Voir ci-dessus, chapitre iv
3. M. Auguste Vacquerie est le miroir de Victor Hugo, — un de ces miroirs convexes qui mettent les défauts en saillie. Au mois d'avril i8">»'i, au moment môme où paraissaient les Contemplations, il en donnait un commentaire en prose, écrit à côté du poète et sous
l'intempérance des mots et des imasres, — devient décidément énorme. Dans les Mages, par exemple, il n'y a qu'une seule idée, celle-ci : Pourquoi donc faites-vous des prêtres, quand vous avez les poètes ? Pour traduire cette idée unique, il ne lui faut pas moins de soixante et onze strophes de dix vers chacune, soit sept cent dix vers. Ce n'est plus, comme autrefois, une simple tumeur, une verrue ou une loupe, — c'est un éléphantiasis.
Il convient de plus de signaler, dans les Contemplations, un défaut qui apparaît, pour la première fois, dans l'œuvre de Victor Hugo. Ce défaut consiste à accoler ensemble deux substantifs, qui n'ont pas d'autre lien que leur juxtaposition. Nous avons ainsi la bouche tombeau, la fosse silence, le fossoyeur oubli, le crible cimetière. Y homme spectre, le ver réalité, la terre vision, l'aigle trépas, les mondes anges, les soleils démons, le ciel cachot, l'Océan pensée, les mots monstres, le réseau clarté, la toile Amour, les autels poèmes, le grelot monde, l'arbre éternité, la branche destin, l'esprit forçat, la biche illusion, etc., etc.
son toit. « Je crois que le chêne et la pierre ont des âmes... Les âmes des végétaux et des minéraux sont dans des conditions plus dures que les autres. . . Ayons pitié d'elles .. J'ai une affection sincère pour la pierre, pour le métal, pour le sable des grèves, pour le pavé des rues, pour les instruments de travail, pour les ustensiles de menace. .. Je ne ferais pas de mal à une allumette. Je plains les clous rouilles... Je n'arracherais pas plus un pétale à un camélia qu'une aile à une mouche ou qu'un cil à un enfant. Les jeunes filles qui effeuillent les marguerites pour savoir si elles sont aimées passionnément me font l'effet des prêtresses terribles qui questionnaient les convulsions des victimes égorgées, et je ne voudrais pas toucher leurs mains cruelles. . . Ouant aux bêtes féroces, je ne les hais pas; je mus convaincu qu'elles subissent une fatalité mystérieuse... 11 faudra pourtant qu'on s'occupe un jour de civiliser "les titres. Le coup de dent et le coup de fusil ne peuvent pas être à perpétuité 1 unique dialogue de l'homme et du lion. Moi, j'ai envie de dire au chacal : Mon frère, embrassons-mus. » — Profils et grimaces, pp. 4J9 et suiv.
LES CONTEMPLATIONS 9o
N'est- il pas à craindre qu'en présence d'une innovation aussi malheureuse 1, d'un accouplement de mots si étrange et si fatigant, le lecteur ne voie s'enfuir en effet la biche illusion et qu'il ne sente
Sur son front alourdi peser un ennui bœuf?
A quelque chose malheur est bon. Cet emploi du double substantif va nous permettre de rétablir la vraie date d'une des principales pièces du recueil. Déjà dans Victor Hugo après i83o -, j'ai fait toucher du doigt la petite supercherie du poète, écrivant à Jersey, après 1802,, des vers ardemment républicains, antiroyalistes au premier chef, et les insérant dans les Contemplations avec la fausse date, trois fois répétée, de juin 1846 3. Il ne s'en est pas tenu là. Il a daté de Paris,
1. L'honneur de cette innovation, si honneur il y a, revient, non à l'auteur des Contemplations, mais au plus classique des académiciens^ M. Viennet, qui, des 1 843, dans son Epitre à Aie. ceindre Duval sur l'Ingratitude parlant de certains députés célèbres hier, aujourd'hui oubliés, s'écriait :
Le gouffre Momtlcr garde seul leur mémoire !