M. René Goblet
3. Les exécuteurs testamentaires de Victor Hugo ont cru pouvoir dire au tome IV du livre intitule: Depuis l'exil, page 55 : a II est vrai que deux décrets des deux Napoléons avaient rétabli le culte au Panthéon, mais ces décrets n'avaient jamais été exécutés. » C'est une erreur. Sous le premier empire, les travaux du Panthéon étaient encore trop peu avancés pour que le décret du 20 février 180O pût recevoir son exécution ; mais sous la Restauration, ces travaux étaient à peu près terminés. Sainte-Geneviève devint une église vo-
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Je proteste au nom du Concordat ; car vous portez atteinte au culte catholique, dont cette convention garantit la liberté et la publicité; au nom surtout de l'article qui est ainsi conçu : « Toutes les églises métropolitaines, cathédrales, paroissiales et autres non aliénées, nécessaires au culte, seront remises à la disposition des évoques. »
Vous dites. Monsieur le ministre, que l'Etat peut disposer de l'église Sainte-Geneviève, parce qu'elle n'est ni une cathédrale ni une paroisse. Pour être d'accord avec le Concordat, il faudrait prouver en outre qu'elle n'est pas nécessaire au culte. Eh bien! demandez à l'Eglise catholique si, dans tous les temps et tous les pays, elle ne juge pas nécessaire de consacrer aux grands souvenirs, à ceux surtout qui tiennent aux origines, des sanctuaires particuliers, objets de vénération et foyers de prières. Demandez au peuple de Paris s'il juge inutile à sa piété la conservation du sanctuaire de sa patronne.
Je proteste au nom de la conscience chrétienne, qui se sent outragée quand la sépulture d'un poète illustre, mais qui a refusé la prière de l'Eglise, sert de motif à la profanation d'un temple; quand, pour enterrer un mort étranger à nos croyances, on chasse de sa demeure sacrée le Dieu que nous adorons.
Je proteste, le dirai-je? au nom même de celui que vous voulez honorer, car il croyait à l'immortalité de l'âme et à Dieu ; il n'a pu vouloir que ses obsèques dégénérassent en un acte d'impiété publique. lia connu, il a compris la majesté de nos temples, la sainteté de notre culte. Ah ! je plains son âme, qui devra souffrir quand, sur le parvis d'un sanctuaire violé, sa dépouille rencontrera les restes vénérables de celle que Paris invoquait autrefois dans sa détresse et dont on ne sait même plus respecter le tombeau...
tivc où le culte fut célébré régulièrement. A la suite du décret-loi du
6 décembre i85l, le service du culte fut confie à un chapitre spécial. ' ! du 22 m et effet la communauté des chapelains de Sainte-Geneviève, recrutés au concours et recevant un traitement de l'Etat. Ce traitement avait ete supprimé par la loi de finances du 29 juillet 1881, mais il re>tait encon
lu chapitre, qui continuaient leur s . sans
d'ailleurs être rétribués. Les décrets rétablissant le culte au Panthéon avaient donc été exécutés, sous la Restauration d'abord, et, plus tard, de 1802 - - ms interruption.
La lettre du cardinal Guibert à M. Goblet se termi nait par ces éloquentes et prophétiques paroles :
A défaut de croyances plus hautes, l'histoire devrait apprendre aux adorateurs du fait accompli que la justice a des reprises qui, pour être tardives, ne sont pas moins redoutables. Dès à présent il n'est pas difficile de prévoir les conséquences de cette politique qui livre une à une les institutions les plus respectables, pour donner satisfaction aux exigences toujours croissantes de l'esprit de désordre. Tout sera emporté, la fortune publique et privés, l'ordre de la rue, la sécurité des personnes. On aura sacrifié gratuitement ce qu'il fallait défendre ; on ne sauvera pas ce qu'on voulait conserver. Ce Panthéon, d'où l'on exclut Dieu et les saintspour y enterrer les grands hommes, verra d'autres obsèques encorde et de telle nature peut-être que les familles des futurs grands hommes voudront décliner l'honneur d'une pareille sépulture. Ce régime politique, qui promettait la liberté pour tous, verra de tels excès que son nom seul deviendra synonyme de tyrannie et de licence.
Le jeudi matia 28 mai, les dernières messes furent dites à Sainte- Geneviève. Ce même jour, à quatre heures du soir, le délégué de l'État exigeait du doyen. M. l'abbé Bonnefov, la remise des clefs. Elle eut lieu aux acclamations de la foule, qui avait envahi l'église, hurlant, vociférant, souillant les bénitiers de ses crachats, mêlant de hideux blasphèmes à ses cris de : Vive la République !
A cinq heures, la spoliation était accomplie ; Sainte- Geneviève était désaffectée. Cependant la croix s'élevait encore au-dessus du fronton de l'église. Le samedi 3o mai, dès cinq heures et demie du matin, cinq ouvriers montèrent sur le toit du monument; ils scièrent les deux bras delà croix et à l'aide de leviers et de pioches ils
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en arrachèrent le pied scellé dans la muraille j. — Maintenant la croix est brisée, l'autel est détruit, Dieu est chassé : Victor Hugo peut venir.
Dès le 2 3 mai, une commission avait été nommée, par le ministre de l'Intérieur 2, pour organiser les funérailles.
La commission se composait de M. Turquet, soussecrétaire d'Etat à l'instruction publique, président, et de MM. Bonnat, Bouguereau, Dalou, Garnier, Guillaume, Mercier, Michelin, président du conseil municipal. Peyrat, Ernest Renan et Auguste Vacquerie.
Elle décida que le corps de Victor Hugo, avant d'être conduit au lieu de sa sépulture, serait exposé sous l'Arcde- Triomphe. La décoration du monument ne fut terminée que le samedi 3o mai; elle était l'œuvre de M. Garnier, l'architecte de l'Opéra.
Du haut du fronton, un immense crêpe noir tombait en diagonale de la corniche opposée au groupe de Rude, Le quadrige de Falguière, qui surmontait alors l'Arç-de- Triomphe, apparaissait aussi sous un voile noir. Aux quatre coins pendaient des oriflammes. De longues draperies noires frangées de blanc, décorées d'écussons où se lisaient les titres des œuvres du poète, fermaient trois luvertures. Sur l'une des faces latérales, l'image de Victor Hugo, portée par deux: Renommées, embouchant la trompette lyrique.
i. Le gouvernement avait dû renoncera abattre la grande croix : le croix >nte et pi
Il aurait fallu un coûteux travail. Le temps manquait.