‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 173 sur 187 · L? R ippsl djaa mai · texte numérisé non relu

L? R ippsl djaa mai

Paris, le 21 mai 1880.

Madame, Je prends la plus vive part aux souffrances de M. Victor Hugo et aux alarmes de sa famille. J'ai bien prié, au saintsacrifice de la messe, pour l'illustre malade. S'il avait le désir de voir un ministre de notre sainte religion, quoi que je sois moi-même encore faible et en convalescence d'une maladie, qui ressemble beaucoup à la sienne, je me ferais un devoir bien doux d'aller lui porter les secours et les consolations dont on a si grand besoin dans ces cruelles épreuves. •

Veuillez agréer, Ma lame, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

*j* J.-Hipp., cardinal Guibert, archevêque de Paris.

M. Edouard. Lockroy répondit immédiatement :

Monsieur l'Archevêque de Paris,

Mme Lockroy, qui ne peut quitter le chevet de son beaupère, me prie de vous remercier des sentiments que vous voulez bien lui exprimer d'une manière si éloquente et si bienveillante à la fois.

Quant à M. Victor Hugo, il a déclaré, ces jours -ci encore, qu'il ne voulait être assisté, pendant sa maladie, par aucun prêtre d'aucun culte. Nous manquerions à tous nos devoirs si nous ne respections pas sa volonté.

Veuillez bien agréer, Monsieur l'Archevêque de Paris, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.

Edouard Lockroy, député de Paris.

Le vendredi matin, 22 mai, l'agonie commença. A une heure vingt-sept minutes de l'après-midi, Victor Hugo rendit le dernier soupir. Il avait quatre-vingt-trois ans trois mois, moins quatre jours.

Le conseil municipal de Paris était en séance lorsque lui fut apportée la nouvelle de la mort de Victor Hugo. Il émit le vœu. sur la proposition de M. Deschamps, « que le Panthéon fût rendu à sa destination primitive et que le corps de Victor Hu^o y fût inhumé ».

Le 23 mai,. M. Henri Brisson. président du conseil des ministres, présenta un projet de loi demandant que des funérailles nationales fussent faites à Victor Huiro. Ce projet de loi fut voté d'urgence et sans discussion à la Chambre des députés et au Sénat. A la Chambre des députés, M. Anatole de la For^e déposa alors la proposition qui suit :

Le Panthéon sera rendu à sa destination première et légale. Le corps de Victor Huuo sera transporté au Panthéon.

L'urgence fut votée, mais la discussion fut remise au mardi 26 mai. Ce jour-Là même, le Journal Officiel publia un décret ainsi conçu :

Art. i'<\ — Le Panthéon est rendu à sa destination primitive et léçale. Les restes des grands hommes qui ont mérité la reconnaissance nationale y seront déposés.

Art. 2. — La disposition qui précède est applicable aux citoyens à qui une loi aura décerné les funérailles nationales.

Un décret du président de la République ordonnera la translation de leurs restes au Panthéon .

Art. 3. — Sont rapportés le décret des 6-12 décembre i85i, le décret du 20 février 180O, l'ordonnance du 1a décembre 182 1, les décrets «les ■>■+ mars i8j2 et 26 juillet 1867. ainsi que toutes les dispositions n élémentaires contraires au présent décret .

l'u second décret ordonnait la translation des restes de Victor Hue^o au Panthéon.

362 VICTOR HUGO APRÈS 18j2

Ces deux décrets portaient la signature de Jules Grévy, — de cet austère citoyen, au sujet duquel M.Baibou, l'historiographe du poète, avait écrit, en 1881, cette phrase épique et qui fait rêver: « La DROITURE de M. Grévy vénère la GRANDEUR D'AME de Victor Hugo 1. »

Le cardinal Guibert fit entendre une noble et généreuse protestation. Au ministre de l'Instruction publique et des Cultes -, qui lui avait adressé une ampliation du décret du 26 mai, il répondit par une lettre à laquelle j'emprunte les passages suivants :

. . . Devant l'acte de violence que vous m'annoncez, je n'ai plus qu'une dernière obligation à remplir : je proteste de toutes les forces de mon âme attristée, de ma conscience révoltée contre un coup de force accompli, comme en i83o, sous la pression de l'émeute. . .

Je proteste au nom de la vérité des faits : car vous parlez de rendre le Panthéon à sa destination primitive, quand les illettrés, ignorants de l'histoire d'hier, sont seuls à ne pas savoir que ce temple fut destiné par son royal fondateur à remplacer l'antique sanctuaire déjà dédié depuis douze siècles à la patronne de Paris.

Je proteste au nom du droit public ; car vous parlez de rendre ce monument à sa destination légale, alors qu'un autre acte, véritablement législatif, le décret de 1806, l'a restitué au culte et n'a pu être révo [ué légalement par l'ordonnance de i83o, illégale comme le récent décret et annulée vingt-deux ans après 3.

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