CHAPITRE IV
LA GUERRE d'oRIENT. — DEPART DE JERSEY
Guerrc d'Orient. « Nicolas de Russie. » Le pour et le contre. Quant aux chefs, fuites. Lourmel et Baudin. — Lettrsà L mis-Bmaparte. — Les tables tournantes. — Lettre à une Carmélite. — Le journal F Homme. Félix Pyat et sa Lettre à la reine d'Anjleterre. — Le Dispatch. Arrivée à Guernesey.
Quand Mme Hu^o écrivait la lettre qu'on vient de lire, — novembre i854, — la guerre d'Orient était commencée depuis plusieurs mois et Victor Hug-o en suivait les péripéties avec un intérêt passionné.
A l'ouverture de la campagne. M. Drouvn de Lhuvs, alors ministre des Affaires étrangères, avait soumis à la signature de l'empereur un décret, aux termes duquel Chanûfarnier et les autres généraux exilés au moment du coup d'Etat : Bedeau, Lamoricière et Le Flô, étaient rappelés en France et rendusà la vie militaire. Napoléon III refusa. Si cruelle que fût l'injure faite à leur patriotisme. Chamrarnier et ses amis n'en restèrent pas moins fidèles au drapeau qu'il leur était défendu de servir. Le 2 mars i854, Changarnier écrivait, de Malines, au marquis de Ganay : « Ma santj est parfaite, mon acte de naissance peut seul me rappeler les approches de la vieillesse, et jamais je ne me suis senti en possession plus complète de ma vie et de mes forces. Ce n'est pas une raison pour qu'il me soit doux d'être condamné à l'inaction, dans des circonstances plus grandes que les hommes appelés à les dirig-er. S'ils rendent à mou pays
des services sérieux, je les apprécierai avec la plus nette impartialité. Le regret de ne pouvoir être utile, même dans les choses que j'entends le mieux, n'est pas accompagné d'amertume; » et il ajoutait : « N'accueillons les mauvaises nouvelles qu'avec réserve et réjouissonsnous sincèrement des bonnes. Les hommes passent, la France et le devoir de lui être fidèle restent l/ »
Ces nobles sentiments, exprimés par Chang-arnier, je les retrouve sous la plume d'une autre exilée, la reine Marie-Amélie.
(( Vous qui connaissez mes fils, écrivait-elle, vous pouvez comprendre tout ce que -leurs cœurs souffrent de ne pouvoir partager, comme autrefois, les fatig*ues, les dangers et la gloire de leurs anciens compag-nons d'armes ; on attend le journal, le matin et le soir, avec une anxiété fébrile; collés sur les cartes, on suit tous les mouvements des armées alliées et, avec des cœurs toujours français, on fait des vœux pour le succès de nos armes -. s
Le duc d'Aumale écrivait, de son côté, au général Chang-arnier, le 3o octobre i854 :
a Combien nous pensons à vous en lisant les bulletins de Crimée ! Si Chang-arnier était là : — Si nous y étions avec lui ! — Nous sommes, après tout, plus soldats que princes, on nous l'a souvent reproché, peut-être avec raison. Toujours est-il que nous n'avons jamais comme aujourd'hui ressenti le contre-coup des révolutions. Se sentir inactif et inutile quand nos camarades battent l'ennemi !... Mon cœur, comme le vôtre, suit toujours le drapeau de la France, quelle que soit la main qui le tienne 3. »
i . Chanjarnier, par le comte d'Antioche, p. 365.