‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 28 sur 187 · V. Hugo, Pendant l'exil, p · texte numérisé non relu

V. Hugo, Pendant l'exil, p

Ami du poète, Charles de Brouckère était aussi l'ami des ministres, qui appartenaient comme lui au parti libéral. Dans les derniers jours de juillet, pendant que s'imprimait Napoléon le Petit, le cabinet belge ne laissa pas de s'émouvoir du bruit qui se faisait autour du livre, avant même son apparition, et de la nécessite où il serait peut-être bientôt d'en poursuivre l'auteur, comme il avait poursuivi les rédacteurs du Bulletin Français. La question de l'expulsion de Victor Hugo ne fut point agitée en conseil; mais on lui fit comprendre— et ce fut le bourgmestre qui se chargea de ce soin — « qu'il allait devenir gênant, embarrassant ». Sans attendre qu'on prît contre lui quelque'mesure de rigueur, il se résolut à quitter la Belgique l.

Dans la matinée du ier août, il s'embarqua à Anvers pour l'Angleterre. Les proscrits français, et à leur tète Madier de Montjau, Charras, Gaston Dussoubs, Agricol Perdiguier, Emile Deschanel, l'avaient accompagné jusqu'au navire qui devait l'emporter ; des Belges^ en assez grand nombre, s'étaient joints à eux. Aux paroles d'adieu qui lui furent adressées, il répondit par un discours dont le dernier mot était : « Peuples ! il n'y a qu'un peuple ! » dont le dernier cri était : « Vive la République universelle2. » Dans la seconde partie de ce discours, s'adressantplus spécialement à ceux qu'il appelait ses « amis belges », il leur disait :

Oui, si M. Bonaparte arrive, si M. Bonaparte vous envahit, s'il vient une nuit, — c'est son heure, — heurter vos frontières, traînant à sa suite, ou pour mieux dire poussant devant lui, — marcher en tète n'est pas sa manière, — poussant devant lui ce qu'il appelle aujourd'hui la France, cette armée

i. P. Wauivermans, p. 53.

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