VI PRÉFACE
été victime, Yétroite éducation do caste et de clergé qui avait déformé son intelligence. Et il se trouvait que ce prêtre précepteur était un prêtre jureur qui avait épousé sa cuisinière, laquelle au besoin le remplaçait auprès de ses élèves pendant qu'il déjeunait !
Victor Hugo a dix-huit ans; il rédige presque à lui seul cet étonnant Conservateur littéraire^ où son précoce génie s'essaye déjà dans toutes les directions. Quinze ans plus tard, en 1834, il publie deux volumes intitulés : Littérature et Philosophie mêlées, « reproduction complète, » d'après lui, de ses articles de jeunesse. Il affirme les avoir réimprimés sans y rien changer, absolument tels qu'il les avait recueillis dans les publications du temps. Lorsque Victor Hugo écrivait ces lignes, il avait sur sa table les bonnes feuilles de son livre. « J'ai tout reproduit, disait-il, sans exception, sans réserve. » Et il ne reproduisait pas la vingtième partie de ses articles d'autrefois. Je ri y ai rien changé, disait-il encore, — et il y avait fait des changements sans nombre, tantôt ajoutant, tantôt retranchant, modifiant ici son style, là sa pensée. Je les ai réimprimés, ajoutait-il, tels que je les ai recueillis dans les publications du temps; — et en les réimprimant, il leur avait fait
PRFFACE VII
subir des altérations qui en dénaturent complètement le sens et la portée. Il insistait, dans sa préface, sur les dates qu'il avait soigneusement placées en tête de tous les fragments. Que le lecteur ne perde pas un seul instant ces dates de vue! Et ces dates étaient presque toutes fausses. Il lui arrivait de donner quelquefois, avec la date de l'année, celle du mois et du jour; et tout était inexact, le jour, le mois et l'année. Il allait jusqu'à dater d'avril 1820 et de décembre 1820 des morceaux écrits après 1830. Il appelait cela agir en toute franchise, fournir une base sincère aux études des personnes qui veulent bien suivre le développement de son esprit .
Cette fois, je ne le cache pas, le charme était rompu. Nulle illusion n'était possible. Si rayonnante qu'eût été la jeunesse de Victor Hugo, des ombres singulières s'épaississaient autour d'elle; mais qui les avait amassées, sinon le poète luimême? Je rétablis les textes, je publiai k'S documents inédits qui m'avaient été communiqués. A peine les ai-je commentés, respectueux du génie, même au milieu de ses erreurs, de ses égarements et de ses mensonges.
Lorsque parut ce premier volume, Victor Hugo avant 183U, un critique éminent, au-dessus des