Profils et grimaces, p. 4f
8fi VICTOR HUGO APRES 1852
Victor Hugo, en arrivant à Saint-Pierre, s'installa dans une petite maison située rue Hauteville. n° 20, qu'il s'empressa de faire meubler. Cette installation n'était du reste que provisoire et devait prendre fin, l'année suivante, quand il eut fait l'acquisition de Hanteville- House.
Le moment était venu de publier enfin les Contemplations. Elles étaient presque entièrement terminées quand il avait quitté Jersey. Trois pièces seulement ont été écrites à Guernesey : Spes l, — les Mages2, — A celle qui est restée en France :
Ce livre, lésion tournoyante et sans nombre
D'oiseaux blancs dans l'aurore et d'oiseaux noirs dans l'ombre,
Ce vol de souvenirs fuyant à l'borizon,
Cet essaim que je làcbe au seuil de ma prison,
Je vous le confie, air, souffles, nuée, espace !
Que ce fauve océan qui me parle à voix basse
Lui soit clément, l'épargne et le laisse passer!
Et que le vent ait soin de n'en rien disperser,
Et jusqu'au froid caveau fidèlement apporte
Ce don mystérieux de l'absent à la morte a !
Depuis le mois d'avril i845. époque à laquelle il avait donné le troisième volume des Lettres sur le Rhin, Victor Hugo n'avait rien publié en France. Le 26 avril i856, parurent les deux volumes des Contemplations.
Les Contemplations sont une date importante dans l'œuvre du poète. Elles marquent le point où tous ses dons de lyrique, toute sa supériorité de versificateur ont leur plein épanouissement, mais où, en même temps, ses défauts s'accentuent et grossissent.