ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 25 mai
Paroles prononcées par le président^ M.
Henri Bouley :
« Messieurs,
« La France est veuve aujourd'hui d'un de ses plus grands écrivains, de l'homme qui» par les œuvres de son esprit, a porté le plus haut et le plus loin, dans ce siècle, la gloire do notre pays.
« Victor Hugo va descendre tout à l'heure dans sa tombe ; mais il est sauvé de la mort par la grandeur de ses œuvres.
« Les années peuvent s'écouler maintenant, elles peuvent s accumuler par centaines et par milliers, et toujours, à quelque époque que ce soit, on portera sur notre grand poète ce jugement d'André Chénier sur Homère :
Trois miUe ans ont passé sur la cendro d'Homère, Et depuis trois miUe ans Homère respecté Est Jeune encore de gloire et d'immortalité.
« L'œuvre de Victor Hugo est de celles qui traversent les âges en conservant la force et la beauté de la jeunesse.
«Messieurs, les cinq classes de l'Institut de France doivent tenir à^honneur de rendre un égal hommage à cette grande mémoire. Votre bureau vous propose de suspendre aujourd'hui vos travaux en siorne de deuil. »
M. le docteur Marmottan, maire du 16'* arrondifisementy a adressé la lettre suivante au préfet de la Seine :
« Monsieur le préfet,
« Victor Hugo est mort dans le 16*^ arrondissement de Paris ; la maison où il a vécu jusqu'à son dernier souffle a pris un caractère sacré ; ce serait une profanation que de l'abandonner aux hasards des intérêts privés.
« Les Anglais ont conservé avec piété la maison de fehakespeare ; il est de l'honneur de Paris de conserver la maison de Victor Hugo.
« Au nom de mes concitoyens, gui m'ont chargé d'être leur interprète, je viens vous demander que cette maison immortalisée par cette mort, devienne désormais la propriété de Paris.
« Je vous prie, monsieur le préfet, d'agréer l'assurance de mes sentiments dévoués.
« Le maire du 16» arronàiisêement, «D*" MARMOTTAN, »