FRÉDÉRIC BAILLE
La République Française :
Français, nous étions fiers de Victor Hugo pour la France. Républicains et démocrates, nous sommes fiers de Victor Hugo pour la démocratie et la République.
Victor Hugo, pour grand gu'il fût déjà, a dû beaucoup à son adhésion si loyale, si généreuse, si désintéressée à la République. Ce Sue la République, ce que le parti républicain oivent à Victor Hugo, nous ne le dirons jamais assez. D'abord, Thonneur incomparable de compter parmi les siens un pareil nomme, la force que donnait à notre parti la présence de ce maître toujours prêt à prendre la parole et la plume pour toutes nos nobles causes, dans tous nos combats contre les tyrannies, les hypocrisies et les trop longues répressions
Îui héritaient à s'effacer devant les amnisties, ia République lui dut encore pendant dixhuit ans, pendant les dix-huit années du bas empire, la foi dans un avenir réparateur, la confiance inaltérable dans une justice vengeresse du crime, la vie, oui, la vie même. Nous pouvons l'avouer sans «honte ; combien n'ont pas désespéré, combien sont restés fidèles à travers les épreuves à la cause de la Repu-
blique, combien parmi les jeunes gens sont venus à la République, parce que là-bas, sur son rocher battu des flots, Victor Hu^o était le poète sublime des Châtiments et l'historien impitoyable de Nstmléon le Petit ! Oui, chacun de ces vers, chacune de ces pages a conservé à la République un serviteur et lui a suscité — et lui suscitera encore — des millions de soldats. Des chefs-d'œuvre, Victor Hugo en avait donné à la monarchie. A la République, il devait davantage : il l'a senti et u lui a donné des légions d'hommes, des armées de citoyens.
La Presse ;
Etudier son œuvre littéraire aujourd'hui, quand l'Arc-de-Triomphe va couvrir pendant quelques heures ses restes, ce serait une vaine entreprise. Tout ce qu'il faut en dire c'est que nul, sur cette fin du dix-neuvième, en France, en Europe, dans les deux mondes, nul poète, historien, dramaturge, nul n'écrit en prose ou en vers, dans la langue française, anglaise, allemande, italienne, espagnole qui n'ait appris de Victor Hugo l'art d'exprimer sa pensée et de faire rêver les peuples. Voltaire n'a régné incontestablement que sur un demisiècle ; lui, il a dominé tout le dix-neuvième. Victor Hugo mort, c'est le vingtième siècle qui commence.