisser dormir au fond d'une malle, pour l'y oublier pendant un quart de siècle, quitte à la sortir du fourreau alors que, depuis longtemps déjà, l'Empire serait mort, et qu'ellemême, l'arme terrible, ne serait plus qu'une épée de parade, bonne à suspendre dans une panoplie ! Lisez ce qu'il écrivait en i854, dans son livre même :
J'engage donc le combat. Avec qui ? Avec le dominateur actuel de l'Europe. 11 est bon que ce spectacle soit donné au monde... Louis Bonaparte tient la France ; et qui tient la France tient le monde... 11 peut tout et il rêve tout. Eh bien ! ce maître, ce triomphateur, ce dictateur, cet empereur, ce tout-puissant, un homme seul, errant, dépouillé, ruiné, terrassé, proscrit, se lève devant lui et l'attaque... Pour cette lutte à outrance, pour ce duel redoutable, la Providence aurait pu choisir un champion plus illustre, un plus grand athlète, mais qu'importent les hommes, là où c'est l'idée qui combat ! Tel qu'il est, il est bon, disons-le, que ce spectacle soit donné au monde...
J'attaque Louis Bonaparte à cette heure où il est debout, à cette heure où il est maître. 11 est à son apogée, tant mieux, c'est ce qui me convient.
Oui, j'attaque Louis Bonaparte, je l'attaque à la face du monde, je l'attaque en présence de Dieu et des hommes, je l'attaque résolument, éperdument, pour l'amour du peupie et de la France ! 11 va être empereur, soit. Que du moins il y ait un front qui résiste; que Louis Bonaparte sache qu'on prend un empire, mais qu'on ne prend pas une conscience *.