‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 50 sur 127 · HENRI SECOND · texte numérisé non relu

HENRI SECOND

Le Peuple :

Victor Hugo est mort ! Nous n'avons qu'à répéter aujourd'hui ce que nous écrivions lorsque la nouvelle de sa nn imminente nous est parvenue. Devant ce grand mort, et dans réblouissëment de son immortalité radieuse, toutes les misères de la politique disparaissent pour nous.

Demain les partis vont se précipiter sur Fœuvre colossale de Victor Hugo. Royalistes, républicains, bonapartistes vont s'acharner sur l'héritage merveilleux, sur l'œuvre incoml)arable.

Chacun d'eux y pourra trouver sa part, sa part magnifique. Et pourquoi pas ? En quoi la

f gloire du poète pourrait-elle être atteinte par a diversité des mspirations, alors aue peintres, musiciens, sculpteurs sont à l'abri de cette misérable critique ?

Gérard a peint Napoléon à Austerlitz et la rentrée d'Henri IV à Paris.

Gros a peint Napoléon au milieu des pestiférés de Jaflfa et le départ de Louis XVIlI des Tuileries le 19 mars.

Ingres a peint Napoléon et Charles X.

Victor Hugo a chanté Napoléon, Charles X, Louis XVIII, la République.

Et c'est parce que ton œuvre tout entière constitue un des plus précieux joyaux du patrimoine des gloires nationales, que le cœur étreint d'une mdicible et patriotique émotion, nous te saluons sur ton ht de mort, ô poète^ toi le frère d'Homère et de Virgile, de Gœthe et de Shakespeare, toi le plus grand de* poètes français !

La Défense :

Il est peut-être mort, à l'heure où j'écris ces lignes. Et Ton nous apprend déjà qu'IL meurt « civilement ».

Dans les affres de l'agonie, le vieux poète, «pelotonné dans ses draps », ayant « Tair d'un spectre », se serait même écrié cette nuit : — « Je vois de la lumière noire !... »

Quoi ! cela serait donc vra,i ?

Le grand poète, qui poussa l'usage de l'antithèse jusqu'au plus déplorable abus, dans la langue, — et surtout dans sa vie, — va mourir ainsi, cherchant une image monstrueuse, et ne trouvant qu'un accouplement contre nature de mots qui jurent !

Cette riche imagination, qui sut évoquer tant de merveilles, créer tant de chefs-d'œuvres, et comme arracher tant d'éblouissantes parcelles de la Beauté Suprême, va s'éteindre ainsi dans l'incohérence, dans d'affreuses ténèbres !

Glorieux poète ! vous devez entrevoir à cette heure, si « noire » que vous paraisse la <f lumière », ce peu de choses qu'est la gloire, et ce que vaut ce néant en face de l'Eter' nité !

Ne mourez pas ainsi !

Après avoir si magnifiquement chanté Dieu et ses œuvres, ne mourez pas eu-blasphémant les œuvres de Dieu !

Après avoir flétri tant d'idolâtries, relevez vos regards plus haut, ne mourez pas liugolâtre !

JOSEPH OENAîS

Le Radical:

Ne VOUS semble-t-il pas que ce soit là un coucher d'astre, et que nous entrions dans je ne sais quelles ténèbres ?

On ne peut pas dire que Victor Hugo pénètre dans l'immortalité ; il y était déjà. Comme Voltaire, mourant presque au même âge, presque au même^our, il donnera son nom au siècle qu'il a illummé de son génie, qu'il a éclairé de sa bonté.

Ils sont rares les hommes dont Tépanouissement laisse l'humanité toute seule et crée un si vaste vide autour d'eux. Plus rares encore sont ceux qui sont suivis dans le tombeau, non pas seulement par les marques d'admiration aes foules, mais par leurs pleurs et leurs regrets.

Aujourd'hui, nous pleurons tous ; car à tous ce grand homme était cher. Tout avait disdisparu, haine littéraire, haine politique. On n'entendra autour de ce cercueil que les sanglots de la France ; et l'univers respectueusement S'inclinera.

Deuil national, deuil universel, deuil avant tout de ce Paris qu'il a tant aimé. La cité, '(ju'ira baptisée capitale du monde, fera à son poète de splendides funérailles ; l'atelier chômera, 1j théâtre fermera, les passions s'apaiseront, et les partisans des vieux trônes se joindront aux fils de la Révolution pour accompagner, tristes et recueillis, les restes du <'hantre sublime de toutes les gloires et de tous les malheurs.

JIKMU MARET

APRÈS LA iMORT 145

Le Gaulois :

)\, ce qu'on appelle la Libre-Pensée peuvent j'emparer, pour Tensevelir à leur ^uise ; mais

Du cadavre de Victor Hugo, la Révolution et

nous prétendons que le meilleur de son âme,

à l'immortalité de laquelle il croyait fermement, et le plus beau, de son génie doivent être revendiqués pour les principes religieux et politiques dont le Gaulois est le serviteur passionné.

Victor Hugo a été le chantre sublime de Dieu, du Roi et de TEmpereur, aussi bien que de la liberté et de la nature ; il a été le poète de la foi et de la famille, et jamais l'inspiration n'a si triomphalement visité sa lèvre et fait vibrer si haut son luth, que lorsqu'il demeura fidèle aux vœux de sa jeunesse ou que, échappant à la contagion des pestes ambiantes, il leur revenait. Le géant Antée, quand il avait touché la terre sa mère, retrouvait des forces pour le combat. Le géant Hugo, quand il touchait le Ciel, sa vraie patrie, redevenait jeune et invincible. Honorons donc, sans trouble et sans remords, ce grand esprit certain de la postérité, dont les défaillances seules appartiennent h nos adversaires.

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