‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 35 sur 187 · Histoire dî la littérature dramatique, par Jules Janin · texte numérisé non relu

Histoire dî la littérature dramatique, par Jules Janin

2. Jules Janiu a publié, au t. IV, p. 388, de son Histoire de la littérature dramatique, des fragments de la lettre de Mme Victor Hugo. Il n'en donne pas la date naturellement, les dates n'étant pas son fort. M. Alphonse Duchesne qui a inséré, de son côté, dans le Figaro de 18G9, d'autres fragments de cette lettre, dit qu'elle a été écrite en i85G. C'est une erreur. La lettre est datée seulement : Saint-Hëlier, Jersey, 2 juillet, mais ce ne peut être ni le 2 juillet

. ni même le 2 juillet i855, puisque le volume de Jules Janin, où la lettre est reproduite en partie, a paru au mois de décembre i8Z»4. Elle est certainement du mois de juillet i854-

les intelligences supérieures aux leurs. La liberté, et cela nous est précieux, est ici incomparable. Je n'ai jamais vu un gendarme ni un sergent de ville et, je ne sais comment cela se fait, l'ordre y est parfait. L'Eglise anglicane exerce ici une grande influeuce; les Jersevais sont très religieux et, quoique leur religion soit un peu aride et étroite, le résultat est au demeurant excellent. Ce qui donne cet esprit d'ordre, la charité y est exercée d'une façon touchante par les femmes...

Que je vous parle des miens ; mon mari achève ses Contemplations et fait mille autres choses à la traverse. 'Mon Charles rêve beaucoup, travaille peu, parle extrêmement et très bien. Toto traduit Shakespeare ; Adèle prend des notes pour le Journal de l'exil, apprend la composition musicale, attrape de temps en temps un mot d'anglais, que Toto sait parfaitement. Notre fidèle Aug-uste fait des pièces que la censure en France empêche de jouer '.

Il fait de la photographie ; j'ai en ce moment un bel album de portraits. Je m'occupe de bas et de chaussettes ; je tâche de ne pas trop dépenser, car nous sommes fort appauvris. Depuis l'exil, on n'a pas joué une seule pièce de mon mari : on empêche le plus qu'on peut ses œuvres de se vendre. Nous tâchons d'agrandir notre âme, d'augmenter nos facultés aimantes, d'élever notre pensée. Nous aimons, nous travaillons, nous pensons, nous tâchons enfin, autant qu'il est donné à notre faiblesse, d'obéir aux grandes lois de Dieu. Nous croyons être moins loin de lui maintenant qu'avant l'exil. Les bas et les chaussettes raccommodés, je fais un travail ; mon mari me raconte toute sa vie. le soir après le dîner; cela formera des espèces de mémoires, vous y aurez votre place, cher ami 2. J'ai une belle terrasse, à mes pieds est la mer :

i. Dans un livre paru au mois d'avril 1892 sous ce titre : la Censure sous Napoléon III, l'auteur a publié les comptes rendus textuels et in extenso faits par les censeurs de l'Empire sur les pièces qu'ils supprimèrent ou modifièrent de iST»? à 1866. Nulle part il n' fait mention de M. Auguste Vacquerie et de ses pièces. En tout cas, il est certain qu'elles purent être jouées sous l'Empire. Le Théâtre- Français représenta, e; muent homme varie; en i863, Jean Bauary ; en 1866, le Fils. La Porte -Saint-Martin représenta, en . les Funérailles de V honneur.

2. La promesse n'a pas été tenue. Le nom de Victor Pavie ne figure pas une seule fois dans les deux volumes de Victor Hujo raconté par un témoin de sa rie.

je vais souvent m'y promener; je pense à mes morts, à mon ang-e qui est plus que jamais vivante dans mon cœur. Nous avons dans notre maison des chiens que Charles adore ; nous y avons des chats qu'Auguste adore ; le soir, des amis viennent chanter et faire de la musique. Cette musique nous ravit tous. — Cher ami, quel changement! des chiens et de la musique chez Victor Huifo ! Eh bien, oui ; maintenant tout cela est aimé de nous. Cela vient 'd'une grande expansion de l'âme; cela vient de l'exil. Embrassez bien fort pour moi votre femme et vos enfants qu'hélas! je ne connais pas. Je ne puis vous dire : à bientôt ! mais je puis vous dire : à certainement là-haut.

Adèle H.

Je vous envoie deux portraits d'êtres qui vous aiment l. i. Cartons de Victor Pavie; correspondance de Mme Victor Hugo.

Page 1