‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 53 sur 127 · THOMAS GRIMM · texte numérisé non relu

THOMAS GRIMM

Le Télégraphe :

Un seul mot exprime Hugo ; il est Tout ! Il a été, il est la gamme universelle. Son génie, n'est pas une voix qui chante, c'est un orchestre qui éclate. Il s'est renouvelé, comme se renouvelle le globe. Dans son œuvre, toutes les races se rencontrent, tous lés siècles se mêlent, l'Histoire s'ajoute à l'Espace. Personne, comme lui, n'a eu l'amour ; personne comme lui n'a eu la haine ; personne, comme lui, ne s'est envolé vers les astres. Sa poésie va du retentissement des batailles au bruit des feuilles. Il est doux, fort, terrible, échevelé, tendre, pittoresque ; il est comme l'immense terre où fument les volcans et où chantent les nids.

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La Ligue :

La postérité aura cependant à faire bu choix dans cette création. Elle voudra safls doute en supprimer certaines œuvres dans lesquelles le Maître ne valait presque plus que par le souvenir de ce qu'il avait été. II s'est produit en cet esprit, jusgu'à Theure de H nuit éternelle, des congestions de lumière qui lui ont montré des mondes bizarres, où les idées et les choses n'ont plus guère fait que s'agiter en un gigantesque chaos. «Le sentiment de la proportion avait presque disparu ; mais, parfois encore, au-dessus de ces DoUes ruines, un alexandrin s'enlevait d'un vol superbe.

Chose étrange ! cet homme, dont la lyre a si souvent vibré pour le peuple et chez qui la sympathie pour les humbles et les malheureux était devenue, sur le tard, une manière d^ sacerdoce moral, ne vivra pas dans l'âme profonde du peuple. Il a été un admirable proète, il n'a point été un barde dans l'acception populaire du mot. L'auteur des Pauvres gens ne tiendra pas d'eux l'immortalité qui l'attend.

C'est que cet artiste sans rival a vécu plu* encore peut-être de l'art que de l'émotion. H n'était point le poète des simples et ceux-ci ont pu souvent voir passer, sans le bien comprendre, dans le fastueux appareil de aofl style, ce grand seigneur en l'art de dira.

Demain, la foule bruyante et curieuse fer»

cortège à ses funérailles ; la sottie vimin parler sur son tombeau. Qu'importe? Sa glaire est de force à résister même à tous les nom-

mages, et le meilleur de son oraison funèbre tiendra encore dans le respect muet de celui qui, se découvrant bien bas, saura vraiment comprendre que ce cortège emporte vers l'éternel silence le plus grand poète de notre siècle.

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