‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 51 sur 127 · H. DE PÊNE · texte numérisé non relu

H. DE PÊNE

U Intransigeant :

LE GRAND AMNISTIEUU

C'est sous ce nom et avec ce caractère que le souvenir de Victor Hugo restera vivant

146 VICTOR HUGO tÈVAUf l'oÏ»INION

parmi le peuple. On sait vaguement qu'il était royaliste de naissance et d'éducation; mais raêm^ lorsqu'il chantait les rois, il s'est montré républicain de sentiments. Il défendait ses drames révolutionnaires contre la censure de Charles X. Il n'est allé rendre visite aux souverains que pour demander la grâce de quelque proscrit.

Et si le mort d'hier avait pu se prononcer sur la demande d'amnistie présentée ces joursci par l'extrême-gauche, le gouvernement, qpi va demander aujourd'hui pour Hugo des obsèques nationales, oserait-il soutenir qu'il ne l'eût pas votée? Les ministres savent bien cru'il aurait été le premier à déposer dans 1 urne un bulletin libérateur.

Puisqu'ils tiennent si fort à l'honorer, pourquoi donc ne l'imitent-ils pas? Le plus magnifique hommage qu'ils pourraient rendre à sa mémoire, ne serait-ce pas de reprendre pour leur compte ce projet d'amnistie qu'ils ont tout récemment repoussé?

Le décret qui rendrait la liberté aux condamnés politiques serait la plus riche des couronnes qui vont s'amonceler sur sa tombe; et s'il pouvait jeter un dernier mot du fond de son cercueil, nous sommes sûr qu'il dirait :

a Emportez toutes les autres ; je ne veux que celle-là ! »

HENRI ROGHEFORT.

L'Evénement :

Et cet art émancipé par son génie, Victor Hugo ne l'a pas exclusivement appliqué aux

souveraines jouissances du beau, aux voluptés du far niente^ aux élégances et aux délicatesses de la vie. Il lui a assigné un but autrement utile, autrement noble. Il Ta fait servir à consoler, à défendre, à améliorer l'humanité. C'est aux petits surtout, aux faibles, aux malheureux, à ceux qui souffrent de l'injustice des choses ou de l'indignité des hommes que s'adressent ses pitiés éloquentes. Par le , son cœur est peuple, sincèrement et radic$,lement peuple. Il est avec Jésus contre Rome, avec la victime contre le bourreau, avec la femme contre ses insulteurs, avec le pauvre contre le mauvais riche, avec la République contre Bonaparte qui l'assassine. On l'a accusé d'avoir changé dans ses affections politiques. Stupide et inutile reproche! Qu'importe, ô petits esprits qui mesurez tout à votre taille, que Hugo ait célébré, dans des heures de jeunesse, la royauté hospitalière, ou qu'il ait J)lus tard encore chanté l'épopée de Napoléon! Ce qu'il n'a jamais conspué, ce qu'il a sans faiblir proclamé et préconisé, c'est la justice, la liberté, l'honneur, le droit, la charité ! Et quel patriotisme plus vibrant !

Quel courage et quelle obstination dans la lutte! Et ces vingt années d'exil héroïque, passées en face de l'Océan qui retentit de ses anathèmes, des Châtimenti^ !

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