‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 162 sur 187 · T ?r>uis l'exil, t. HT, p.. i5f · texte numérisé non relu

T ?r>uis l'exil, t. HT, p.. i5f

:>. 11 fut un temps où Victor Hugo professait moins de dedaiu pourf-3 » églises moisies ». 11 n'y a point attrape de .. pleurésies <>. et n , plus belles inspirations, la

piècedes Voix intérieures, par exemple, qui commence aiasî :

Celait une iiumbli- église au cintre surbaiss.'.

L'église "ù nous entrâmes, Où, depuis trois cent-, an-, avaient déjà pas.é

El pleuié bien des âmes. . .

320 VICTOR HUGO APRES !8ci2

Quant à moi, je me tiens Le plus loin que je peux des orateurs chrétiens ; J'écris sur mon carnet : Fuis Xonotte, et je cloue A mon chevet: Ne point aller à Bourdaloue '.

Aussi bien, pourquoi irait-il écouter des sermons, lui qui en fait, — et qui les vend fort cher '! A les bien prendre, en effet, qu'est-ce que les Contemplations, dans leur dernière partie, et les Misérables, dans maint et maint chapitre '? qu'est-ce que le Pape, la Pitié suprême, Religions et Religion, sinon des sermons et des prêches ? Victor Hu°o j parle ex cathedra, de sa chaire à lui. qui est la plus élevée de toutes. et du haut de laquelle sa parole descend sur la Ville et le blonde. Toute sa vie sans doute il a compris qu'il avait « charg-e d'àmes », et l'on sait bien qu'il n'a rien nég-ligv, dans ses poésies, dans ses romans, dans son théâtre, pour éclairer ces pauvres âmes, pour entretenir en elles la flamme des nobles sentiments et des vertus. Il n'a pas rempli, cependant, toute sa mission. Son œuvre, si vaste et si haute qu'elle soit, n'a pas encore reçu son couronnement. Le moment est venu de le lui donner. Maintenant que les ombres du soir descendent sur le front du poète, l'heure a sonné pour lui de réunir en un corps de doctrines les vérités religieuses et morales éparses dans ses livres, de Lucrèce Borgia aux Chansons des rues et des bois. Il écrira donc son testament philosophique. Il donnera au monde son Evangàle, et ce sera Religions et Religion.

i. Mae de Séviçné, qui n'était pas plus bête que Victor Hu.ro, « allait en Bourdaloue » toutesles Poisq l'elle le pouvait. E< Lui-même est-ce qu'aux plus beaux temps de son génie et de sa gloire, il n'était pas allé à Ravignan ? Je lis dans la Mode de 1S4? : ,< Parmi les auditeurs du P. Ravignan on compte, lom les dimanch !$, au banc a" œuvre de Notre Dam 2. Chateaubriand. Berryer, Hyde de Neuville, Brézè, Fitz-James, Lamartine, Yic'or //«;;>, MM. Mj'.é, de Baranle, etc. » — L.i Mu te des 19 mars et 2 avril 184^ •

L'Evangile selon Victor Hiiûro a cela pour lui'd'être à la portée de toutes les intelligences. Rien de plus facile à comprendre, et, en même temps, dans la pratique, comme on va le voir, rien de plus commode.

Toutes les religions sont fausses. Pas une qui ne repose sur l'erreur et le mensonge, qui ne soit une insulte à la divinité.

Tous les cultes sont grossiers et abrutissants. Pas un temple, pas un autel qui n'ait pour pilier et pour soutien la fourberie du prêtre et l'imbécillité du croyant.

Mais, de toutes les relig-ions, la plus idiote est la religion chrétienne ; de tous les cultes, le plus malfaisant, est le culte catholique. Le catholicisme se résume et se condense dans la papauté ; or, la papauté est l'abrég'é de tous les vices, le sommaire de tous les crimes :

Toute la turpitude et tout l'orgueil humain Se donnent rendez-vous dans la Ville éternelle. Tout vient là, dol, parjure, impureté charnelle, Tous les forfaits connus et tous les inconnus, Tous les crimes masques et tous les vices nus; Rome appelle à son lit tous ces passants infâmes. Rome, l'entremetteuse et la marchande d'âmes, Rit, et se prostitue, une tiare au front...

Devant les crimes des prêtres, devant leurs menson sans nombre, l'indignation déborde du cœur du poète :

Et dire que la terre est tout entière en proie

Aux affirmations de ces prêtres sans joie,

Sans pitié, sans bonté, sans flambeau, sans raison.

Dont l'ombre, l'ombre, l'ombre et lVmbre est l'horizon.

L'homme est-il donc irrémédiablement voué à Terreur et à la nuit '! Ne verra-t-il jamais se lever sur son front l'aube de la vérité, le soleil de la justice et de la raison ? Non, il ne sera pas dit que l'âme et la conscience humaine subiront éternellement le joug- des «porteurs de rabats ». Consolez-vous, ô vivants ! Au prêtre menteur

succède enfin le mage inspiré. Ecoutez-le, recueillez ses enseignements,

Car l'homme fait le prêtre et Dieu seul fait le mage.

Le mage, c'est Victor Hugo, le « ivoyant direct » capable, comme Jean de Pathmos,

De regarder l'obscur, de tàter l'impalpable.

Or, voici ce qu'il nous annonce, — après Robespierre. cet autre « Mage » : Il y a un ÊTRE SUPREME. Dieu existe .

Il est ! il est ! il est ! il est éperdùmeut !

Homme, n'en cherche pas plus long, n'en demande pas davantage. Contente-toi de savoir qu'il est quelque part un Dieu quelconque, et que Victor Hugo est son prophète.

Vis, et fais ta journée, aime et fais ton sommeil.

Et surtout^ ô homme, rappelle-toi ceci : PAS DE RELIGION ■ /

Vainement le nom de Dieu est prononcé dans le livre de Victor Hugo ; vainement son existence y est reconnue; les doctrines et les théories du poète ne vont ici à rien moins qu'à détruire Dieu, l'âme, la vie future, la loi morale. En s'elforçant de ravir à l'ouvrier, à l'homme du peuple, les croyances qui seules peuvent illuminer d'espérances son ^travail et ses douleurs, il a fait une

i. Voici ce qu'écrivait vers ce même temps, dans un livre d'ua rare mérite, M. l'abbe Bougaud : « O hommes, ayez une religion. Soyez catholiques ou protestants, soyez Juifs et même turcs, mais ayez une religion... Vivre sans Dieu, sans autels sans prières, ^ans culte, c'est reculer plus loin que le barbare; c'est descendre au-dessous du sauvage; cest s excommunier de l'humanité. » Le Chrutiantimeei les Temps présents, t. II, p. 5.

œuvre détestable. En essayant à son tour d'écraser /' infâme, d'anéantir le christianisme et avec lui toute religion, Victor Hugo était plus coupable encore que Voltaire. Voltaire, lui, au moins, ne se vantait pas d'être l'ami du peuple.

Depuis long-temps, l'homme politique et Je poète ne faisaient qu'un chez Victor Hugo: ils ne marchaient plus l'un sans l'autre. Entre la Pitié suprême (février 187g | et Religions et religion (avril i88o\ prennent place le second discours sur l'amnistie (séance du Sénat du 28 février 1871")), le discours sur l'Afrique prononcé, le 18 mai suivant.au banquet commémoratif de l'abolition de l'esclavage, le discours sur laquestion ouvrière. \ rononcé au théâtre du Chàteau-d'Eau, le 4 août. Ce dernier discours n'a pas été recueilli dans les volumes à1 Actes et Paroles. Il ne laisse pas cependant d'être assez curieux. À l'heure même où parlait le poète, on inaugurait à Nancy un monument en l'honneur de M. Thiers. Venus tous deux de la monarchie à la république, on aurait pu croire qu'ils sympathisaient un peu l'un avec l'autre. Il n'en était rien. Si M. Thiers s'était converti au républicanisme, il était resté un classique impénitent. Il ne se cachait pas de mettre Casimir Delà vigne et Scribe au-dessus de Hugo et de préférer Louis XI et la Camaraderie aux Burgraves et à /?//// Blas. Victor Hnuo avait contre lui un autre grief. < Jette présidence de la République, objet des ardentes poursuites du poète, M. Thiers n'avait eu qu'à étendre la main pour la sais r. Où le Titan avait échoué, le nain avait réussi. Il était écrit qu'un jour ou l'autre le Titan se vengerait. Le mo-

ment venu, il le fit, d'un seul mot, avec une dextérité charmante. Là-bas. à Nancy, rangés autour du monument, les orateurs célébraient sur tous les tons, en prose et en vers, la gloire de M. Thiers ; ils s'époumonnaient à faire de lui un grand patriote, un grand homme d'Etat, un grand orateur, un grand historien, un homme d'un génie incomparable. Ici, au Chàteau-d'Eau, Victor Hu£ro se crarde bien de protester; seulement, sans avoir l'air d'v toucher, il déboulonne la statue. Il dit simplement ceci :

Ces faits démesurés, les isthmes coupés-, les mers «apportées, l'Afrique habitable, commencent par la raillerie, le sarcasme et le rire. Il faut s'y attendre. C'est la première épreuve. Et quelquefois ceux qui se trompent le plus sont ceux qui devraient le moins se tromper. Il y a quarante-cinq ans. un homme distingué. M. Thiers, a déclaré que les chemins de far seraient le hochet de Paris à Saint-Germain. Un autre homme distingué, qui faisait autorité dans la science, M Pouîllet l, a affirmé que le télégraphe électrique serait l'amusement des cabinets de curiosités. Ces joujoux ont changé le monde 2.

Un homme distingué , — distingué à l'égal de M. Pouilletl Voilà M. Thiers bien loti :

Les volumes, cependant, continuaient de se succéder. Le 24 octobre 1880 parut un nouveau poème : l'Ane.

L'Ane de Victor Hugo se nomme Patience. Ce n'est pas un âne bâté, mais un âne savant qui a étudié toutes les sciences et lu tous les livres. Il ne ressemble en rien, et pour mille raisons, au baudet de La Fontaine qui. passant dans un pré de moines, s'était contenté de brouter un peu d'herbe tendre. Maître Patience a passé, lui, dans

1. M Pouillet, membre de l'Académie des sciences, directeur du conservatoire des arts et métiers.

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