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sar il faut Pierre... Bonaparte le Grand avait été sacré. Bonaparte le Petit voulut l'être. . . Le Pape fit le dég-oùté. Embarras de M. Bonaparte. Que faire? De quelle manière s'éprendre pour décider Pie IX"? Comment décide-t-on une fille? Comment décide-t-on un Pape? Par un cadeau. Cela est l'histoire.
UN PROSCRIT [le citoyen Blanchi) : Ce sont les mœurs sacerdotales.
VICTOR HUGO, s* interrompant : Vous avez raison. Il y a longtemps que Jérémie a crié à Jérusalem et que Luther a crié à Borne : Prostituée ! [Reprenant .) M. Bonaparte, donc, résolut de faire un cadeau à M. Mastaï. Quel cadeau ?
Ceci est toute l'aventure actuelle ..
...L'agent de M. Bonaparte à Constantinople, M. de la Valette, a demandé de la part de son maître, au sultan, la clef du tombeau de Jésus pour lePap^ de Borne. Le sultan, faible, troublé..., a lâché prise et adonné la clef. Bonaparte a remercii, Nicolas s'est fâché. Le Pape grec a envoyé au sérail son légat a latere, Menschikoff, une cravache à la main. Il a exig-é, en compensation de la clef donnée à M. Bonaparte pour le Pape de Piome, des choses plus solides, à peu près tout ce qui pouvait rester de souveraineté au sultan ; le sultan a refusé, la France et l'Angleterre ont appuyé le sultan, et vous savez le reste. La guerre d'Orient a éclaté.
Voilà les faits.
Piendons à César ce qui est à César, et ne donnons pas à Nicolas ce qui est au Deux-Décembre. La prétention de M. Bonaparte a être sacré a tout fait l.
La France et l'Angleterre avaient signé, le 10 avril i854, un traité d'alliance offensive et défensive. C'était pour la France un succès considérable et qui assurait le triomphe de nos armes. Tous les amis du pays s'en devaient réjouir. Victor Hugo en éprouva un déplaisir mortel, et il ne put s'en taire. Voici comment il en par-
i. Discours de Victor Huço sur la q-uerre d'Orient, prononcé au banquet polonais: du 29 novembre 18Ô4. — Pendant l'exil, pp. 99 et suivantes.
lait, sur la tombe d'un proscrit, Jdans le cimetière de Saint Jean, à Jersey :
L'alliance ? J'en conviens, nous regardons pour l'instant sans enthousiasme cette apparente intimité entre Fontcnoy et Waterloo d'où il semble qu'il soit sorti une espèce d'Anglo- Franee ; nous laissons, témoins froids et muets de ce spectacle, le chœur banal qui suit tous les cortèges et qui se groupe à la portedetous les succès, chanter des deux côtés de la Manche, en se renvoyant les strophes de Paris à Londres, cette alliance admirable grâce à laquelle se promènent aujourd'hui au soleil le chasseur de Vincennes bras dessus bras dessous avec le riftleg'uard, le marin français bras dessus bras dessous avec le marin anglais, la capote bleue bras dessus bras dessous avec l'habit rouge, et sans doute aussi, dans le sépulcre, Napoléon bras dessus bras dessous avec Hudson Lowi- [.
« Nous sommes calmes devant cela, ajoutait il : cette alliance bâclée nous laisse froids. » Si froid, qu'il montait jusque sur les tombes pour la dénoncer, pour dire aux Anglais : Prenez garde, l'alliance française est un mensonge ! — « Les alliances comme celles que nous voyons en ce moment, disait-il, nous les croyons mauvaises pour les deux parties,, pour les deux peuples que nous admirons et que nous aimons, pour les de ix gouvernements dont nous prenons moins de souci. Sait-on Lien ce qu'on veut ici, et sait-on bien ce qu'on fera là ? Nous disons qu'au fond, des deux côtes, on se défie pie peu, et qu'on ma pas tort; nous disons à ceux-ci qu'il y a toujours, du côté d'un marchand, l'a flaire .«>:umerciale, et nous disons à ceux-là qu il y a toujours, du "fi traître, la trahison ~. »
Il ne i répéter aux Anglais qu'ils font fausse
i. Sur la t >inbe de Félix Bunij, •>.- septembre i854- — Pendant 2. Ibid . p. <j4.
route en marchant avec la France, que tous leurs intérêts leur commandent de se détacher de cette alliance. Il y revient encore dans son discours du 29 novembre i854 : « Pour l'Angleterre, dit-il, l'alliance de M. Bonaparte n'est pas seulement une diminution morale, cest une catastrophe. C'est l'alliance de M. Bonaparte qui depuis un an fait faire fausse route à tous les intérêts anglais dans la g-uerre d'Orient '. »
Je rappelais tout à l'heure les nobles et touchantes paroles du général Chanirarnier : « N'accueillons les mauvaises nouvelles qu'avec réserve et réjouissons-nous sincèrement des bonnes. » Victor Hugo ne l'entend pas ainsi. Je ne vois nulle part qu'il se soit réjoui des bonnes nouvelles. En revanche, avec quelle facilité, disons le mot, avec quelle satisfaction il accueille et propage les mauvaises ! Il fait suivre son discours du 29 novembre i854, d'une longue note à laquelle il donne pour titre : Sauvageries de la guerre de Crimée**; dans ce même discours, il donne à ses auditeurs ces nouvelles des armées alliées :
Oui, ces flottes, les plus magnifiques qu'il y ait 'au monde, sont humiliées et amoindries : oui, cette généreuse cavalerie anglais? est exterminée: oui, les Ecossais gris, ces lions de la montagne ; oui, nos zouaves, nos spahis, nos chasseurs de Yincennes, nos admirables et irréparables régiments d'Afrique sont sabrés, hachés, anéantis... Oui , les entrailles et les cervelles, arrachées et dispersées par la mitraille, pendent au broussailles de Balaklava ou s'écrasent aux murs de Sébaslo-