Les Quatre veufs de l'esprit, t. II, p
On entend passer un coeh^, Le load i?ooh« de la mort.
Il vient, il roule, il approche...
3. Le 9 mai 1881, M. Hérold, préfet de la Seine, s'était, au nom de M. Jules Grévy, transporté dans les salons du poète et lui avait remis copie d'un décret donnant le nom d'avenue Victor-Hugo à la partie de Y avenue d'Eylau comprise entre la place d'Eylau et l'avenue du Trocadéro. Par suite de ce changement, le n° i3o de l'av nue d'Eylau était devenu le n* 5o de l'avenue Victor-Husro. Un arrêté préfectoral venait en outre de conférer le nom de place Victor-Hugo au quadrilatère formé par les avenues du Trocadéro et d'Eylau et par les rues Mignard et Spontini.
4. « La vie privée doit être murée, mais quand elle se fait voir par-dessus les murs ou qu'elle les abat autour d'elle, on ne peut pas s'arracher les yeux ou le souvenir. Eh bien ! dans cette vie privée indiscrète, Victor Hu^n n'a-t-il pas commis d'énormes fautes, d'énormes imprudences, d'énormes maladresses? Je n'insisterai point, mais ai je besoin d'insister pour qu'on sente que Yénormitè est la vie même de Victor Hu<*o, — de Hugo, la plus grande gloire contemporaine, — non la plus pure, non la plus justifiée, mais la plus. . . énorme. » — J. Barbey d'Aurevilly, les Poètes (2* série), p. g4".
TOROUEMADA 351
morte cette nuit à trois hsiires du matin'. Elle souffrait J'un cancer à l'estomac et son état depuis plusieurs semaines ne laissait plus d'espoir. — Il y a quelques semaines, dans un dîner intime, Victor Hugo portait la santé de la malade qu'il avait ci. disait-il, le bonheur de rencontrer cinquante ans auparavant.
\jme Drouet était âgée de soixante-dix-huit ans ~. Ses obsèques auront lieu demain samedi à la maison mortuaire, ôo, avenue Victor-Hu^o, et on se rendra au cimetière de Saint- Mandé.
Dans son numéro du lendemain, le Te mps publiait un article, auquel j'emprunte les passades suivants :
i. Voici, extrait des minutes des actes de l'état civil du XVIe arrondissement de Paris, l'acte de décès de Mme Juliette Drouet.qui ne s'appelait du reste ni Juliette ni Drouel. Juliette était un nom de théâtre. Drouet eta.il un nom de guerre : « L'an 1 883, le u mai, à trois heures du soir, acte de deces de Julienne- Joséphine Gau*
. dite Juliette Drouet, âgée de soixante -dix-sept ans. sans profession, née à Fougères Ille-et- Vilaine), décédée a Paris, avenue Victor-Hu uro. 5o, ce matin a au lire heures; fille de Julien Gauvain et de Marie Marchande!, décèdes ; célibataire. Dresde par nous Albert Poirson, adjoint au maire, officier de l'état civil du XVIe arrondissement de Paris, sur la déclaration de Louis Koch, àiré de quarantesept ans, professeur au lycée Saint-Louis, à Paris, rue Saint -Sulpiee, 27. neveu de la défunte, et de Léon Trébuchet, àure de cinquante ans, secrétaire chef des bureaux delà huitième mairie, à Paris, rue d'Anjou, u, qui ont signé avec nous après lecture. » — M. Léon Trébaehet était le newa de Mmt Vicl >r Hugo.
2. M"" Drouet était à^ee de soixanle-diX'Sepl ans, comme le porte son acte de décès M. Claretie. dans ses articles du Temps reproduits dans son volume, la Vie à Paris en i883, la fait naître à Vannes Morbihan). Elle était née à Fougères llle-et-Vilaine). Voici son acte île naissance relevé sur les registres de l'etat-civil de Fougères : « Le onze avril mil huit cent six. a trois heures du soir, par devant nous, Lo lis Binel, maire et officier de l'etat-civil de la commune de 1- . s, es! comparu Julien Gauvain, tailleur, âgé de vin rt neuf ans. demeurant a Foug 8 rue de la Révolution. lequel nous a présente un enfant du sexe féminin, né le jour d'hier,
• heures du matin, de lui déclarant <-t d ■ M rchandet,
son épouse, auquel enfant il a déclare vouloir donner les prénom-» de Julienne-Joséphine. Lesdites déclaration et présentation fait'
ice de François I1 - . huissier, ■ vingt-cinq ans.
demeurant a l ï, el de François Baunier, jardinier, àure de
soixante-huit ans, '1 '11 • irant en ). et ont, le père el les
témoin-;, signé avec nous le présent acte, après que lecture leur eu a été fait ■ Signé : Julien Gauvain. — Doranje. — Franc mj Saunier. — L. Binel.
La femme en cheveux blancs qui vient de disparaître demeure associée, dans l'histoire littéraire, à l'impérissable souvenir de Victor Hugo. C'est une figure qui avait sa majesté...
Il v avait cinquante ans, un demi-siècle, qu'elle vivait dans le rayonnement ou dans l'ombre de Victor Hugo. Elle lui était admirablement dévouée. Tous ou presque tous les manuscrits de Victor Hugo étaient recopiés par elle, avant d'être envoyés à l'imprimerie, et c'est sur cette copie que l'on composait ces ouvrages . . .
Bastien-Lepage achevait de M>e Drouet un portrait superbe en ces derniers temps, un portrait effrayant de vérité morbide et merveilleux d'exécution. C'est MmeDrouet pâle, minée par la maladie, sa face creuse auréolée encore de ces magnifiques cheveux blancs qu'elle avait eus toute jeune, passant rapidement du noir à la couleur de la neige l.
Le samedi, 12 mai, eurent lieu les obsèques. Ici encore je reproduis le compte-rendu du Temps :
Les obsèques civiles de Mm© Drouet ont été célébrées cette après-midi, à deux heures et demie...
Les amis du grand poète étaient venus nombreux, tenant à témoigner par leur présence des regrets unanimes causés par la perte de celle qui fut sa compagne dévouée pendant plus de cinquante ans.
La marquise de l'hôtel de l'avenue Victor Hug-o était tendue de draperies noires à étoiles et à franges d'argent.
Le cercueil, exposé dans le petit salon japonais attenant à la salle à mander, disparaissait littéralement sous un amas de bouquets et de couronnes.
Dans la salle d'entrée, à gauche du vestibule, avait été déposé un registre où venaient s'inscrire en foule les amis de Victor Hug-o.
Dans le grand salon du rez-de-chaussée se tenaient M. Koch, neveu de la défunte, Mme Lockroy (belle-fille de Victor Hugo), le jeune Georg-es Hugo, MM. Vacquerie, Paul Meurice, Lesclide, qui recevaient les invités.
1. Article de Jules Claretie. — Le Temps du i3 mai i883. — L<i Vie à Paris en 18 8 S.
Le gTand poète, accablé par la douleur, a fini par consentir, sur les instances de ses amis, à ne pas suivre le convoi de Mme Drouet, bien qu'il en eût manifesté vivement le désir.
Il est trois heures moins un quart quand on place la dépouille mortelle de Mme Drouet sur le char funèbre.
Le cortège s'ébranle peu à peu escorté par une foule énorme.
Pendant les préparatifs du convoi. Victor Hugo s'est tenu dans ses appartements au premier étage '.
Victor Hugo avait dit autrefois dans les Chants du crépuscule :
Oh ! si vous rencontrez quelque part sous les cieux Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux, Que suivent quatre enfants dont le dernier chancelle...
Oh ! qui que vous soyez, bénissez-la. C'est elle!
La sœur visible aux yeux de mon âme immortelle...,
Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours,
Toit de rues jeunes ans qu'espèrent mes vieux jours*!
Des quatre enfants, trois sont morts. L'autre,, « le dernier, » celui qui « chancelle », a vu depuis longtemps sembrer sa raison. Et aujourd'hui, ce cercueil qui disparaît sous les fleurs n'est pas celui de la femme pour laquelle le poète avait dit : Date lilia ! Ce convoi qui sort de la maison, toit de ses vieux jours, n'est pas celui de l'épouse! Sunt lacrijmœ rerum.
Moins d'un mois après la mort de Mme Drouet, 9 juin i883, Victor Hugo publiait la troisième partie de la Légende des Siècles.
L'auteur de la Légende, dans sa conception première, ne s'était proposé rien moins que de parcourir un à un
i. Le Temps du i3 mai i [