‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 26 sur 187 · Pendant F exil, p · texte numérisé non relu

Pendant F exil, p

eut peur de Napoléon III et n'hésita pas à exiler Victor Hugo exilé. Il fallait une loi pour se permettre cette violation du droit d'asile dans un pays de liberté ; la Chambre belge fît cette loi, qui porte encore le nom de son inventeur : c'est la loi Faider, l'œuvre d'un magistrat retors qui, en 1802, eût obtenu à Paris un avancement rapide. Armé de cette loi, le gouvernement belge expulsa Victor Hugo, qui dut chercher un autre refuge. Il alla à Anvers, d'où il s'embarqua pour l'Angleterre *. »

Les souvenu o de Victor Hugo l'ont mal servi, et, comme lui, ses historiographes se trompent. La loi Fai der ne visait pas le poète; elle n'avait nullement pour objet de permettre au gouvernement belge de l'expulser. Il a quitté la Belgique, il s'est embarqué à Anvers pour l'Angletere le ier août i852. A ce moment, la loi Faider n'existait pas encore ; elle ne fut votée que le 20 décem- >uivant. M. Faider n'était même pas ministre, quand Victor Hugo prit je parti d'abandonner la Belgique : il ne le devint qu'au mois de novembre i852. Il n'y a donc riend'exact, — les dates le démontrent, — dansla légende que le poète se plaisait à accréditer sur la loi Faider,, sur cette loi qui aurait été faite, à l'en croire, contre lui seul, et à la suite de laquelle il aurait été brutalement expulsé par le gouvernement belge, docile exécuteur des ordres du gouvernement français.

'N ictor Hugo n'avait pas encore écrit une ligne de Napoléon le Petit , lorsque, le 1e1' janvier iSd-i, parut à Bruxelles le premier numéro du Bulletin Français, rédigé par les monarchistes réfugiés en Belgique. Le

1. Victor Hugo et son temps, par Alfred Barbon, p. 248. — M. Gustave Rivet, dans Victor Hugo chez lui, p. <j7. dit également:

« Après Napoléon le Petit, la Belgique ayant t'ait une loi spéciale, la loi Faider, chassa notre grand poète pour outrages à un souverain

étranger. »

tira^edece pamphlet hebdomadaire atteignit bientôt sept à huit mille exemplaires {. Il était rédigé, avec un très grand talent, par le comte d'Haussonville et par M. Alexandre Thomas, l'un des plus brillants écrivains de la Revue des Deux-Mondes, où il avait mêmepublié, sous ce titre : la Carmagnole d'Olympio 2, un article extrêmement vif contre Victor Hutro devenu montagnard. Le gouvernement français demanda la suppression du Bulletin « par voie administrative ». Elle lui fut refusée ; mais, le 3 mars i852, un arrêt de renvoi, basé sur la loi du 29 septembre 1816, traduisait devant la cour d'assises du Brabant Alexandre Thomas, le comte d'Haussonville, « résidant en dernier lieu à Bruxelles » : Armand Tardieu. sténographe. Auguste Decq, libraire, et Briard, imprimeur. Quelques jours plus tard, le 17 mars, le procès venait devant le jury. Une foule énorme se pressait dans la salle, où l'on remarquait, à côté des chargés d'affaires de Prusse, de Danemarck.de Bavière, du consul général de Russie, le duc Victor de Broçlie et ses fils, le général de Lamoricière, MM. Creton, Pascal Duprat, Edgar Quinet, et, avec eux, presque tous les proscrits du coup d'Etat 3. Victor Huiro n'était pas venu : Olympio n'avait pas pardonné à Alexandre Thomas son article de la Revue des Deux-Mondes. Berrver et (Ali- Ion Barrot, qui devaient présenter la défense des acci n'étaient pas à la barre. Le comte d'Haussonville fit connaître en ces termes au jury le motif pour lequel ils taient abstenus de paraître : « En même temps, dit il, que je recevais de leur part les assurances les plus posi-

1. Chaque numéro formait une petite brochure de iG pages in-ia sous couverture verte.

2. Revue des Deu.c-Mondes, ier juin i85o. o. P. Waawermans, p. 101.

tives de leur persévérant concours, j'étais averti par des voies trop certaines qu'en venant à Bruxelles nous prêter l'appui de leur talent, ils s'exposaient à ne plus pouvoir rentrer en France... Pénétré de la gravité des intérêts auxquels MM. Barrot et Berryer se doivent, je leur ai écrit avant-hier pour les prier de renoncer à leur généreuse résolution. »

MM. d'Haussonville et Thomas présentèrent eux-mêmes leur défense et furent acquittés. Les autres prévenus avaient été mis « hors de cause par un verdict et un arrêt de désignation d'auteur ' ».

L'acquittement du Bulletin Français produisit en Fiance et en Europe un effet considérable. Il ne se pouvait pas que le gouvernement français restât sous le coup de cet échec. A la rentrée des Chambres, en novembre, le ministère Faider-Piercot dut présenter un projet de loi réprimant les offenses envers les chefs des Etats étrangers. On lisait dans l'exposé des motifs :

La loi de 181G a récemment servi de base à des poursuites judiciaires. Le jury a prononcé l'acquittement des prévenu0". Sans devoir rechercher les causes de ces déclarations, nous constatons que, devant la cour d'assises, l'existence et l'applicabilité de cette loi ont été chaque fois fortement contestées; le dissentiment s'est en outre manifesté dans la presse et parmi les jurisconsultes. Lue loi ainsi contestée dans son essence est nécessairement compromise dans ses effets 2.

La loi Faider fut votée, le 20 décembre, à la majorité de 68 voix contre 21. Cette loi a eu pour origine et pour point de départ, non la publication de Napoléon le Petit, mais l'acquittement du Bulletin Français, le verdict du 17 mars. Elle n'a pas eu pour but d'armer

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