Mémoires d'outre- tombe, t. II, p
ne trouvait que des paroles d'admiration pour les soldats de la France, qui étaient pourtant, à ce moment, les soldats du Comité de salut public ou du Directoire. Il saluait en eux des « héros ». Il disait d'eux : « Les Français se précipitent sur les lignes ennemies avec cette volubilité qui distingue leur première charg-e de celle de tous les autres peuples. Fossés, canons, baïonnettes, montagnes, fleuves, marais, rien ne les arrête. Us se trouvent en mille lieux à la fois. Ils se multiplient comme les soldats de la terre. Ils grimpent, ils sautent, ils courent. Vous les avez vus dans la plaine, et ils sont au haut du retranchement emporté [. »
Victor Hugo est proscrit à son tour, — et pour lui désormais les soldats de France ne sont plus que des prétoriens et des janissaires, une horde de brigands, conduits par Shinderhannes ! Il prêche contre eux la guerre aux fourches, aux pierres, aux faulx, la g-uerre au couteau : toutes les armes sont bonnes contre ces bandits !
Le discours d'Anvers n'avait pas pénétré en France ; aucun journal ne l'avait reproduit. Nul ne le connaissait. C'est Victor Hugo lui-même qui a tenu à le tirer de l'oubli. En 1870, il l'a placé au frontispice de son volume : Pendant l'exil. Ces cris de haine et de colère, ces injures frénétiques à nos soldats, cet anathème jeté par un Français à l'armée française, ces paroles inexpiables, tout cela, Victor Hug-o a pris soin de le recueillir dans Yédition définitive de ses Œuvres complètes.