VICTOR
UUCiO AVANT 1830 13.')
SaluL ! enfant, j'ai pour ma mère Cueilli quelques rameaux dans vos sacrés bosquets ; A'otre main s'est otTerte à ma main téméraire ; Etranger, vous m'avez accueilli comme un frère,
Et fait asseoir dans vos banquets '.
Nous voyons encore, en ces années iS2\ et 1822, Victor Hugo s'intéresser aux concours auxquels son litre de maître es jeux-floraux ne lui permet plus de prendre part, et recommander aux suffrages de ses confrères les pièces de ses amis. Sa correspondance avec Jules de Rességuier nous en fournit plus d'un témoignage.
Vous êtes sans doute en co moment occupe du concours, écrit-il, le 21 mars 1821 ; permettez à un vieux combattant réformé de, vous recommander des athlètes en présence desquels il n'aurait sans doute pas vaincu. J'appellerai votre attention sur l'élégie de Sijmctha, d'un jeune poète dont Soumet vous a sans doute parlé, de notre ami Alfred de Vigny ^ ; sur celle du Convoi de rémigré, par M. Saint- Valry ; sur l'ode relative aux Troubles actuels de l' Europe, par Rocher ; sur le poème de la naissance d'Henri IV et sur le discours relatif aux genres romaniique et classique, de M. Gaspard de Pons. Je ne veux ni ne dois vous donner mon avis sur chacun de ces ouvrages en particulier ; je me contenterai de vous dire que leurs différents auteurs ont, selon moi, des talents fort inégaux. Je me borne à remplir un devoir d'amitié en appelant votre attention spéciale sur ceux d'entre eux qui peuvent mériter des couronnes, et en invoquant pour les autres cette indulgence dont vous m'avez donné tant de preuves ^.
1 Odes et Baliadesj 1. IV, ode v.
2 Voy. cette élégie daus les Poème:, antiques et jnodcmes, d'Alfred de Vigny.
3 LoUrc de Victor Hugo h. Jules de RcsséguieT.
Un mois plus tard, le 17 avril 1821, lo rosullat du concours était connu, et Victor Hugo écrivait à son ami :
Une douloureuse nouvelle, en forçant M. Rocher de quitter brusquement la capitale et de retourner dans le sein de sa famille, m'a empêché de vous écrire plus tôt pour vous marquer sa réponse et vous remercier de votre charmante mais beaucoup trop flatteuse lettre. J'ai été, s'il faut Tavouer, surpris de la sévérité de FAcadémie qui m'avait donné tant de preuves d'indulgence. Je croyais que M. Rocher obtiendrait un prix. Pour lui, avec toute la modestie du talent, il s'est montré satisfait de la décision. Il m'a chargé d'accepter, en son nom, la distinction que lui décerne l'Académie, espérant, m'a-t-il dit, mériter peut-être, l'an prochain, des suffrages plus éclatants en redescendant dans la même arène. J'espère avec lui et je ne doute pas que vous ne partagiez la même confiance. Pour cette année, il se contentera de voir sa pièce imprimée dans le recueil, et il consent à ce qu'elle porte son nom, ne croyant pas convenable de répudier aucune des distinctions accordées par l'Académie K
La pièce de M. Rocher, qui fut insérée dans le recueil de 18:21, n'était pas son ode relative aux Troubles actuels de V Europe, mais un poème sur Vlmmortalitê de Vàme.
Ami de Victor Hugo, Joseph Rocher était également lié avec Lamartine, qui parle de lui en maint endroit de ses œuvres. Une de ses premières méditations, r Enthousiasme, est accompagnée, dans l'édition de 1849, de ce commentaire :
Cette ode est une goutte de la veine lyrique de mes pre-
1 Lettre à Jules de Rességuier,
mières années. Je l'écrivis un matin à Paris, dans une mansarde de l'hôtel du maréchal de Richelieu, rue Neuve-Saint- Augustin, que j'habitais alors. Un de mes amis entra au moment où je terminais la dernière strophe. Je lui lus toute la pièce : il fut ému. Il la copia, il l'emporta, et la lut à quelques poètes classiques de l'époque, qui encouragèrent de leurs applaudissements le poète inconnu. Je la dédiai ensuite à cet ami , qui faisait lui-môme des vers remarquables. C'était M. Rocher, aujourd'hui une des lumières et une des éloquences de la haute magistrature de son pays. Nos routes dans la vie se sont séparées depuis ; il a déserté la poésie avant moi. Il y aurait eu les succès promis à sa belle imagination. Nos vers s'étaient juré amitié : nos cœurs ont tenu la parole de nos vers.
Je lis dans une des notes dont Sainte-Beuve a fait suivre son portirnt de Lamartine :
M. Rocher, conseiller à la Cour de cassation, l'un des plus anciens amis de Lamartine, à qui il prêtait quelquefois son appartement, rue Saint-Dominique, pour des déjeuners de jeunesse. C'est dans l'une de ces gaies réunions qu'il lui avait adressé une ode pour l'exhorter aux beaux vers et à l'ambition lyrique. J'ai entendu réciter cette ode à M. Rocher lui-même; Lamartine lui répondit par l'ode de V Enthousiasme.
La Correspondance de Lamartine, lequel est d'ailleurs resté fidèle à tous ses amis et les a conservés tous jusqu'à la fin, renferme plusieurs lettres adressées à M. Rocher. On lit dans celle du 13 juillet 1825, datée d'Aix-les-Bains :
Vous me parlez de vers, et je n'y pense plus qu'avec crainte et dégoût. Je ne les aime qu'en me reportant dans le passé, quand nous les rêvions ensemble. Ils sont devenus pour moi une ennuyeuse réalité. Mais, vous, est-il possible que votre
verve se soit tarie à volonté? Je ne le crois pas, et je m'en félicite. On me dit toujours : Corrigez, et je vous dis : Ne corrigez plus, mais faites. Vous avez un véritable talent, et j'ai vu de vous des morceaux trop enchanteurs pour renoncer à en voir encore et à ce que ce plaisir soit partagé tôt ou tard par les gens qui ont des oreilles.
Et on post-script iim :
Si je n'avais pas la fièvre tierce, je crois que je vous aurais écrit en vers, tant votre nom est poétique pour moi ^.
Lorsque Lamartine lui écrivait cette lettre, M. Rocher avait renoncé à la poésie pour embrasser la carrière des fonctions publiques :
Amphoracœpit Institui : currente rota, cur urceus exit?
Conseiller à la cour royale de Grenoble, puis à celle de Lyon, en 1828 secrétaire général du ministère de la justice, sous M. de Gourvoisier, et maître des requêtes en service extraordinaire en 1829, il devint, le 19 mai 1830, conseiller à la cour de cassation. Il se démit de ces hautes fonctions en 18oi et fut nommé commandeur de la Légion d'honneur. Mais aux rubans, ce poète, ce sage, préférait les fleurs, ces fleurs de Glémence Isaure qu'avait cultivées sa jeunesse^ et, afin sans doute de pouvoir en respirer les parfums de plus près, il accepta, en 1856, les fonctions de recteur de l'Académie de Toulouse ; il était, depuis 1852, membre du conseil supérieur de l'instruction publique.
1 Corresjionrhd-icn de Lamartine, t. HI. Vny. aussi t. H, p. 401 et t. IV, p. 20".
A'ICTOR HUGO AVANT 1830 137
En 182:2, Yiclor Hugo recommando à ses confrères de Toulouse de nouveaux amis, de nouveaux poètes.
Me permettez-vous, écrit-il à Jules de Rességuier, le 17 janvier, de vous adresser quelques poètes qui désirent concourir aux Jeux-Floraux et n'ont pas de correspondant ? Un bien jeune homme, M. F. Durand, auteur du Jeune poète mourant, et envers lequel je crois que l'Académie a au moins beaucoup de sévérité à réparer, m'a fait parvenir une ode pleine de talent, le Détaelienient de la terre, qui, après quelques correcrions, sera, selon moi, très digne d'une couronne.
Le 2o février, il revient à la charge :
Mon bien cher et bien aimable ami, je m'empresse de répondre à vos lettres, parce que je ne dois pas recevoir de vous d'aussi grands plaisirs sans qu'un peu de la reconnaissance que j'en éprouve ne vienne jusqu'à vous. Et puis, du moment où vous voulez bien attacher quelque attention à mon estime pour le talent plein d'espérance de Durand, je ne dois pas oubher que le concours est ouvert et qu'une voix amie peut quelquefois contribuer un peu, du milieu de la foule, au triomphe d'un athlète. C'est sans doute son ode sur le Détacliement de la terre qu'il a envoyée au concours, et je ne doute pas que vous n'ayez remarqué et que vous ne soyez disposé à y couronner les mêmes beautés que moi. Si ynon nom lui porte bonheur, ce sera en rappelant à l'Académie qu'elle a quelquefois eu autant d'indulgence dans ses jugements qu'elle a, jusqu'ici, montré de sévérité à Durand... J'espère qu'il obtiendra le triomphe qu'il mérite et qu'il désire ; deux raisons pour moi de le souhaiter ardemment. L'Institut, livré aux médiocrités, -laisse entière à l'Académie des Jeux-Floraux
la noble triche crencoura.g"er les jeunes talents comme le sien.
L'ode de Durand fut couronnée. « J'apprends avec une joie extrême, écrit Victor Hugo le 3 avril, que Durand est couronné. Il me tarde de voir son ode telle qu'il l'a corrigée. Je lui en veux un peu de ne m'en avoir plus reparlé ; mais je lui pardonne tout, puisqu'il triomphe. Un autre ouvrage de M. Saint- Valry a également été couronné. Le poète est de ma Connaissance, et son succès m'a fait grand plaisir. »
Le jeune protégé de Victor, M. N. -F. Durand (était-ce bien son vrai nom ?), avait envoyé à ce même concours de 1822 une autre ode, VAdieu. L'année suivante, il obtint de nouveau le prix de l'ode avec une pièce sur la Gloire, en même temps que trois autres morceaux de lui étaient distingués par l'Académie : une Ode à Victor Hugo, la vieille France, ode, et le Ruisseau, élégie. Ainsi que l'Académie de Toulouse, l'Académie de Marseille, celle d'Amiens, d'autres encore, lui décernèrent des prix. En 1829, il était couronné une troisième fois à Toulouse, pour un hymne en l'honneur de la Vierge, qui avait pour sujet et pour titre rAssomption. Une Orgie sous Néron, chant cVun jeune Romain, poème lyrique, lui valait, en 1833, une nouvelle victoire, et l'Académie, sur sa demande, lui conférait le titre de maître es jeux-floraux, ce qui le faisait confrère de Victor Hugo. H était, depuis 1830, membre de l'Académie de Marseille. A l'exemple d'Auguste Bignan, son rival en plus d'un concours, il aurait pu, lui aussi, publier,
VICTOR IIUL.O AVANT 1830 131;)
SOUS lo litre (WAcadéiniques, un volumo composé entièrement de pièces couronnées.
Non moins royaliste que le poète des Odes et Ballades, il eut, comme lui, des chants pour les malheurs des Bourbons et pour leurs gloires. Au mois de mai 1830, à l'occasion de la visite que le duc d'Angoulême fit à Marseille, où il passa en revue la seconde division de l'armée de débarquement qui allait conquérir Alger, F. Durand publia des strophes qui débutaient ainsi :
C'est l'héritier des rois, c'est le fils des héros ! C'est lui que l'on a vu, de victoire en victoire, Entraîner nos soldats jusqu'aux murs de Cadix ; C'est lui qui, devant Dieu prosternant tant de gloire, Offrit au roi des rois des lauriers et des lis,
A quelques jours de là, F. Durand lisait devant l'Académie de Marseille une ode sur le monument élevé aux victimes de Quiberon. Sa pièce, très inférieure assurément à celle de Victor Hugo sur le même sujets témoigne d'un talent pur et correct. Ses vers à Lamartine, lus également à l'Académie de Marseille, en présence du grand poète, ont de l'élévation et du souffle, et ils étaient restés dans la mémoire du chantre des HarmonkSj qui se plaisait à les citer. Il a publié, en 1863, un poème épique en huit chants qui a pour sujet, comme celui de Klopstock, la passion et la résurrection du Christ. La Christodle, tel est le titre de cette épopée, oi\ il n'y a pas seulement de bonnes intentions, mais où l'on trouve aussi de beaux vers, des inspirations nobles et touchantes.
liO YIGTOR HUGO AYANT 1830
Le nom de Durand n'a poLirlanl point conquis, à défaut de la gloire, cette notoriété qui s'est attachée à celui de Bignan. La raison n'en serait-elle point dans le soin avec lequel ce poète, véritablement modeste (est-ce qu'ils ne le sont pas tous — ou presque tous ?) s'est attaché à épaissir autour de lui les ténèbres, variant sans cesse les pseudonymes derrière lesquels il aimait à se cacher. Il signait tantôt Durand, tantôt Durand de Vrandaulmon, ici Holmondurand, là Modurange, ailleurs Durangel, etc., etc. Sur la liste des maîtres es jeux-floraux, publiée chaque année, il prenait plaisir à se faire porter sous des noms différents. Il y figure, de 1833 à 1835, sous le nom de M. Durand de Modurange (Nicolas-François), de Marseille, et de 1836 à 1843, sous celui de M. de Durangel (Nicolas- François). En 1845 et jusqu'en 1860, il redevient M. Durand tout court, pour reparaître, à partir de 1861, sous le nom de M. Durangel, officier de la Légion d'honneur.
Ce galant homme qui, certes, avait assez de talent pour se faire un nom dans la poésie, aurait pu s'en faire un aussi dans l'érudition. En 1837, Barthélémy, qui travaillait alors à sa traduction en vers de V Enéide, déplorait un jour devant Louis Méry, frère de Méry le poète, la disparition de ces savants commentateurs, de ces grammairiens philologues, pour qui la langue latine et la langue grecque n'avaient pas de secrets. « Oou tiijver maintenant, s'écriait-il, un Scaliger, un Macrobe, un Turnèbe, un Robert Estienne, un Jean Bond, un latiniste enfin, qui puisse
VICTOR JlUGO AYANT 1830 141
me signaler les imperfections de mon travail ?» — « Où le trouver?mais ici même, à Marseille, lui répondit Louis Méry ; je connais, au quatrième étage de la rue de l'Arbre, un Scaliger qui sait par cœur son Homère et son Virgile et bien d'autres, et qui ne quitte sa chambre, où s'empilent les in-folios, que pour aller continuer à la Bibliothèque publique un travail de Titan, d'un Titan qui remue des montagnes de livres. n" Mis en rapport avec Barthélémy, le Scaliger de la rue de l'Arbre lui donna des conseils, lui soumit des observations, qui ne furent pas perdus pour le traducteur de ï Enéide \ Le Scaliger marseillais n'était autre que le lauréat des Jeux-Floraux, le poète F. Durand.
Dix années se passent, M. Guizot est ministre des affaires étrangères et M. Duchâtel, ministre de l'intérieur. Tous les deux reçoivent chaque matin, dans leur cabinet, un homme qui a leur entière confiance, en môme temps qu'il est honoré de celle du roi Louis-Philippe: et cet homme avec qui M. Duchâtel, M. Guizot et le roi lui-môme s'entretiennent volontiers des choses de la politique, c'est celui à qui Barthélémy demandait son avis sur le sens d'un vers de Yirgile, c'est l'auteur de l'ode sur le Détachement de la terre, le poète F. Durand, ou plutôt, pour lui restituer enfin son vrai nom, M. F. Durangcl.
M. Durangel est mort au mois de décembre 1879. L'un de ses fils, M. Henri Durangel, a été, depuis
•* Le Caducée, souvenirs marseillais, provençaux et autres, {. I"', p. Oo,
1869 jusqu'en 1877, directeur des affaires départementales et communales au ministère de l'intérieur, et, à vrai dire, ministre de l'intérieur pendant tout ce temps, de l'aveu de tous, amis, adversaires, ou simples spectateurs. Mais, outre ce fils d'un rare mérite, il en a laissé un autre, peintre de talent, et dont les prénoms (Victor-Léopold) attestent l'inlimité qui existait entre Victor Hugo, fils du général Léopold Hugo, et F. Durangel, intimité si grande, qu'Px une certaine époque, ils s'écrivaient presque tous les jours *.
Lamartine a sauvé de l'oubli le nom de son ami Joseph Rocher, en l'inscrivant à la suite de l'une de ses plus belles méditations. Victor Hugo fera-t-il moins pour son ami Durangel ? Dans la première édition de son recueil de 1824, il avait donné pour épigraphe à l'une de ses Odes, celle qui a pour titre : A mon père, un vers de Durangel :
Nous eûmes nos forfaits, mais nous eûmes nos gloires.
Depuis, il a effacé cette épigraphe. Qu'il la rétablisse dans son édition définitive, et qu'il ne refuse pas une place et un souvenir, dans un tout petit coin de son œuvre, à l'homme de talent et de cœur qui fut l'ami de sa jeunesse.
1 Nous sommes redevable de ces renseignements sur F. Durangel à la gracieuse obligeance de M. le baron Gaston de Flotte et de M. Edmond Leclerc, ancien chef du cabinet du comte Duchàtel. Voy., dans le Journal des Débats du 23 décembre 1879, une note nécrologique sur M. F. Durangel.
A partir de 18:2:2, tous rapports cessent entre rAcadémie de Toulouse et le chantre des Vierges de Verdun : il n'était pas dans sa destinée de rester fidèle aux lis, — pas môme au lis d'or des Jeux- Floraux.
Si lentement que nous avancions, il se trouve que nous allons encore trop vite, puisqu'on voulant retracer jusqu'au bout les relations de Victor Hugo avec l'Académie de Clémence Isaure, nous avons laissé en arrière deux pièces publiées en 1819 et qui méritent pourtant qu'on s'y arrête. Le lecteur nous permettra d'y revenir.
Au mois de juillet 1819, Chateaubriand fit paraître, dans la quarante-quatrième livraison du Conservateur, un écrit sur la Vendée, resté l'un des morceaux les plus éloquents qui soient sortis de sa plume. S'inspirant de ces pages du grand prosateur, Yictor Hugo composa et publia sous ce titre : les Destins de la Vendée, une ode qui obtint un vif succès. Elle était dédiée à M. de Chateaubriand, et cette dédicace se retrouve dans la première édition des Odes (juin 1822). L'autour ne l'a pas maintenue dans les édilions suivantes, où il a seulement conservé cette note : « C'est dans l'émotion de la lecture de la belle notice sur la Vendée, publiée dans le Conservateur, en 1819, par M. de Chateaubriand, que cette Ode fut composé eet
publiée crabord sous ce titre emphatique et vague : les Destins de la Vendée. » Dans les diverses éditions des Odes, cette pièce a simplement pour titre : la Vendée^.
En cette même année J819, au mois d'octobre, M. Victor Hugo publia une pièce d'un genre tout différent, une satire intitulée le Télégraphe, avec cette épigraphe empruntée à Voltaire : Ici des machines qui parlent, là des bêtes qu'on adore. Elle n"a jamais été réimprimée. L'auteur n'y fait allusion dans aucun de ses ouvrages. Ni Quérard ^, ni MM. Louandre et Bourquelot ^, ne l'indiquent dans leurs recueils spéciaux. Seul, le Journal de la Librairie (année 1819, n^ 3662), en fait mention, mais comme d'un ouvrage anonyme. Au tome I^'^ de Victor Hugo raconté, le témoin de sa vie en cite quelques vers, mais sans dire d'où ils sont tirés. Nous serons moins discret, et puisque nous avons eu la bonne fortune de pouvoir nous procurer cette pièce, aujourd'hui à peu près introuvable, nous en reproduirons les principaux passages. Ceux-là nous en sauront gré qiii aiment à contempler les premiers essais d'un homme de génie et qui souvent préfèrent les premières lueurs de l'aurore aux rayons parfois trop accablants du soleil de midi.
Cette satire, aujourd'hui si complètement oubliée, ne laissa pas de faire quelque bruit au moment de son apparition. Le Conservateur la recommandait en ces termes :
i Oiles et Ballades, 1. I, ode n.
2 La France littéraire, t. IV, v» Wictor Hurjo.
S La Littérature française contemjmraino, t. IV, v"» Xidar Hurfo.
VICTOR HUGO AVANT 1830 14o
Rien n est plus iiig'énieux, plus spirituel, plus piquant, que les réflexions, les descriptions, les rapprochements, les traits, les détails que le télégraphe fournit à M. Victor Hugo. L'arme du ridicule dans ses jeunes mains est dégagée de fiel et u'est forte que de vérité. On voit aisément qu'il a moins de haine pour le vice, pour la méchanceté même, que de passion pour le bien. Ccst surtout vers la satire que son talent paraît se porter K
De longues années se passeront, pendant lesquelles M. Hugo ne semblera pas prendre souci de justifier les prévisions de l'auteur de cet article, l'excellent M. Agier ; puis tout à coup retentiront les Châtiments et le talent du grand poète pour la satire apparaîtra, non moins éclatant que son génie h^rique.
Dans les Châtiments, il a célébré le télégraphe sous-marin :
Paris, Londres, New- York, les continents énormes Ont pour lien un fil qui tremble au fond des mers.
En 1819, on n'en était pas encore là. C'est pourtant de l'année 1819 que date l'invention de la télégraphie électrique. Précisément à l'heure où Victor Hugo montrait le télégraphe aérien agitant ses longs bras et décrivant, aux yeux des badauds intrigués, ses mouvements mystérieux, le physicien danois OErsted annonçait au monde savant ce fait, duquel on a déduit de si prodigieuses conséquences, qu'un fil métallique quelconque exerce une action rotative sur
' Soixauto-cpiinziènie livi-aisoUj t. VI, p. 4*18.
i46 VICTOK ]ILGO AVANT 1830
l'aiguille aimantée placée dans son voisinage, quand un courant électrique le traverse. L'année suivante, la découverte d'ÛErsted était complétée par celle d'Ampère : la télégraphie électrique était créée. Nul doute que l'ancien élève de la pension Gordier, préparé par son accessit de physique au concours général à comprendre les phénomènes électro-magnétiques d'CErsted et les phénomènes électro-dynamiques d'Ampère, n'ait applaudi des premiers aux merveilleuses découvertes des deux grands physiciens ; mais ce qui le préoccupait surtout à cette date, c'était la poésie et lapolitique.il avait embrassé avec ardeur les opinions ultra-royalistes, et ses vers sur le Télégraphe sont dirigés contre le ministère Decazes et contre les doctrinaires qui lui prêtaient l'appui de leur talent, MM. Royer-Gollard, Guizot et de Barante.
Le début de la pièce est marqué par des vers excellents :
Un bon roi tôt ou tard chasse un mauvais ministre. Hélas ! pour repousser tout augure sinistre, Que faut-il à la France, objet de tant de soins ? Rien qu'un Bourbon de plus et quelques sots de moins.
Cependant le télégraphe est là, en face de la petite chambre du poète qui, impatienté de ses gesticulations sans lin, lui adresse cette apostrophe :
Toi qui, seul de nos jours, pus, toujours agissant, Seïvir tous les forfaits et rester innocent,
VICTOK HUGO AVANT 1830 FlT
Discret avant-coureur de l'indiscrète histoire.
Télégraphe, où sont-ils les beaux jours de ta gloire ?
Sais-tu qu'il fut des temps où, du nord au midi,
Tu suivais Theureux camp d'un despote hardi,
Quand, sur ton front muet posant ses pieds agiles,
La renommée errait sur tes tours immobiles,
Et disait, dans un jour, au monde épouvanté,
Ou le Kremlin en flamme ou le Tage dompté ?
Mais aussi lorsqu'enQn la \-ictoire inconstante
Du conquérant farouche eut déserté la tente,
Quand Dieu, plaignant l'exil où languissaient nos lis.
Eut repris son tonnerre à l'aigle d'Austerlitz,
Tu fus l'appui du Corse, et, mentant pour sa gloire,
D'un revers, en courant, tu fis une victoire.
Tandis que par le froid, par le nombre accablés,
Nos braves, en cent lieux, mouraient inconsolés.
Que ces nobles guerriers, d'une clameur funèbre,
Frappaient les bords du Don et les rives de TEbre,
Grâce k toi, bien souvent, dans ce brillant Paris,
Un pompeux TE DEUM fut l'écho de leurs cris.
Bien souvent... Mais pourquoi rappeler tes mensonges?
Le temps a d'Attila dissipé les vains songes ;
Les sceptres qu'il conquit en sa main sont brisés.
Et, comme ses honneurs, tes honneurs sont passés.
Tu ne vois plus la foule, à ta flèche mouvante,
Fixer de longs regards d'espoir et d'épouvante.
Et maint nouvel OEdipe essayer de prévoir
Le sort du lendemain dans tes signaux du soir.
Aujourd'hui le bourgeois, qu'un vague ennui promt-ne,
Te jette un œil distrait qui t'interroge à peine ;
Car nos grands roitelets et leurs petits débats,
S'ils l'excèdent souvent, ne l'intéressent pas.
Si déchu qu'il soit, le télégraphe ne laisse pas de transmettre encore, à l'occaïion, plu? d une nouvelle
qui décide ce bon M. Yarius, ami du soleil levant, — M.Varius aujourd'hui se nomme Légion — à retourner son habit et à chansrer sa cocarde.
Pourtant, quoique déchu, tes rapides nouvelles
Font encor de nos jours tourner bien des cervelles.
Que de Serre S un matin, perde tout à la fois
Le sens qu'il eut un jour, les sceaux qu il eut neuf mois ;
Que l'abbé 2 se retire, et qu'enfin sans mystère
Le trône ait trouvé grâce auprès du ministère ;
Combien ces bruits au loin portés par ton secours
Vont changer de projets, de serments, de discours !
Varius, qui toujours déserta les églises,
Ce soir môme au sermon mènera trois marquises ;
A ce vieil émigré, qu'il rencontre en chemin,
Il promet aujourd'hui, pour demander demain.
Voyez comme il surprend par son nouveau langage
Le pauvre homme, moins fait au respect qu'à l'outrage.
« Votre parti me plaît : pour partager son sort,
(( En tout temps, j'ai brûlé de le voir le plus fort,
(( Et quand sur nos ventrus il lançait l'anathème,
« J'ai pu dire autrement, mais je pensais de même.
« Souvent j'ai ri tout bas, quand l'abbé confondu
« Cachait un déficit sous un malentendu,
u Assiégeait la tribune, et, fier du parallèle,
« Répondait en causant à l'éloquent Villèle.
« Je m'indignais de voir se ghsser au bureau
(( Le beau-père attentif '^, qui comptait son troupeau,
(( Ou le centre aiîamé, désertant la séance,
(( Payer cent mille écus le rôt d'une Excellence ;
1 Le comte de Serre, député du Haut-Rhin, garde des oceaus.
2 Le baron Louis, député de la Meurthe, ministre des finances. H avait servi, comme diacre, le 14 juillet 1780, la messe de la fédération au Champ de Mars.
3 M. do Sainte-Aulaire, beau-père de M. I>ecazes, et l'un des secrétaires de la Cliambre des députés à la sessioQ de 1819.
(( Ou Bar**te S éludant un orateur chagrin,
« Vivre en prince, aux dépens de vingt commis sans pain ;
a J'admirais avec vous tous ces nobles courages,
« Par qui le trône enfin survit à tant d'orages ;
« Et lorsqu'un pair voulut, pour la France alarmée -,
(( Voir le Sénat du peuple aux factieux fermé,
u Je blâmais cette loi qu'osait flétrir son zèle,
u Et je parlais pour lui, tout en votant pour elle. »
On se quitte, et notre homme, en l'ardeur qui l'enivre. Contre les libéraux déjà rêve un gros livre. Télégraphe ! ô quel coup pour son cœur affligé ! Hélas ! le lendemain ton langage est changé
Que fera Varius ? pensez-vous qu'il balance ? Varius haletant court chez Son Excellence, Il sort tout radieux, et sans perdre^ un instant, Va courtiser Etienne, et saluer Constant. Il fuit ces émigrés, à face féodale ; Leur ombre est un fléau, leur luxe est un scandale. La PiCnommée ^, enfant qui languit nouveau-né. Doit à sa jeune ardeur un centième abonné ;
1 Le baron de Barante, conseiller d'Etat, avait été nommé pair de France, par ordonnance du 5 mars 1819. M, de Barante était un des défenseurs les plus ardents et en même temps les plus habiles du ministère Decazes.
2 Le 20 février 1819, le marquis de Barthélémy, pair de France, avait demandé à ses collègues de prendre une résolution en vertu de laquelle le roi serait humblement supplié de présenter aux Chambi'cs un projet de loi tendant à faire éprouver à l'organisation des collèges électoraux les modifications dont la nécessité paraîtrait indispensable. Adoptée à la Chambre des pairs, le 2 mars 1819, par 98 voix contre 55, la proposition Barthélémy fut combattue, à la Chambre des députés, par M. Royer-Collard et par M. de Serre et repoussée dans la séance du 23 mars, par 123 voix contre 94.
3 La Renommée, feuille libérab, fondée le lo juin 1819, et réunie au Courrier français, le 15 juin 1820. Elle comptait parmi ses rédacteurs Benjamin Constant.
11 lit jusqu'à Tissot *, souscrit pour Sainneville ^, Et pare son salon d'un plan du champ d'asile. Villèle est, à l'entendre, un fanatique ardent, De Pradt sait le français, Fiévée est un pédant 3 ; Les nobles, le clergé sont faits pour nos insultes.
Il faut un protestant pour ministre des cultes
En un mot, Monseigneur, qu'il vit liier au bain, Veut qu'on soit libéral : il s'est fait jacobin. Rien ne l'arrête ; il ose, et sans art et sans honte, Flatter l'abbé-barou, excuser l'abbé-comte ^ ; Devant leurs valets même il met bas son chapeau ; Car enfin un boucher peut devenir bourreau s.
Et le jeune poète, — se doutait-il alors qu'il changerait aussi souvent d'opinions que cet excellent M. A^vRius ? — terminait par ces vers :
Moi qui dans tout excès cherche un juste équilibre, Loin des Indépendants je prétends vivre libre ;
1 Tissot, rédactoup du ConstUutionnel et du Mercure, terroriste sous lu république, écrivain officieux sous l'empire, habile homme du reste qui, sans autre titre qu'une médiocre traduction en vers des Bucoliques de Virgile, trouva moyen de se faire nommer professeur de poésie latine au Collège de France et membre do rAcadémie française.
2 JI. de Sainneville, commissaire général de police à Lyon, lors des événements qui avaient eu lieu dans cette ville et dans le département du Rhône en 1817, et auteur de plusieurs écrits dans lesquels il attaquait violemment le général Canuel et les, autres autorités royalistes de Lyon.
3 « Fiévée, publiciste, moraliste, observateur, écrivain froid, aiguisé et mordant, très distingué. » Ainsi l'a défini Sainte-Be^^e. Il était en 1810 Tun des rédacteurs principaux du Consermiteur.
4 L'abbé baron Louis et l'abbé comte Grégoire.
5 « Témoin cet habitant de Versailles, d'abord boucher, puis député à la Convention et régicide. Les crimes de cet homme furent grands ; mais nous croyons devoir ajouter que son repentir les a sinon effacés, du moins rendus pardonnables. » Note de M. Victor Hugo. Legendre, 1 oucher, conventionnel et régicide, n'était point un habitant de Versailles; il était député de Paris et vdenipurait rue des Roucheries-Saint-Oermain.
vicTon HUGO avant 1830 151
Heureux si, par relï'roi de raes hardis pinceaux,
Je fais rugir le crime et grimacer les sots.
Je veux, eu flétrissant leur audace impunie,
Adorer la vertu, rendre hommage au génie ;
Car le temps d'Azaïs a vu naître Bonald,
Et s'il fut plus d'un Brune, il est un Macdonald.
^'engeur des Vendéens S je t'admire et je t'aime ;
Mais le talent m'est cher dans un Hbéral même^
Etienne ^ me fait rire, et parfois j'applaudis,
Dans l'Ermite déchu, l'esprit qu'il eut jadis 3.
Aussi, gaiement je siffle, atîi"ontant leur colère,
Rover à la tribune et Bavoux dans sa chaire ^ ;
Au cou de Rodilard j'attache le grelot,
Et du Joonnet d'Hébert je coiffe Montar *** 5.
Quand Grégoire au Sénat vient remphr un banc vide s.
Je le hais libéral, je le plains régicide.
Et s'il pleurait son crime, au lieu de s'estimer.
S'il s'exécrait lui-même, oui, je pourrais l'aimer.
1 Chateaubriand,
2 Etienne, auteur de la comédie des Deux Gendres, publiait dans la Minerve française des Lettres sur Paris qui étaient très remarquées.
3 M, de Jouy qui, après avoir brillamment réussi avec YHermite de la Chaussée-d'Antin (1812-1814), faisait alors paraître, avecun succès médiocre, VHermite en province.
4 Nicolas Bavoux, juge suppléant au tribunal civil de la Seine, et professeur suppléant à la Faculté de droit, avait été suspendu de ses fonctions de professeur, le l"' juillet 1819, par la commission de l'instruction publique, à la suite de désordres graves dont l'Ecole de droit avait été le théâtre.
^ Cugnot de Montarlot, ancien sous-officier et l'un des adversaires les plus implacables du gouvernement de la Restauration. Impliqué en 1817 dans le procès de la Société du Lion dormant, poursuivi en 1819 comme gérant du Nouvel homme gris, en 1820 comme auteur d'une brochure publiée quelques jours après l'assassinat du duc do Berry, et, en 1821, comme affilié à la Conspiration de l'Est, il passa à cette époque en Espagne, oi'i, sous le nom de don Carlos de Malsot, il conspira contre Ferdinand comme il l'avait fait contre Louis XVIII. Il fut condamné à mort par une commission mil taire et fusillé à Alméria en Andalousie, le 24 avril 1824,
6 L'abbé Grégoire, élu député de l'Isère au mois de septembre 1819.
Ainsi, jeune et brûlant d'un courroux qui m'honore, Je fronde un siècle impur, censeur sans tache encore, Qui ne saura jamais, peu fait pour parvenir, Dans l'esclave en faveur voir le maître à venir. Toi cependant, aux lois de ta langue inconnue Courbe ton front bizarre, élancé dans la nue. Poursuis, cher Télégraphe, agite tes grands bras : Semblable à ce baron, fameux par son fatras, Qui, grattant son cerveau, l'œil en pleurs, le teint blême, Annonce un grand secret, qu'il ne sait pas lui-même ^
Le jeune homme qui débutait dans la satire parles vers que l'on vient de lire, en même temps qu'il composait des Odes comme les Vierges de Verdun, \esDesti7is de la Vendée^ le Rétablissement de la statue de Henri IV et Moïse sur le Nil, était de ceux qui pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître, et Alexandre Soumet n'exagérait rien lorsqu'il parlait, dans la lettre que nous citions tout à l'heure, des prodigieuses espérances que le poète de dix-sept ans donnait à notre littérature.
Au commencement de 1820, Soumet vint à Paris, et l'une de ses premières visites fut pour Victor Hugo. Voici en quels termes il en rend compte à son ami Jules de Rességuier, qui était resté à Toulouse :
i I.e baron Bignon, membre de la Chambre des députés, ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire (juin-juillet 1815). se vantait de posséder un secret de nature à porter un coup accablant au gouvernement royal. Sommé de le produire, p ir MM. Decazes et de Serre, il s'y refusa. (Séance du 19 juin 1819.) On fil grand bruit, sous la Restauration, du Sicret de M. Bignon : beaucoup de bruit pour rien. — Voyez Alfred Nettement, Histoire de la Restauration , t. III, p. 64, 400 et 660 ; t. V, p. 114 et suivantes.
VICTOR HUGO AVAiXT 1830 lo3
Paris, samedi.
Vous aurez peut-être appris, mon ami, la cause de mon voyage à Paris ; elle était bien triste puisqu'elle m'a forcé de quitter Toulouse sans chercher à dire adieu à mes amis ; mais j'ai retrouvé ici votre souvenir. — Vous faites presque partie de notre cercle poétique. L'éloge de Clémence Isaure a révélé partout le troubadour, et vous avez gardé pour vous plus d'une fleur de sa corbeille. — J'ai entendu des vers ravissants d'un jeune homme nommé Alfred de Vigny. C'est une élégie intitulée le Somnambule et inspirée par la muse d'André Chénier i. Je la demanderai pour vous, afin que mes admirations soient aussi les vôtres. — On a osé me dire beaucoup de mal de Lamartine, et je l'ai défendu avec votre suffrage autant qu'avec le mien. On l'appelle le poète des pj'osateurs, et l'on ne se doute pas de l'éloge que renferme ce jugement.
Le jeune Hugo vous adresse mille expressions de sa reconnaissance. Je lui ai promis de vous les faire parvenir. Cet enfant a une tête bien remarquable, une véritable étude de Lavater. Je lui ai demandé à quoi il se destinait, et si son intention était de suivre uniquement la carrière des lettres. 11 m'a répondu qu'il espérait devenir un jour pair de France... et il le sera !
Avant de quitter Toulouse, mon ami, j'ai laissé pour vous quelques brouillons de poésie. Si vous voulez les demander vous-même à mon père, il vous les remettra, et vous me direz votre pensée ; mais ne les montrez à personne.
... Votre château s'élève-t-il toujours aussi rapidement ? Comme vous y serez bien !... Xe faites pas le voyage d'Itahe, n'allez pas aux rives lointaines, restez sous vos orangers et renfermez comme Horace de longues espéranees dans un eercle
* Voy, cette pièce dans les Poèmes coifiques et nindernes. d'Alfred Ai Vignv,
151 VIOTOU IllCid AVANT I HIÎO
étroit. Horace offrait des sacrifices au gniie du lieu; vous avez aussi votre bon génie à adorer.
Adieu, embrassez pour moi vos enfants...
A. Soumet.
Si vous pouvez m'envoyer une lettre de recommandation de M. de Villèle pour M. de Serre, ministre de la justice, vous me ferez plaisir. Je chercherai, peut-être, à rentrer au conseil d'Etat ou dans quelque administration...
Guiraud est de moitié dans tous mes souvenirs.
Rue Saint-Honoré, ??» 341, Hôtel de la Grande -Bretaçine ^.
Ainsi Victor Hugo est encore un enfant, et déjà il aspire à la pairie. Ses premiers regards se tournent, non vers le palais Mazarin, mais vers le palais du Luxembourg. S'il est entré dans la carrière des lettres, c'est avec le dessein d'en sortir. Pour lui, poète, la poésie ne vient qu'au second rang ; d'abord et avant tout, la politique. Et voilà pourquoi les prodigieuses espércoices que ses débuts avaient fait concevoir, ne se réaliseront pas tout entières.
1 Nous devons l,i conimiinicatlon lio rctto lettre à M. lo comte Albert d<. Rességiiier.