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CHAPITRE XXYIII

Les élections sénatoriales. — Au Luxembourg. — Victor Hugo soîiatcur dj Paris.

En 1875, Paris devait nommer ses sénateurs. On se demandait si Victor Hugo éloigné depuis 1871 des assemblées publiques, consentirait à faire partie de la Chambre haute, et le désir de tous les citoyens était de voir le grand poëte se consacrer encore à la défense de la République.

Yictoi^Hugo accepta ce nouveau devoir civique, et il fut, comme on sait, le délégué de Paris pour les élections sénatoriales.

Au jour de l'élection , une foule immense assiégeait les abords du Luxembourg, emplissait les jardins et les rues voisines. Le peuple de

Paris était venu pour saluer le triomphe de la République et acclamer le poète.

Quand, par suite de quelques mesquines combinaisons politiques, et grâce à la timidité d;} quelques électeurs privilégiés, le nom de Victor Hugo ne sortit pas le premier du scrutin, pour toute cette foule frémissante ce fut une cruelle déception ! Et ces milliers de citoyens avaient la tête basse, comme après une défaite. L'échec de M. Buffet à Castelsarrasin , connu vers trois heures et demie, fit seul un peu de joie à ce peuple qui n'aime ni ne hait à demi, et qui n'admet pas les compromis byzantins de la politique étroite. Victor Hugo était le grand nom, hors de pair, qui s'imposait, et le peuple ne pouvait comprendre pourquoi et comment il n'était pas sorti le premier de l'urne.

Enfin, vers quatre heures, quand le deuxième vote nomma Victor Hugo quatrième sénateur de

Paris, ce fut une explosion de joie, et les visages soucieux rayonnèrent !

Un instant après, Yictor Hugo apparut sur la porte du Luxembourg. Une immense acclamation retentit. Des tonnerres d'applaudissements et de bravos éclatèrent ; on criait : vive la République, vive Yictor Hugo : vive notre unique sénateur 1

Les agents de police durent frayer un passage au poëte jusqu'à sa voiture, mais le cocher ne pouvait avancer que bien lentement. Les acclamations continuaient , et suivi de cette foule enthousiaste, le fiacre dut remonter au pas la rue de Médicis, et la rue Gay-Lussac. Là, Yictor Hugo, pour se dérober à cette ovation qui ne pouvait finir, dut se réfugier dans un hôtel, où il comptait attendre l'heure de revenir au Luxembourg prendre part au troisième tour de scrutin.

Dans cet hôtel encore il ne put se recueillir. La maison était habitée par des Yalaques et des Roumains. Ces étrangers, apprenant que Yictor Hugo était près d'eux, rédigèrent aussitôt une adresse, et vinrent la présenter au grand poète, qui n'appartient pas seulement à la France mais à l'Humanité.

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