‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 48 sur 187 · M. et MEe Jules Bapst · texte numérisé non relu

M. et MEe Jules Bapst

a. Lettres de Victor JIwjo aux Berlin. Elle est datée, dans le recueil, 21 avril 1

qu'il nous peindra tout à l'heure dans la Légende des Siècles, chevauchant dans la forêt, « couvert d'une âpre armure, » s'il lui arrive parfois de se reposer à l'ombre près d'une source vive, et d'entr'ouvrir sa visière et sa cuirasse, ce n'est jamais pour longtemps. Il rajuste bientôt son armure, monte en selle et repart.

Le i5 mai i855, peu de semaines après son retour de Windsor. Napoléon III avait ouvert l' Exposition universelle de Paris. Loin de nuire au succès de cette fête internationale, la guerre avait paru ajouter encore à son éclat. Le 18 août, la Reine d'Angleterre vint à son tour, accompagnée du prince Albert, du prince de Galles et de la princesse royale, visiter la France et l'Empereur. Durant son séjour, qui se prolongea jusqu'au 27 août, elle se rendit aux Invalides et s'inclina devant la tombe qui renferme la dépouille mortelle du captif de Sainte- Hélène. Le lundi 10 septembre, cent un coups de canon annonçaient aux Parisiens et aux étrangers accourus en foule dans la capitale la prise de la tour Malakoif et lévacuation par les Pvusses de la partie sud de Sébastopol. C'était, à bref délai, la fin delà guerre. Le triomphe de Napoléon III était complet à l'extérieur comme à l'in térieur. Lorsqu'il alla à Notre-Dame, le i3 septembre, pour assister au 7 E DECM célébré en l'honneur de nos victoires de Crimée, la population le salua de ses acclamations enthousiastes :

Il entra le front haut ; la myrrhe et le einname Brûlaient; les tours vibraient sous le bourdon sonnant. ..

Plus était gTand le succès de l'empereur, plus était furieuse la colère des proscrits du coup d'État. Un journal français, V Homme, paraissait alors à Jersey. Ses principaux rédacteurs étaient, avec Charles Ribevrolles,

ancien directeur de la Réforme, Jules Cahaignes, Charles Deleseluze, Hippolyte Majren, Alphonse Esquiros, Marc Dufiaisse. Dans son numéro du 10 octobre 1 855, il publia une Lettre à la Reine d? Angleterre. En voici le texte:

Madame,

Pour prix de l'hospitalité que nous tenons des lois de votre pays, permettez -nous de vous adresser quelques utiles réflexions sur votre voyage. Il ne faut pas compter sur la clémence du peuple. Rappelez-vous le sort de Charles Ier. Vous avez,. Madame, visité Paris ; vous avez déjeuné à Saint-Cloud, dîné aux Tuileries, soupe au Trianon, et lunché partout ; vous avez dansé à l'Hôtel-de-Ville, redansé à Yeisailles, pleuré aux Invalides et ri à Saint-Germain. Vous avez passé en revue l'élite de la société, l'armée, la mag/isirature, l'église, la banque et les dames de la Halle, toute la fleur des pois de l'Empire, la politique, l'éloquence, la vertu, la valeur, la bonne foi et la police. Et tout ce beau monde était habillé, décoré et savonné de son mieux pour fêter l'amie de la maison. Vous avez admiré les produits de l'industrie et tout ce qui mérite d'être contemplé, exposé et marqué. Vous avez été baisée au genou par trente chefs arabes, au-dessous de la jarretière, dit le Times : Honni soit î et à la main, par l'empereur : God save the Qaeen ! Vous avez mis Canrobert au bain, bu le Champagne et embrassé Jérôme. Vous avez eu besoin d'échapper un peu à tous ces grands hommes et à toutes ces belles choses et un matin, vous avez, exténuée, abîmée d'admiration et de délices, non plus en reine, mais en femme, en tille d'Eve, comme une franche commère de Windsor, — pris un cab à l'heure avec votre homme et vos enfants, et vous êtes allée vous reposer au Jardin des plantes avec les arbres et les bêtes du bon Dieu. Vous avez goûté, savouré toutes les voluptés, toutes les poésies, tous les ra\ons, tous les parfums et toutes les forces de la France. Nous n'auriez !U trop d'un sens de plus ! Vous avez tout sacrifié, dignité de reine, scrupules d<> Femme, orgueil d'aristocrate, sentiment d'Anglaise, le rang, la race, le sexe, tout, jusqu'à la pudeur, pour l'amour de cet allié ! Aujourd'hui que vous êtes tout à fait rafraîchie et calmée, rentrée a( hume,

et que vous avez repris votre sang-froid, votre thé, votre beurre et votre raison, allons, Madame, que signifie celte visite ? Ou'ètes-vous allée faire chez cet homme? Assurément vous n'êtes pas allée voir \c Ruffian cV Haymarket, yous, honnête femme, autant que reine peut l'être.

Ce libelle était signé : Félix Pyat, Rougee, G. Jourdain. Victor Hugo le qualifie de « lettre éloquente, ironique et spirituelle [ » . Les habitants de Jersey en jugèrent moins favorablement : un meetingd'indignation se réunit, sous la présidence du connétable de Saint- Hélier,, au Queen's assembly rooms. Deux mille personnes y assistaient ; elles émirent le vœu que des mesures immédiates fussent prises pour la suppression du journal l'Homme.

Le i5 octobre, Charles Ribeyrolles, rédacteur en chef, Piancini, administrateur, et Thomas, vendeurdu journal, reçurent du lieutenant gouverneur, le général Love, l'ordre d'avoir à quitter Jersey sous six jours.

Victor Hugo rédigea une Protestation, conçue dans les termes les plus violents et qui fut affichée sur les murs de Saint Hélier. Au-dessous de sa signature, on lisait celle de ses fils et d'un certain nombre de proscrits, tant français qu'étrangers.

A quelques jours de là, le samedi 27 octobre, le connétable de Saint-Clément, M. Lenepveu "2, se présentait à Marine-Terrace et signifiait au poète que, en vertu d'une décision de la Couronne, le séjour de l'île lui était interdit ainsiqu'à ses fils. On lui donnait jusqu'au 4 novembre, soit six jours, pour effectuer son départ.

Victor Hugo, dans son livre Pendant l'exil3, dit qu'il

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