Tome II, pp
2. Napoléon le Petit, livre IV, au chapitre qui a pour titre : Entrait d'un livre intitule *■ L Crime du Dcuju-Decembre u.
Nul Soute, dès lors, que Victor Hugo n'ait recueilli sur ces fusillades nocturnes les témoignages les plus irrécusables. Aussi Lien, rien n'était plus facile à ce «juge d'instruction de l'histoire » que de dresser sur ce point un formidable dossier. Pendant .dix jours, du 3 au i3 décembre, on avait fusillé des prisonniers par centaines. On avait fusillé au Champ-de-Mars, dans la cour de la préfecture de police, dans la rue de Jérusalem. Ces crimes abominables avaient eu des milliers de témoins, puisqu'à la seule fusillade des trois cent trente-six, au Champ-de-Mars, dans la nuit du 5 au 6 décembre, assistaient deux bataillons, et que deux bataillons, sur le pied de guerre,, ne comptent pas ensemble moins de deux mille hommes. Sur ces deux mille hommes, il ne se pouvait pas que quelques-uns au moins ne fussent républicains. Ceux-là auront parlé. Les victimes laissaient des familles, des pères, des femmes, des enfants. Ces pères, ces femmes, ces enfants auront parlé. Chose incroyable! personne n'a rien dit. Aucun témoin ne s'est levé. Le seul témoin que Victor Hug-o ait pu produire, c'est un passant inconnu
Qui ne dit point son nom et qu'on n'a pas revu ;
c'est ce (( passant solitaire qui longeait la rue Saint-Honoré, le matin du i3, au crépuscule, et vit cheminer, entre deux haies de cavaliers, trois fourgons pesamment chargés 1 ». Ce « passant » de l'Histoire d'un Crime ressemble vraiment un peu trop au batelier de Lucrèce Borgia : « Cette nuit donc, un batelier du Tibre, qui s'était couché dans son bateau, le long- du bord, pour garder ses marchandises, vit quelque chose d'effrayant.
ï. Histoire d'un Crime, t. II, p. 170.
BRUXELLES. — HISTOIRE D'UN CRIME 2i
C'était un peu au-dessous de l'église Santo-Hieronimo. Il pouvait être cinq heures après minuit... Il faisait nuit assez noire. Dans toutes les maisons qui regardent le Tibre, il n'y avait plus qu'une seule fenêtre éclairée. Les sept hommes s'approchèrent du bord de l'eau. Celui qui était monté tourna la croupe de son cheval du côté du Tibre, et alors le batelier vit distinctement sur cette croupe des jambes qui pendaient d'un côté, une tète et des bras de l'autre, — le cadavre d'un homme... "\ oilà ce que vit le batelier l. »
Quoi qu'il en soit, après avoir écrit, en 1862, le récit de ces prétendues exécutions nocturnes de i85i 2, Victor Huq-o prit le parti de ne pas le publier. Il a attendu vingt-cinq ans avant de le mettre au jour. On était alors en 1877. L'Empire avait disparu depuis sept ans. Les officiers, les soldats, qui avaient assisté aux fusillades du Champ-de-Mars, de la préfecture de police et de la rue de Jérusalem avaient recouvré, depuis sept ans, leur entière liberté de langage. Cette fois, du moins, ils auront parlé. Non, pas plus sous la République que sous l'Empire, pas un n'élève la voix, Victor Hugo, qui avait