‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 82 sur 187 · VICTOR HUGO RACONTÉ PAR ON TEMOIN DE SA VIE · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO RACONTÉ PAR ON TEMOIN DE SA VIE

Aeréez, Monsieur, .l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Adèle V. Hugo.

Guernesey, 21 novembre.

Le travail de Mme Victor Hugo parut, sans nom d'auteur, le 18 juin i863, sous le titre de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie 1. Le vrai titre eût été : Victor Hugo raconté par lui-même. Il n'y a pas un fait , dans ces deux volumes, pas une anecdote, pas un détail, qui vienne de M'neHuero, pas une appréciation qui émane d'elle. A pollon dictait, j'écrivais. C'était bien Apollon, en effet, c'était Victor Hugo qui avait dicté, depuis la première lisme jusqu'à la dernière. Au lieu de la déposition d'un Témoin, nous avons les dires du héros. Nous sommes en présence d'une véritable autobiographie, de véritables Mémoires personnels, et c'est avec raison que le poète Ls a fait entrer dans l'édition définitive de ses œuvres.

Qu'il n'y ait rien de Mme Hugo, dans ce livre, absolument rien, il suffit pour s'en convaincre de mettre en regard de Victor Hugo raconté ses autres écrits, les articles qu'elle a consacrés à Charles Nodier, à Marie Dorval, etc. Tandis que ces articles sont pleins démo tion, de sensibilité, de charme, plus rien de semblable rie se montre dans Victor Hugo raconté; on y chercherait vainement une page où le cœur parle, une ligne où l'émotion se trahisse. Mme Hugo est absente di ce livre. Elle a tenu la plume, je le veux bien, mais comme la tient le greffier, qui écrit sou> l'œil de son juge. Elle

1. Victor Hugo raconte par un témoin de sa vie, avec Œuvres inédites de Victor H hlt<». entre autres un drame dut/ de Castro). Deux volumes iu-6" A la librairie internationale, 1 3, rue de Granimont, à Paris.

enregistre purement et simplement les faits et les appréciations qu'on lui dicte, sans jamais parler en son nom, sans laisser même entrevoir les sentiments qu'elle éprouve. — Ce livre, qui ne nous fait grâce ni d'un nom d'acteur, fût-il de quatrième ordre, ni d'un nom d'actrice,— sauf un cependant qui est soigneusement évité1, ni d'une querelle de comédienne et de directeur, ni d'un détail de mise en scène, ni d'un bordereau de recettes ; ce livre froid et morne, sans tendresse, sans âme, ce livre où il n'y a pas une larme et pas un sourire, il ne se peut pas qu'il soit l'œuvre d'une, femme, l'œuvre deÀIme Hugo. Il est de Victor Hugo et de Victor Hugo seuL

Maintenant que j'ai restitué à leur véritable auteur les deux volumes de Victor* Hugo raconté, il me reste peu de choses à en dire. Au cours de ces Etudes, j'ai eu trop souvent occasion de signaler les erreurs dont ils fourmillent pour qu'il soit besoin d'y revenir. Je ferai seulement une ou deux remarques.

En 1828, Victor Hugo remettait à un journaliste, au rédacteur de l Oracle européen, des notes biographiques, écrites et signées de sa main. Elles débutaient ainsi :

Hugo (Victor-Marie), né à Besançon le 26 février 1802, (Tune famille de Lorraine anoblie en i535 dans la personne de Georges Hugo, capitaine des gardes du duc de Lorraine2.

En i83i, à Sainte-Beuve, qui préparait alors une notice sur lui pour la Biographie des contemporains, il fournissait l'indication suivante, relative à l'ancienneté de sa maison :

1. Xi dans le chapitre sur Lucrèce Borgia, ni dans celui sur Marie Tudor, nulle part le nom de M"" Juliette Drouet n'est prononcé.

2. Annales littéraires, publication collective des Bibliophiles contemporains pour i89o. (Novembre 1890.)

Sa famille paternelle anoblie dès 1 53 r , en la personne de <ieori»-es Hugo, capitaine des g-ardes du duc de Lorraine, avait donné, au xvne siècle, un savant théologien de ce nom, évêque de Ptolémaïs '.

En i S 3 0 , il dictait ceci à Alexandre Dumas :

Joseph-Léopold-Siç-isbert Hugo: vieille famille lorraine, vieille souche allemande ; Huço veut dire souffle. — DHozier,

istre4 ! d'azur au chef d'argent chargé de deux merlettes de sable. Si c'était trois, c'étaient les armes de Lorraine. L'aïeul, Georges H ugo, capitaine des gardes du duc de Lorraine, anobli en 1 53 1 par lettres patentes datées de Lillebonne (Normandie) 2.

En i863, Victor Hugo raconté s'ouvre par ces ig-nes :

1 Le premier Huiro qui ait laissé trace, parce que les documents ont disparu dans le pillage de Nancy, par les troupes du maréchal de Créqui en 1O70, est un Pierre-Antoine Hugo, né en i532, conseiller privé du irrand-duc de Lorraine, et qui épousa la fille du seigneur de Bioncourt. Parmi les descendants de Pierre-Antoine, je remarque : au xvie siècle, Anne-Marie, chanoinesse de Remuvmont ; au xvue siècle Charles-Louis, abbé d'Elival, évêque de Ptolémaïs, auteur d'un recueil estimé, Sacrœ antiquitatis monumenta ; au xvm* siècle, Joseph- Antoine, ofticier près du maréchal de Montesquiou, tué à la bataille de Denain ; Michel-Pierre, lieutenant-colonel au ser- \ i e de Toscane 3.

En 1828, Victor Huq-o était royaliste; en i8G3, il était républicain socialiste; mais pas plus en i863 qu'en 1828 il ne consentait à reconnaître qu'au lieu de se rattachera « une famille de vieille noblesse » il avait tout simplement pour aïeul Joseph Ilug^o. maître menuisier à

i. Biographie de* contemporains, publiée sous la direction de MM. Rabbe el Vieilli «le Boisjolin, t. IV, 2* partie, p. 33i. .*>. Revue encyclopédique, i5 avril i-

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