‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 76 sur 187 · Etudes et Portraits, par Cuvillier-Fleury, n · texte numérisé non relu

Etudes et Portraits, par Cuvillier-Fleury, n

« M. Hiisro a mis un saint pour enseigne k la porte deson enfer. Entrons avec lui, sur la foi d'un pareil guide, non sans remarquer en passant l'habileté du poète qui, voulant nous attirer dans son œuvre, lui donne pour pro~ logue, fait de main de maître, le touchant tableau de toutes les vertus chrétiennes. » Et un peu plus loin : a M. Hugo n'a peut-être demandé cette fois aux idées chrétiennes qu'un passe-port sacré pour son livre. » Je me représente mal Victor Huso. — le Victor Hugo de 1862, — «demandant aux idées chrétiennes un passeport sacré pour son livre » et donnant, de gaieté de cceur, pour enseigne à son œuvre, un saint, un prêtre catholique, un évèque ! La vérité, et je m'étonne que M. Cuvillier-Fleury ne l'ait pas même soupçonnée, c'est que la première partie'xles Misérables avait été écrite avant 1848, et que l'auteur n'a pas voulu la perdre I. Il l'a seulement retouchée en plus d'un endroit, afin que l'œuvre ancienne jurât moins avec ses opinions nouvelles. C'est ainsi qu'il a eu bien soin de faire de son évèque un brave homme qui en prend à son aise avec l'orthodoxie. « Que pensait-il de ce dogme-ci ou di- ce mystère-là ? Ces secrets du for intérieur ne sont connus que de la tombe où les âmes entrent nues-. » Après avoir donné à entendre que Mg* Mvriel ne croyait point à tous les mystères et à tous les dogmes catholiques, il nous le montre, à la page suivante, en train de devenir un adepte de la métempsycose :

Les laideurs de l'aspect, les difformités de l'instinct, ne le troublaient pas et ne l'indignaient pas. Il en était ému, presque attendri. Il semblait que, pensif, il en allât chercher, ;m-

1. Voir les preuves que nous avons fournies à cet égard au tomel de Victor Hugo après 18S0, pp. m'j et buîv. — Voir également ci- •dessus. pa§ e qui e>t dit au sujet du Manuscrit ae tEuégue.

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delà de la vie apparente, la cause, l'explication ou l'excuse. II semblait par moments demander à Dieu des commutations. Il examinait sans colère et avec l'œil du linguiste qui déchiffre un palimpseste la quantité de chaos qui est encore dans la nature. Cette rêverie faisait parfois sortir de lui des mots étranges. Un matin, il était dans son jardin, il se croyait seul ; mais sa sœur marchait derrière lui sans qu'il la vit ; tout à coup, il s'arrêta, et il regarda quelque chose à terre ; c'était une grosse araignée, noire, velue, horrible. Sa sœur l'entendit qui disait : — Pauvre bête ! ce n'est pas sa faute... Un jour il se donna une entorse pour n'avoir pas voulu écraser une fourmi 1.

Cette page évidemment a été écrite non avant 1848, mais après i852, à l'époque où le poète, pris de passion pour la métempsycose, pleurait de tendresse sur les araignées et sur les limaces2, ou chantait le baudet qui meurt sous les coups « pour n'avoir pas voulu écraser un crapaud 3 ». Elle a été écrite, non à Paris, mais à Guernesey. dans cette maison deHauteville-House, d'où M. Auguste Vacquerie écrivait un jour avec la haute approbation du Maître :

Les scarabées que je vois dans le chemin et qui pourraient être écrasés par les passants, je les ramisse et je les mets dans la haie. Je suis le bon Samaritain des crapauds. Hier, j'en ai sauvé un que des enfants lapidaient, je le leur ai enlevé, et je l'ai porté bien loin dans un champ. Je suis l'ami intime des colimaçons et le galant des araignées 4.

i . Tome I, p. 127.

2. Pleurez sur l'araignée immmde. sur le ver, Sur la limace au dos mouillé comme l'hiver.

Sur le vil puceron qu'on voit au* feuilles pendre.

Sur le crabe hideux, sur l'affreux scolopendre,

Sur l'effrayant crapiud. pauvre monstre aux d»ux yeux.

(Les Contemplations, livre VI, xxvi.)

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